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Au Burundi, le mariage devient obligatoire pour tous

Un mariage à Bujumbra, au Burundi, en 2015 (photo d'illustration)

Un mariage à Bujumbra, au Burundi, en 2015 (photo d'illustration) - Marco Longari-AFP

Le mariage est désormais obligatoire au Burundi. Tous les couples vivant en concubinage seront listés et des unions de masse seront organisées. Ceux qui refuseront de se dire "oui" d'ici à la fin de l'année recevront une amende.

Au Burundi, vivre en union libre est désormais illégal. Dans ce petit pays d'Afrique de l'est de 11 millions d'habitants, situé entre la République démocratique du Congo et la Tanzanie, le mariage est devenu obligatoire pour les couples vivant en concubinage, rapporte Franceinfo.

L'annonce a été faite par le ministère de l'Intérieur. Officiellement, il s'agit de remettre de l'ordre dans le pays, majoritairement catholique. Cette "campagne de moralisation de la société" a été lancée par le président burundais en personne, Pierre Nkurunziza.

Lutter contre la polygamie et les grossesses précoces

Selon le ministère, cette mesure permettra de lutter contre la polygamie. "Il y a des mariages illégaux qui se font. Des deuxièmes et troisièmes femmes qui ne sont pas reconnues par la loi", assure son porte-parole. Le Burundi souhaite également limiter les grossesses des mineures. "Des centaines de filles dans les écoles tombent enceintes et mettent au monde des enfants", poursuit-il.

Les couples qui ne se sont pas officiellement dit "oui" ont jusqu'à la fin de l'année pour régulariser leur situation. Au risque de recevoir une amende. Et il sera difficile d'y échapper: les autorités vont lister tous les couples illégitimes qui ne sont pas passés devant le maire. Le gouvernement a même tout prévu: les autorités organiseront des mariages de masse. 

"Une violation des droits de l'homme"

Ce qui n'arrange pas les affaires de Pierre, un agriculteur de 27 ans, père de trois enfants. "Ma compagne était enceinte, je n'avais pas les moyens de payer la dot pour me marier. On a décidé de vivre ensemble en attendant d'avoir les moyens pour pouvoir se marier", a-t-il témoigné.

Certains Burundais voient dans cette mesure une atteinte aux libertés individuelles. Selon un responsable d'une ONG locale, "c'est une violation des droits de l'homme, car le pouvoir n'a pas le droit de s'en prendre à deux adultes qui ont décidé de vivre ensemble sans être mariés".

Des chants appelant au viol des opposantes

Le pays n'est pas réputé pour son respect des droits les plus fondamentaux. En avril dernier, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a dénoncé les actions de la ligue de jeunesse du parti au pouvoir, dont des chants appelant au viol des opposantes.

Le pays est par ailleurs tatillon sur le respect dû à son président: l'année dernière, plus de 230 collégiens ont été provisoirement exclus de leur école pour avoir gribouillé la photo du chef de l'État dans des manuels scolaires.

Céline Hussonnois-Alaya