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Grève du 5 décembre: les prix des taxis et VTC vont-ils flamber?

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À l'approche de la mobilisation du 5 décembre, les taxis et VTC représentent une alternative pratique pour les usagers des transports en commun. Si les premiers sont contraints par des tarifs réglementés, les seconds devraient profiter de cette journée de mobilisation pour augmenter leurs prix.

Il faudra probablement s’armer de beaucoup de patience jeudi pour emprunter les transports en commun. Voire même se rendre à l’évidence et rebrousser chemin. Car la grève du 5 décembre contre la réforme des retraites s’annonce particulièrement suivie à la SNCF comme à la RATP. La régie des transports parisiens qui ne publiera ses prévisions que mardi a d’ailleurs déjà fait savoir qu’elle s’attendait à un "trafic fortement perturbé".

Une aubaine pour les entreprises proposant des moyens de transport alternatifs vers lesquels risquent de se reporter des milliers d’usagers du train et du métro. Et en particulier les sociétés de taxis et de VTC qui entendent bien profiter de cette journée de mobilisation. Selon un sondage réalisé par la plateforme EureCab fin novembre, 78% des chauffeurs de taxi et VTC vont travailler pendant les grèves malgré les probables perturbations sur les routes. Seuls 8% d’entre eux disent vouloir éviter d’exercer ce jour-là pour soutenir le mouvement de grève.

Tarification dynamique

Compte tenu des circonstances, les sociétés de VTC s’organisent pour étendre leur service et satisfaire au mieux la demande. "Il y a des moments où tant de gens commandent une course qu’il n’y a pas assez de voitures sur la route pour répondre à la demande. Un jour de grève comme le 5 décembre peut être l’un de ceux-là. Afin d’inciter les chauffeurs à conduire pendant les heures de pointe et dans les centres névralgiques des villes (gare, points d’accès aux villes, etc.), tout en bravant les conditions de circulation difficiles, nous allons adapter nos conditions tarifaires avec des bonus mis en place spécifiquement aux heures de forte demande", explique-t-on du côté d’Uber, leader sur le marché.

En clair, les prix risquent de flamber. C’est le système de "tarification dynamique": "La tarification doit être en effet suffisamment attractive pour qu’il y ait des chauffeurs connectés et qu’il acceptent les courses proposées – au moment même où la circulation va être très perturbée", reconnaît l’entreprise de VTC.

"Dix fois plus de réservations qu'une semaine normale"

Le Français Kapten va lui aussi appliquer la tarification dynamique avec une majoration qui se met "automatiquement" en place "lorsque la demande est plus importante que l'offre" et qui "permet d'attirer (ses) chauffeurs partenaires dans le secteur et de garantir un temps d'attente raisonnable" pour les utilisateurs. Son montant est toujours visible dans le détail du prix lors de la commande.

Cependant, précise Kapten, les Franciliens sont invités à réserver leur course à l'avance pour profiter d'un "prix fixe à la réservation" et donc "d'une protection contre la majoration". La plateforme qui dispose d'une flotte de 25.000 chauffeurs dit avoir réussi à mobiliser 3000 chauffeurs supplémentaires depuis la grève du 13 septembre. Elle a également renforcé son équipe de régulateurs et mis à disposition 15.000 créneaux de réservations anticipées, dont 20% seraient déjà remplis. À terme, "nous pensons connaître environ dix fois plus de réservations qu'une semaine normale", précise-t-elle. 

De son côté, AlloCab, qui s’attend à une hausse de 80% de la demande de VTC jeudi, va doubler ses effectifs pour gérer les commandes. "50 personnes vont se relayer 24h/24, 7j/7". Celui qui se présente comme le "premier réseau VTC de France" a déjà enregistré une hausse de 15% de ses réservations pour le 5 décembre et estime à 10% l’augmentation de ses tarifs le jour même.

Les taxis soumis à des tarifs réglementés 

Faire varier librement ses prix en fonction de la demande est un privilège réservé aux VTC. Soumis à des tarifs réglementés et fixés chaque année par arrêté préfectoral, les chauffeurs de taxi ne peuvent ne peuvent adopter cette pratique. "Ce jour-là, comme le reste de l’année, les chauffeurs appliquent le tarif réglementé des taxis et aucune majoration tarifaire n’est pratiquée", confirme G7, leader du taxi à Paris et en Ile-de-France.

Cela ne veut pas dire que les prix resteront stables. Car si les chauffeurs de taxi ne peuvent pas librement augmenter leurs tarifs, le compteur horokilométrique qui équipe leurs véhicules tient compte à la fois du nombre de kilomètres parcourus et du temps de trajet. Autrement dit, les probables embouteillages provoqués par la grève de jeudi pourraient faire grimper la facture aux heures de pointe. Mais dans des proportions moindres que pour les VTC.

Si elle ne peut pas les inciter financièrement, la société G7 espère que ses chauffeurs seront au rendez-vous jeudi. "Nous sensibilisons l’ensemble de nos 9000 chauffeurs affiliés à la nécessité de se mobiliser pour répondre à la forte demande prévue le 5 décembre", souligne l’entreprise qui prévoit également de renforcer "les équipes de (ses) différents centres de relation clients situés en France, avec un but d’accompagner aux mieux (ses) clients dans leurs déplacements". Enfin, "les réservations à l’avance étant limitées", elle invite ses "clients à privilégier les commandes immédiates et anticiper leurs déplacements en prenant des marges de sécurité".

Monopole

Travailler en période de grève n’est pas toujours avantageux pour les chauffeurs de taxis et VTC si les tarifs pratiqués n’augmentent pas. Car les mauvaises conditions de circulation peuvent réduire le nombre de courses effectuées sur une journée. Ainsi, 59% des chauffeurs interrogés par EureCab estiment que les majorations ne devraient pas être limitées pendant la grève, contre seulement 15% qui considèrent que les prix devraient être plafonnés pour rendre les courses plus accessibles.

EureCab justifie ce résultat par deux raisons: "D’un côté, les chauffeurs pensent devoir faire face à des trajets plus longs en raison de la circulation difficile sur les routes ce qui les empêcherait de faire autant de trajets que d’habitude. De l’autre côté, les VTC et les taxis auront une sorte de monopole sur les transports pendant les jours de grève, et pourront donc augmenter leurs tarifs sans risquer de perdre leurs clients".

Au final, 46% des sondés prédisent que la grève sera bénéfique pour leur chiffre d’affaires, et 11% pensent que ce ne sera pas le cas. Les 43% restants ne savent pas.

des partenariats avec la ratp

Consciente de la pagaille qui s’annonce, la RATP a noué des partenariats avec une trentaine d’entreprises pour permettre aux Franciliens de se déplacer malgré la grève. Grâce à des codes promo à renseigner lors de la réservation, certains services d’autopartage, de covoiturage, de VTC, de taxi, de scooters ou encore de vélos et trottinettes, offriront jeudi des réductions à leurs usagers.

Paul Louis