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Indemnisation des licences de taxis, qui va réellement payer?

Qui alimentera le fonds d'indemnisation des taxis? Si ce n'est ni l'État, ni les taxis, ni les VTC ce sera... les clients.

Qui alimentera le fonds d'indemnisation des taxis? Si ce n'est ni l'État, ni les taxis, ni les VTC ce sera... les clients. - Rémy Gabalda - AFP

"La création d’un fonds de garantie proposé par le médiateur Laurent Grandguillaume a ouvert une polémique. L'État organisera sa création mais n'apportera aucun fonds. Alors qui l’alimentera? Les taxis eux-mêmes, les VTC aussi?"

Un pas en avant, un pas arrière. C'est un peu la règle pour qui se retrouve dans le rôle délicat de celui qui doit trouver une solution au conflit opposant taxis et VTC. Au départ, le principe de l’indemnisation des licences achetées parfois fort cher par les taxis faisait consensus. Proposé par le médiateur Laurent Grandguillaume, ce projet a été validé hier par Alain Vidalies, secrétaire d’État au transport, lors d’une réunion avec les représentants des taxis et des VTC.

Mais, au lendemain de cette annonce offrant une issue convenable aux artisans ayant acheté ce qu'on appelle dans le jargon l'ADS (Autorisation de stationnement), taxis et VTC s’élèvent désormais non pas contre le principe, mais contre son financement assuré par un fonds d'indemnisation. Pour réunir les 5 milliards d’euros nécessaires pour assurer aux artisans partant à la retraite un remboursement de leur investissement initial, le médiateur a proposé de mettre à contribution les principaux intéressés, chauffeurs de taxi et VTC, bien sûr, mais aussi centrales de réservation (G7, Taxis Bleus…) et plateformes numériques (Uber, Chauffeurs privés…). Selon le Think Tank Terra Nova, il faudrait que les chauffeurs payent une cotisation mensuelle de 135 euros.

Dans l'absolu, le principe tient la route et les représentants des taxis l’admettent. Mais ils n’acceptent pas la forme. "On lit dans la presse que l’État va indemniser, c’est totalement faux, c’est aux taxis de s’indemniser eux-mêmes alors qu’ils ne sont pas responsables de la situation", s’insurge Frédéric Guenou, premier vice-président de la Fédération Nationale des Taxis. "L’État a laissé faire les choses pendant des années et désormais plus de 28 plateformes permettent à des opportunistes de voler notre travail. C’est à eux de payer!"

Même son de cloche pour Alain Griset, président de l’Union nationale de Taxis. "L’État propose de faire racheter les licences par les taxis, c’est inacceptable. Il faut faire contribuer les plateformes et les VTC qui nous ont conduits à cette situation catastrophique pour la profession."

La facture sera-t-elle réglée par les clients?

Autre point de friction, le montant de l’indemnisation qui pénalisera ceux qui ont acheté leur licence il y a 15 ans ou plus. "Ces personnes ont investi 15.000 euros à l’époque et avec l’inflation ne percevront qu’entre 20.000 et 25.000 euros alors que la valeur actuelle est de l’ordre de 200.000 euros. Personne n’acceptera un tel principe", affirme Frédéric Guenou.

Côté VTC, c’est la discrétion. Uber, leader du secteur, aimerait en savoir plus: "Nous attendons que les modalités de financement de ce fonds soient plus précises avant de faire des commentaires". La prudence est de mise puisque les plateformes risquent d’être mises à contribution pour atteindre les montants nécessaires à l’indemnisation. Mais, comme les taxis, les VTC ne peuvent qu’être d’accord sur le principe d’autant qu’ils l’ont proposé eux-mêmes. En janvier dernier, Thibaud Symphal, directeur général d’Uber France, se disait favorable à un "fonds de transition privé".

Autant de questions auxquels les professionnels du secteur devront répondre lors des ateliers de travail organisés par le gouvernement. Ils doivent rendre leurs propositions en juin prochain. Malgré ces premiers commentaires, tout le monde reste néanmoins convaincu que le problème aura trouvé sa solution. Comment? En faisant payer les clients et en augmentant le tarif des courses? C'est une possibilité que pour le moment seul Yves Weisselberger, patron de Snapcar, ose évoquer. Pour lui, dire que "le secteur financera le fonds" est un leurre: "L'argent n'est pas fabriqué ex nihilo, donc à l'arrivée, c'est bien le contribuable qui paiera."

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco