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Retraites : près de 19 milliards d'euros de déficit en 2017

Dès 2017, les régimes de retraites connaîtront de graves difficultés financières

Dès 2017, les régimes de retraites connaîtront de graves difficultés financières - -

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) doit adopter, mercredi 19 décembre, un rapport estimant à près de 19 milliards d'euros le déficit du régime général. Le gouvernement va être contraint d'engager au plus vite une nouvelle réforme pour équilibrer les comptes.

Le déficit du régime général de retraite atteindrait 18,8 milliards d'euros en 2017 selon le rapport que s'apprête à publier le Conseil d'orientation de retraites (COR), mercredi 19 décembre. C'est en tout cas ce que croit savoir Le Monde.fr du 17 décembre. A l'horizon 2020, toujours selon le COR, le déficit serait compris entre 20,8 et 24,9 milliards selon l'évolution de la conjoncture.

Mais le COR ne se contentera pas de revoir à la hausse le déficit (il était de 14 milliards en 2011 et 5,2 milliards en 2012). Il va proposer aux pouvoirs publics d'accroître les prélèvements sur les actifs en plus du relèvement propgressif de l'âge de départ en retraite décidé sous Nicolas Sarkozy.

La balle va donc être rapidement dans le camp du gouvernement. Tout en critiquant la réforme Fillon de 2003/2004, François Hollande a, en effet, annoncé durant la campagne une réforme des retraites sans toutefois entrer dans le détail.

Pour l'heure, le gouvernement a seulement tenté de parer au plus pressé dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2013 qui vient d'être voté en seconde lecture au Parlement. Mais, l'an prochain, le déficit de la branche vieillesse atteindra encore cinq milliards malgré une hausse des prélèvements sociaux.

Il y a pourtant urgence à réformer en profondeur puisque la réforme Fillon contestée par la gauche sera de toutes les façons insuffisante à partir de 2017. Une négociation est en tout cas prévue avec les partenaires sociaux dès le printemps et un projet de réforme pourrait être présenté à l'été. Pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault, de nouvelles décisions difficiles à vendre en perspective....

Déséquilibre démographique

Les mauvaises nouvelles s'accumulent décidemment sur le front des retraites. Hier, vendredi 14 décembre, les partenaires sociaux gestionnaires des régimes de retraite complémentaire des salariés (Arrco) et des cadres (Agirc) se réunissaient pour examiner les perspectives de revalorisation des pensions en 2013. En raison de la situation de ces régimes (voir ci-contre), la revalorisation devrait être inférieure à l'inflation, du moins pour le régime des non-cadres.

Mais les partenaires sociaux ont aussi lancé une négociation sur l'avenir à plus long terme des retraites complémentaires. Dans la perspective de la prochaine séance de négociation qui doit se dérouler le 15 janvier, le Medef a proposé un gel des pensions pendant trois ans pour combler les déficits de l'Agirc et de l'Arrco. S'ils ne sont pas opposés à certaines mesures d'économies, les syndicats refusent de faire payer la note aux seuls salariés et pensionnés.

Conséquence de la situation économique, les rentrées de cotisations sont en baisse alors que le nombre de pensionnés augmente. De plus, en adoptant au printemps le retour partiel à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, le gouvernement Ayrault a mis à la charge des régimes complémentaires plus de 450 millions d'euros de dépenses supplémentaires par an à partir de 2013.

Selon les projections des deux organismes, les réserves de l'Agirc, le plus menacé en raison de sa structure démographique, seraient donc épuisées dès 2017. Pour l'Arrco, l'échéance interviendrait en 2019. Ces prévisions sont nettement plus pessismistes que celles présentées lors de la dernière renégociation des accords Agirc-Arrco, en mars 2011. Or, à la différence du régime général (servant la retraite de base) qui peut compter sur les augmentations de prélèvements décidées par l'Etat, l'Agirc et l'Arrco ne se financent que par les cotisations des entreprises et des salariés.

Comment donc rééquilibrer les comptes à moyen terme au delà d'un simple gel des revalorisations ? Il n'y a guère que trois solutions. La plus simple consiste à augmenter les cotisations patronales et salariales. FO serait, par exemple, favorable à une telle option que rejette totalement le Medef. Un point de plus pourrait rapporter par exemple 780 millions par an.

Autre piste : un allongement de la durée de cotisations. Certains imaginent notamment que les retraites complémentaires ne pourraient être servies qu'après 64 ans et non 62 ans comme pour le régime général.

Une autre solution, déjà utilisée dans le passé, consisterait à baisser la valeur du point qui sert de calcul aux retraites complémentaires (à la différence du régime général basé sur le nombre de trimestres de cotisation). Ce qui signifie que le montant des futures pensions serait moins élévé qu'aujourd'hui. Une solution efficace financièrement et qui reste indolore... tant que l'on n'est pas à la retraite !

Patrick Coquidé