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Essai - A110, petit cours d’Alpinisme

Enfin. Alpine est de retour. Alors que les premières A110 version XXIe siècle sortent des chaines de l’usine de Dieppe (Seine-Maritime), premières sensations au volant de la nouvelle berlinette.

Le retour d’Alpine ressemble furieusement au réveillon de Noël. Des mois d’attente, une excitation qui va crescendo, une joie immense quand la date fatidique est arrivée, et aussi parfois un peu de déception en ouvrant le paquet. Mais assez d'envie pour revenir au déjeuner de Noël le lendemain, et prolonger les fêtes avec la famille Alpine.

La berlinette historique, à côté de la nouvelle A110. La version années 60 mesure à peine 3,85 mètres de long, contre 4,18 mètres pour la version moderne, soit à peu près autant qu'un Renault Captur.
La berlinette historique, à côté de la nouvelle A110. La version années 60 mesure à peine 3,85 mètres de long, contre 4,18 mètres pour la version moderne, soit à peu près autant qu'un Renault Captur. © Julien Bonnet

Mais pourquoi l’Alpine A110?

Le conte de Noël, vous le connaissez par cœur. Créée en 1955 par le pilote Jean Rédélé, Alpine est une marque de voitures de sport, petites et légères, parfaitement adaptées au rallye. Le parangon de l’aventure se nomme A110, se surnomme la Berlinette et naît en 1962. "Une petite voiture fabriquée dans un petit atelier, compacte, légère, agile, assez pour finir devant des Porsche beaucoup plus puissantes", résume Philippe Quétaud, le directeur France d’Alpine.

Championne du monde en 1973, victorieuse dans sa catégorie au Mans en 1978, Alpine a été reprise en 1972 par Renault. Jean Rédélé quitte le bateau dieppois (comme ses origines) avant le début des années 80. S’en suit une longue déchéance, à courir après Porsche, le meilleur rival, jusqu’en 1995, où Alpine ferme ses portes.

L'une des caractéristiques de l'Alpine réside dans son centre de gravité, au ras du sol. La version moderne culmine à 1,25 mètre du sol. "Son fond plat, et son diffuseur actif posent la voiture au sol et lui permettent d'atteindre 250km/h sans aileron", explique-t-on chez Alpine. Un aileron aurait en effet dégradé la ligne.
L'une des caractéristiques de l'Alpine réside dans son centre de gravité, au ras du sol. La version moderne culmine à 1,25 mètre du sol. "Son fond plat, et son diffuseur actif posent la voiture au sol et lui permettent d'atteindre 250km/h sans aileron", explique-t-on chez Alpine. Un aileron aurait en effet dégradé la ligne. © Julien Bonnet

"Chez Renault, certains ont toujours cru au retour, explique une source qui connait bien le projet. Il y a eu plusieurs projets, qui n’ont jamais abouti, car il manquait d’argent. L’équation avec Caterham, un partenaire, a permis de le relancer". Caterham, mais aussi le soutien de Carlos Tavares, permettent d’offrir une démarche concrète de développement d’une petite voiture sportive.

"Caterham nous a notamment aidé pour travailler sur le poids, explique Sébastien, chef de produit chez Alpine. La caisse en aluminium thermocollé est une technique que nous avons par exemple exploré avec eux". L’aventure Caterham ne dure qu’un an, Carlos Tavares quitte Renault pour PSA, mais en février 2016, le "Go" final est donné. La berlinette va revenir.

Stricte 2 places, très basse, la nouvelle Alpine fait passer n'importe quelle compacte pour une grosse voiture.
Stricte 2 places, très basse, la nouvelle Alpine fait passer n'importe quelle compacte pour une grosse voiture. © Pauline Ducamp

"Cette Voiture, l’A110, doit se comprendre comme une énième génération de la berlinette d’origine, la 7eme ou la 8eme, comme si sa production ne s’était jamais arrêtée", poursuit Sébastien. La promesse est belle, et la nouvelle Alpine A110 l’est encore plus. Ligne simple, des flancs creusés et des ailes marquées, la nervure centrale sur le capot, les quatre phares à l’avant, tout y est.

Idem dans l’habitacle: les designers d’Alpine ont repris l’épure, le haut des compteurs en forme de vague, ou la position de conduite très basse. Tout en l'adaptant aux exigences modernes: on trouve ainsi un écran tactile 10 pouces sur la planche de bord, des commandes de limiteur de vitesse ou de radio au volant, ou encore des compteurs 100% digitaux.

Les compteurs numériques de la nouvelle Alpine proposent à gauche le compte-tour, à droite la vitesse, au centre le rapport enclenché sur la boite à double embrayage Getrag à 7 rapports.
Les compteurs numériques de la nouvelle Alpine proposent à gauche le compte-tour, à droite la vitesse, au centre le rapport enclenché sur la boite à double embrayage Getrag à 7 rapports. © Julien Bonnet

Quelques détails chiffonnent cependant. "Nous avons choisi de mettre de l’argent sur des éléments de design fort, comme la console centrale", souligne Sébastien. Cette dernière en forme d’arche est magnifique, avec le bouton Start-Stop rouge sur le dessus. En revanche, la clé reprise d’une Laguna 3, cachée dans une pochette semblent loin des détails qui doivent s’attacher à une légende, et à une marque qui se revendique "premium sport". Développer certains éléments comme une clé dédiée aurait eu un coût exorbitant, souligne-t-on. Certes, mais à ce niveau de prix (58.500 euros pour la version Première Edition) et en ciblant des clients Porsche ou Audi, le calcul ne s'annoncerait-il pas un peu risqué?

"L’A110 1ère génération avait des commodos de R8, et plein d’autres pièces de récup. En cela aussi, la nouvelle Alpine est fidèle à l’esprit", renchérit un fan de la marque.

Soit, c’est surtout cet esprit que nous sommes venu découvrir.

Cette clé rappelle furieusement celle d'une Laguna 3. Erreurs de jeunesse dans le monde premium ou esprit récup qui participe aussi à l'ADN Alpine?
Cette clé rappelle furieusement celle d'une Laguna 3. Erreurs de jeunesse dans le monde premium ou esprit récup qui participe aussi à l'ADN Alpine? © Pauline Ducamp
C'est ce gros bouton rouge, au centre de la console centrale, qui permet de démarrer le moteur. Sur le volant, un autre bouton estampillé "Sport" permet de choisir entre les 3 modes: Confort, Sport et Track.
C'est ce gros bouton rouge, au centre de la console centrale, qui permet de démarrer le moteur. Sur le volant, un autre bouton estampillé "Sport" permet de choisir entre les 3 modes: Confort, Sport et Track. © Pauline Ducamp

Au volant

Avec son design globalement réussi et une longue campagne de teasing de presque 2 ans, nous avions hâte de nous mettre au volant de cette A110 de nouvelle génération. Si on peut s'étonner de manquer de réglages en hauteur des sièges, la position de conduite reste agréable, assez proche du sol. On regrette finalement la casquette au-dessus des compteurs qui n'apporte pas grand-chose côté esthétique et peut gêner la visibilité des plus petits gabarits.

Et si cette nouvelle A110 est déjà un plaisir pour les yeux, c’est également un bonheur pour les oreilles. Cela commence dès l’allumage du bloc, un quatre cylindres 1,8 litre turbo, déjà vu sur l’Espace et fabriqué en Corée du Sud. La sonorité est parfaite, travaillée par Alpine pour donner des frissons à 20 comme à 180 km/h. Le son rauque du moteur vous accompagne sur chaque accélération et si le bruit est bien présent dans l’habitacle, cela reste agréable. C’est d’autant plus le cas en mode "Sport", avec des "ratatouilles" plus prononcés lors des décélérations et une relance lors des rétrogradages, du plus bel effet pour afficher sa sportivité. Si les passants se retournent sur son passage, à la traversée des agglomérations, c’est aussi pour son ronronnement. Un très bon point.

Cette Alpine A110 fait résolument partie du XXIème siècle: écran tactile 10 pouces, 2 portes USB, GPS et connexion via MySpin ou le Bluetooth.
Cette Alpine A110 fait résolument partie du XXIème siècle: écran tactile 10 pouces, 2 portes USB, GPS et connexion via MySpin ou le Bluetooth. © Julien Bonnet
Drapeau français, volant en cuir surpiqué bleu, cuir matelassé dans les portières, et carrosserie apparente, l'habitacle de cette A110 est très élégant.
Drapeau français, volant en cuir surpiqué bleu, cuir matelassé dans les portières, et carrosserie apparente, l'habitacle de cette A110 est très élégant. © Julien Bonnet

Mais avec cette sonorité très présente, on peut être un peu déçu par l’accélération. Certes le temps donné au 0 à 100 km/h en 4,5 secondes reste très honorable mais on ne se retrouve non plus plaqué dans notre siège. Il faut bien en garder un peu sous le pied pour la future version "boostée" de la nouvelle A110 ( on ne vous parle même pas de la sonorité que doit avoir l'A110 dédiée au championnat Alpine Europa Cup)!

On se retrouve donc dans un petit coupé sportif très plaisant à conduire et les 252 chevaux apportent suffisamment de puissance pour s’amuser. Son poids plume apporte beaucoup en termes de comportement, notamment avec un confort de suspension à la hauteur. On s’imagine bien au volant de cette A110 comme voiture de tous les jours, même si les strictes deux places et les coffres avant et arrière (200 litres environ au total) n’en feront certes pas une familiale idéale. Mais une parfaite voiture plaisir au quotidien!

L'A110 annonce un couple de 320Nm, ce qui fait beaucoup dans le plaisir de conduire de la sportive.
L'A110 annonce un couple de 320Nm, ce qui fait beaucoup dans le plaisir de conduire de la sportive. © Julien Bonnet

"LE" truc en plus: la tenue de route

Défaut de sa qualité d’accélération, on se retrouve rapidement à flirter avec les limites de vitesse sur routes. Sans être un pilote confirmé, cette nouvelle A110 donne finalement toute l’étendue de ses possibilités sur circuit. L’occasion d’atteindre des vitesses un peu plus poussées (elle annonce 250km/h de vitesse maximale), et ainsi de tester le comportement des freins et de la direction.

Si notre expérience fut malheureusement trop brève pour se faire une idée complète de ses capacités, nous avons pu tout de même commencer à prendre du plaisir en cherchant à explorer les limites de cette Alpine nouvelle génération. La répartition des masses 44% à l’avant, 56% à l’arrière, lui donne un comportement très joueur: en sortie de virage on sent l’arrière du véhicule pivoter sans pour autant se sentir en danger. Dans cette philosophie du plaisir de conduire accessible au plus grand nombre (pas forcément en termes de prix mais plutôt en termes de capacité de pilotage), la nouvelle Alpine conserve ainsi de l’assistance électronique en mode "Track" (il est tout de même possible de la couper totalement pour les plus expérimentés).

L'A110 passe de 0 à 100km/h en seulement 4,5 secondes, des temps dignes d'une Porsche 911 Carrera.
L'A110 passe de 0 à 100km/h en seulement 4,5 secondes, des temps dignes d'une Porsche 911 Carrera. © Julien Bonnet

"LE" chiffre: 1.103

C’est en tonne, le poids de l’A110. A titre de comparaison, une Berlinette historique affichait en moyenne 625kg. Le poids de la modernité, en somme. L’A110 atteint ainsi un ratio poids/puissance de 4,3 kilos par cheval, et met ainsi l’accent sur la tenue de route. La version "Première Edition" pèse ainsi 23 kilos que le poids de forme de l’A110. Avec l’arrivée l’an prochain de version de série avec un catalogue d’options, ce poids pourra varier également à la marge. Alpine a fait du poids un point crucial afin d’assurer un véritable plaisir de conduite, avec une puissance contenue dans la gamme de moteurs Renault.

Notre modèle à l’essai: Alpine A110 "Première Edition", numéro 1 sur 50 en version presse, équipée d’un moteur 4 cylindres 1,8 litre de 252 chevaux, associé à une boite à double embrayage Getrag 7 rapports.

Les tous premiers exemplaires clients de l'A110 sortent seulement des chaines de l'usine de Dieppe (Seine-Maritime). Alpine a rodé sa production avec des pré-séries pour les concessionnaires ou les essais presse.
Les tous premiers exemplaires clients de l'A110 sortent seulement des chaines de l'usine de Dieppe (Seine-Maritime). Alpine a rodé sa production avec des pré-séries pour les concessionnaires ou les essais presse. © Julien Bonnet
Julien Bonnet et Pauline Ducamp