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Scaf: la réplique du patron de Dassault Aviation au chef d’état-major de la l'armée de l'air allemande

Éric Trappier, patron de Dassault Aviation, devant la maquette du Scaf lors du salon du Bourget en 2019

Éric Trappier, patron de Dassault Aviation, devant la maquette du Scaf lors du salon du Bourget en 2019 - Eric Piermont - AFP

Lors de la présentation des résultats 2020 de Dassault Aviation, Éric Trappier, PDG, a réagi aux demandes allemandes de partage des brevets du Scaf. Un plan B serait "techniquement" possible.

Le programme européen d'avion de combat du futur s'enlise doucement depuis les dernières déclarations de Berlin. Les Allemands désirent que Dassault, maître d'œuvre du projet du New Generation Fighter (NGF), l’avion de combat connecté au SCAF (système de combat aérien du futur), partage ses brevets avec les industriels allemands.

Le chef d’état-major de la l'armée de l'air, le général Ingo Gerhartz, réclame l'accès à toutes les technologies que renfermeraient les "boites noires" du Scaf. Lors de la présentation des résultats 2020 de Dassault Aviation, Éric Trappier, PDG, a mis les choses au point réfutant le qualificatif de "boite noire", rapporte La Tribune.

"Une boîte noire, c’est par exemple un avion américain. Vous n’avez même pas le droit de regarder, d’ouvrir la boîte et de savoir ce qu’il y a dedans", a réagi Éric Trappier

L'allusion au projet d'acquisition par l'Allemagne de F/A-18 Super Hornet américains au lieu du Rafale européen est évidente. Il y a un an, la presse allemande avait dévoilé la finalisation d'un contrat à Boeing pour 45 F/A-18 Super Hornet américains - en plus de 90 Eurofighters Typhoon d'Airbus - pour remplacer 93 Tornado européens d'ici 2030.

Il confie aussi que ces difficultés l'incitent à envisager un "plan B" sans donner plus de détails.

"Un chef d'entreprise a toujours en tête un plan B. Il fait tout pour la réussite du plan A. Tout. Mais le jour où le plan A ne marche pas, il lui faut un plan B. Ce qui permet en général soit de faire marcher le plan A soit de passer directement au plan B", explique Éric Trappier.

"Le pronostic vital" du Scaf "pas encore engagé"

Dassault aurait deux options. Soit trouver un autre partenaire, soit mener le projet seul. Sur le premier point, il pourrait être question de s'allier aux Britanniques dans le projet Tempest. "Ce n'est pas à l'ordre du jour", a réagi Éric Trappier. Mais sur le second, il admet que Dassault serait "techniquement" capable de faire le Scaf seul

"Dassault sait faire des avions (...), Safran sait faire des moteurs d'avions de combat (...) et Thales sait à peu près faire des radars et des contre-mesures et un certain nombre d'équipements optroniques", rappelle Éric Trappier. "Et si je rajoute MBDA pour les missiles, la réponse est techniquement oui" en précisant que ce serait alors "une décision politique".

Le programme Scaf peut-il voler en éclat? Eric Trappier reste confiant. Il estime que "le pronostic vital" du Scaf n'est pas "encore engagé", mais admet que "le malade" est dans "un état difficile".

Emmanuel Macron semble également confiant sur un accord avec l'Allemagne. En février dernier, à l'issue d'un conseil de défense franco-allemand avec Angela Merkel, le président français avançait qu’un accord pourrait être trouvé dans les prochains jours.

"D'ici à quelques semaines très proches, nous aurons levé les derniers points qui demeuraient et j'ai ensuite bon espoir que, d'ici au printemps, on puisse arriver aux validations administratives et politiques qui sont attendues pour tenir le calendrier et nos ambitions", affirmait Emmanuel Macron.

La France et l'Allemagne, associés à l'Espagne, espèrent valider avant les élections allemandes en septembre et la présidentielle en France au printemps 2022 les contrats industriels d'étude (phase 1B) devant mener un démonstrateur en vol du SCAF. Cela suppose néanmoins un accord entre exécutifs, le vote du budget au Bundestag et la passation des contrats avec les industriels.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco