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Crise en Centrafrique : pourquoi la France est-elle visée ?

Des projectiles ont été lancés contre l'ambassade de France à Bangui, capitale de la Centrafrique, ce mercredi.

Des projectiles ont été lancés contre l'ambassade de France à Bangui, capitale de la Centrafrique, ce mercredi. - -

Alors que les rebelles ont gagné une partie du pays, la France a été prise pour cible par la population, ce mercredi, via une manifestation devant son ambassade, à Bangui. L'inaction de l'ancienne puissance coloniale face à la crise qui menace ce pays d'Afrique centrale est pointée du doigt par les Centrafricains.

L'ambassade de France en Centrafrique a été prise pour cible par des manifestants, ce mercredi, alors que le pays est progressivement gagné par des milices rebelles armées, qui déstabilisent le pouvoir en place. BFMTV.com fait le point sur la situation sur place.

• Que s'est-il passé ce mercredi en Centrafrique ?

L'ambassade de France à Bangui, capitale de la Centrafrique, a été attaquée par plusieurs centaines de manifestants proches du pouvoir, en marge d'un défilé. Des projectiles ont été lancés contre le bâtiment, dont des vitres ont été cassées.

Selon l'ambassadeur de France, Serge Mucetti, l'attaque a été "particulièrement violente" et le drapeau français a été emporté par les manifestants. La représentation de la compagnie Air France, sur place, a également été visée. Un peu plus tôt dans la journée, l'ambassade des Etats-Unis avait été, elle aussi, prise pour cible par les manifestants.

Face à cette situation tendue, un avion Air France effectuant la liaison Paris-Bangui a fait demi-tour vers Paris, dans l'après-midi, après 3h30 de vol.

• Pourquoi la France est-elle visée ?

Les manifestants reprochent à la France, ancienne puissance coloniale, sa passivité face à la crise, qui se concrétise par l'avancée progressive et rapide des rebelles du Séléka. Ces derniers contrôlent la moitié du pays après une opération lancée le 10 décembre dernier.

"Nous sommes ici à l'ambassade de France, parce que c'est la France qui nous a colonisés", a ainsi expliqué une manifestante. Avant d'ajouter : "Mais la France a tendance à nous lâcher. On n'a plus besoin de la France, la France n'a qu'à prendre son ambassade et partir". La population réclame l'aide de la France pour sauver le régime en place.

• Qui sont les rebelles du Séléka ?

Le Séléka ("Alliance" en sango, la langue nationale) est composé de trois groupes armés, dont les effectifs restent encore flous. Le Séléka s'est déjà emparé de plusieurs villes stratégiques, parmi lesquelles Bria (ville diamantifère du centre), Bambari (ville aurifère du centre sud) et Kaga Bandoro (centre nord). Il se rapproche désormais de la capitale, Bangui.
Les insurgés estiment que le président François Bozizé a "déjà perdu le contrôle du pays".

Harold Hyman, spécialiste géopolitique à BFMTV, souligne que la lutte de ce groupe n'a rien d'ethnique. Les rebelles réclament notamment le respect d'accords de paix conclus entre 2007 et 2011 par le régime au pouvoir. Un contingent de l'armée tchadienne, pays voisin, est notamment arrivé en renfort des militaires centrafricains.

• Quels dispositifs de sécurité pour les Français sur place ?

En réaction à cette attaque, François Hollande a demandé, dans la journée, au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de "prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité" de l'ambassade, mais aussi des 1.200 ressortissants français vivant sur place.

Dans un communiqué, l'Elysée affirme que "ces mesures ont été mises en oeuvre dans les délais les plus courts et seront prolongées autant que nécessaire". De son côté, Jean-Yves Le Drian a confirmé la sécurisation de la représentation diplomatique par une trentaine de soldats français. Selon le ministre, le calme a été rétabli sur place.

Contacté par BFMTV, le Quai d'Orsay a appelé au "dialogue politique entre les rebelles et les autorités du pays", avant de souligner que cette manifestation n'était "pas dirigée contre l'ambassade de France".