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Des gilets jaunes réclament l'abandon du prélèvement à la source

Manifestation de gilets jaunes sur la rocade de Bordeaux le 17 novembre.

Manifestation de gilets jaunes sur la rocade de Bordeaux le 17 novembre. - Nicolas Tucat - AFP

Les deux tiers des salariés disent s'attendre à ce que la mise en application du prélèvement à la source leur donne le sentiment de gagner moins. Vendredi, certains gilets jaunes ont fait figurer l'abandon de la réforme parmi leurs revendications.

La France vit son dernier mois sans le prélèvement à la source. Dès janvier, l'impôt sur le revenu sera ponctionné directement sur le salaire. Mobilisés pour exprimer un ras-le-bol fiscal, comment les gilets jaunes accueillent cette réforme?

S'il est difficile de connaître la position commune du mouvement, certains ont donné leur avis sur la question. Dans un document de trois pages envoyé vendredi à plusieurs médias et députés, des gilets jaunes ont listé leurs revendications. Parmi elles: le Smic à 1300 euros net, la fin de la hausse des taxes sur les carburants... et "pas de prélèvement à la source".

Fin novembre, Le Parisien révélait qu'une figure du parti La République En Marche avait lancé à Gérald Darmanin: "Ton prélèvement à la source, dans le contexte [des manifestations des Gilets Jaunes], si ça part en vrille, ça va être compliqué..."

Revenir sur la réforme signifierait mettre fin à un projet qui a coûté environ 140 millions d'euros à l'État et entre 310 millions et 1,2 milliard d'euros de mise en conformité pour les entreprises.

Les Français toujours majoritairement favorables?

Lors de l'épisode d'hésitation de l'exécutif début septembre, 60% des Français se disaient favorables à la mise en place de la réforme en janvier prochain, selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche. Pour mémoire, seuls environ 43% des contribuables s'acquittent de l'impôt sur le revenu.

Leur opinion a-t-elle évolué depuis? Difficile à dire. Le projet étant dans sa dernière ligne droite, le principe même de sa mise en place ne semblait plus faire l'objet d'un débat. Le dernier sondage sur la question, réalisé par Ipsos fin novembre, montre d'ailleurs que plus de la moitié des salariés du privé sont favorables à la réforme.

Deux tiers des salariés s'attendent à un choc psychologique

Cette enquête d'opinion pointait en revanche les craintes fortes concernant la réalisation technique du prélèvement à la source. Les trois quarts des salariés du privé et 41% des chefs d'entreprise doutent que leur entreprise soit prête à temps. Selon Bercy, environ 35.000 entreprises privées ne sont pas encore branchées au nouveau système dit de Déclaration social nominative (DSN), par lequel va transiter les informations de la paye des salariés et qui va servir à appliquer le prélèvement à la source. Cela représente moins de 1% du total des entreprises en France. La majorité sont des très petites entreprises et un quart n'a pas de salariés.

Quant au choc psychologique de voir son salaire net baisser en bas de sa fiche de paye, il n'est pas inévitable. Toujours selon le sondage d'Ipsos, près des deux tiers des salariés s'attendent à ce que la mise en application du prélèvement à la source leur donne le sentiment de gagner moins. Là-aussi, le gouvernement n'a cessé de se défendre sur cette question, expliquant que l'impôt sera prélevé sur 12 mois et non sur 10 comme avec la mensualisation actuellement appliquée, ce qui revient à des montants plus faibles tous les mois. Par ailleurs, l'impôt est prélevé à la fin et non en milieu de mois. Enfin, les Français, qui jusqu'à présent ont tendance à "surépargner (sic)", selon les mots du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, pour payer leurs impôts, n'auront plus à se préoccuper des échéances de paiement. Les gilets jaunes l'entendront-ils de cette oreille? Réponse fin janvier.

Jean-Christophe Catalon