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Scaf: devant le Sénat, Airbus alerte sur les risques d'un "plan B" de Dassault

Auditionnés par la commission Défense du Sénat, les dirigants d'Airbus disent qu'un plan B n'est pas réaliste et plaide pour trouver rapidement un accord avec Dassault.

Ce mercredi, les dirigeants d'Airbus étaient auditionnés par la commission des Affaires étrangères et Défense du Sénat pour expliquer leur vision de la coopération avec Dassault dans l'élaboration du Scaf, le futur système de combat aérien qui doit être opérationnel pour 2040.

Cette audition fait suite à celle d'Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, qui conteste la demande allemande de partager les brevets qu'il a créé avec les industriels allemands, parmi lesquels Airbus. Le dirigeant se dit être prêt à sortir un "plan B" pour défendre ses intérêts. La réponse d'Airbus est nette.

Il n'y a pas de plan B parce qu'aucune alternative ne permettra d'atteindre l'objectif que nous nous sommes fixés", a répliqué aux sénateurs Antoine Bouvier, directeur de la stratégie, des fusions-acquisitions et des affaires publiques d'Airbus.

Pour Dirk Hoke, président exécutif (CEO) d'Airbus Defence and Space, la situation est sensible.

On ne va pas refaire les erreurs du passé, le Scaf ne peut être conçu qu'ensemble". Une référence aux programmes Euroflighter et A400M qui ont été l'objet de divergences profondes entre la France et l'Allemagne.

Sur le ménage à trois évoqué par Éric Trappier au Sénat la semaine dernière, les dirigeant d'Airbus rappelle que l'entrée de l'Espagne dans le programme est une décision des Etats pour des motifs stratégiques et financiers.

"Recréer un climat de confiance" avec Dassault

Sur les brevets de Dassault, les deux responsables ne nient pas qu'ils sont la propriété de leur créateur.

Certains disent 'on veut se protéger', d'autres 'on veux contribuer'. Chacun a le droit et le devoir de faire l'un et l'autre. Mais ce sont les Etats qui ont investi [dans le programme Scaf, NDLR] et ces investissements doivent être protégés", estime Antoine Bouvier. Il poursuit: "Il ne s'agit pas de faire le projet 'quoi qu'il en coute', mais de trouver les bonnes conditions pour arriver".

Pour Airbus, même si Dassault est maître d'œuvre du programme Scaf, "il ne doit pas tout contrôler et tout décider". Les dirigeants du groupe aéronautique estiment que le rôle de Dassault est d'arbitrer, "mais chacun doit pouvoir exercer sa responsabilité. (...) Toutes les compétences créées doivent pouvoir être utilisées par tous les partenaires".

Dirk Hoke ajoute qu'il est urgent de "recréer un climat de confiance [avec Dassault] et cesser les polémiques qui polluent le débat". L'urgence repose sur l'approche des élections en Allemagne qui risquent de geler voire de remettre en question le programme Scaf.

C'est pour cela qu'il faut avancer dans la phase 1. Il faut faire des efforts énormes pour trouver un accord avant les élections allemandes. A partir de juin, ce sera de plus en plus difficile de passer des projets à plus de 25 millions d'euros et en juillet ce ne sera plus possible", a prévenu Dirk Hoke en ajoutant que selon lui, "c'est encore faisable. (...) Les trois pays devront faire des compromis".

Un projet fondamental pour l'Europe

Enfin, sur la stratégie d'Airbus de vouloir "se refaire une santé" en faisant sur le militaire ce qu'il a perdu dans le civil avec la pandémie, Antoine Bouvier rappelle le contexte de concurrence mondiale avec les Etats-Unis et la Chine.

30% de l'activité de Boeing est dans le militaire et le spatial. Airbus, c'est 15%. La concurrence n'est pas entre européens, mais avec la Chine et les Etats-Unis. Nous devons nous renforcer dans ce domaine, c'était notre ambition avant la crise sanitaire. C'est une question de stratégie, pas pour 'se refaire une santé'. C'est même fondamental pour l'Europe".

Sans accord entre Dassault et Airbus, mais aussi entre la France et l'Allemagne, la remise en question du Scaf aura des conséquences industrielles et politiques. Les trois pays vont-ils se lancer dans leur propre projet comme le demande un membre de la commission sénatoriale? Airbus n'y croit pas.

Non, il n'y aura pas trois versions. On cherche à créer les meilleures technologies pour en faire un. Il n'y aura donc jamais d'un Scaf basé sur l'Eurofighter. Le Scaf ne sera ni un super Rafale, ni un Eurofighter Plus", a répondu Kirk Hoke.

L'autre risque, est que les pays européens soient finalement conduits à signer avec les Etats-Unis pour le F-35. L'Allemagne a récemment annoncé son intention d'acheter des F-18 et des patrouilleurs maritimes américains.

Si on ne fait pas le Scaf, l'Allemagne pourrait acheter encore plus d'équipements aux Américains", prévient Kirk Hoke en précisant que le contrat des F-18, qui se fait dans le cadre de l'Otan et non de la défense européenne, "n'est pas encore validé".

La France et l'Allemagne seront-elles capables de travailler ensemble sur un projet commun en matière de défense européenne?

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco