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Alfa Romeo Giulia Veloce: une nouvelle Dolce Vita

Alfa Romeo essaie de relancer sa berline Giulia pour sa deuxième partie de carrière. Nous l'essayons dans sa version Veloce.

Alfa Romeo essaie de relancer sa berline Giulia pour sa deuxième partie de carrière. Nous l'essayons dans sa version Veloce. - Antoine Larigaudrie

Alfa Romeo, en pleine reprise en main par la galaxie Stellantis, remet à jour sa berline sportive pour lui offrir une deuxième partie de carrière plus favorable en Europe. Objectif: réduire les émissions et donc les malus écologiques. Pari tenu?

Alfa Romeo n’en est plus à ça près. Après plusieurs décennies d’histoire un peu cahotique au sein de la galaxie Fiat, le constructeur a entamé il y a quelques années un chantier difficile de transformation pour lui faire retrouver la route du succès. Une gamme resserrée autour de trois modèles (compacte Giulietta, berline Giulia et SUV Stelvio), avec une très nette ambition en matière de qualité.

Notre Alfa Romeo Guilia à l'essai est la version sportive, baptisée "Veloce".
Notre Alfa Romeo Guilia à l'essai est la version sportive, baptisée "Veloce". © Antoine Larigaudrie

Mais manque de chance, la recette pour le moment ne prend pas. Et le phénomène se trouve aggravé par l’entrée en vigueur des nouvelles réglementations anti-pollution européennes, fatales aux grosses cylindrées… sur lesquelles Alfa s’est précisément recentré. Le résultat, des ventes divisées par deux en dix ans, 53.000 ventes en Europe l’année dernière, 110.000 dans le monde. Alfa Romeo se retrouve à vendre moins de voitures que Lancia, marque que le grand public croit morte, et qui ne vend plus qu’un seul modèle sur le marché italien.

L’intégration de Fiat-Chrysler dans le nouveau grand ensemble Stellantis doit donc être l’occasion d’un vrai renouveau pour Alfa Romeo, et le sujet est pris suffisamment au sérieux par le nouveau directoire qu’il a dépêché à sa tête Jean-Philippe Imparato, patron de la marque Peugeot pendant 5 années marquée par des succès commerciaux indiscutables.

Et la devise de ce dernier, "je ne vendrai jamais une seule voiture sans faire de marge dessus", semble être un mot d’ordre suffisamment clair.

Il arrive chez Alfa pour reprendre les choses en mains, en faire un constructeur florissant et dynamique.

Alfa Romeo veut conserver le caractère sportif de la Giulia mais éviter le malus souvent associé à ce genre de modèle.
Alfa Romeo veut conserver le caractère sportif de la Giulia mais éviter le malus souvent associé à ce genre de modèle. © Antoine Larigaudrie

Electrification oui… mais sauvegarder le thermique

Pour cela, l’avenir est tout tracé: l’électrification. Et pour cela, Alfa Romeo a dévoilé un concept ambitieux, le Tonale, un SUV 100% électrique. Pour la suite, différent niveaux d’hybridation vont progressivement intégrer la gamme. Mais comme pour le reste de l’ancienne galaxie Fiat, il y a du retard à combler, et en attendant, des voitures à vendre.

Pour assurer le quotidien, Alfa Romeo a donc pris le parti de revoir et de corriger certains de ses modèles trop émetteurs de CO2, pour leur éviter un malus écologique qui les rendrait invendables.

C’est le cas de la Guilia, dans sa version sportive Veloce. Version sportive 4 cylindres turbo de la berline, mais loin des supersportives QV et GTA. Ces dernières étant équipées de moteurs V6 surpuissants, elles entrent dans la catégorie de produits pour passionnés fortunés, pour qui les malus n’auront que peu d’importance. La Veloce, plus accessible et qui doit assurer du flux, se voit donc revue et corrigée.

L'Alfa Romeo Giulia Veloce dispose d'un moteur 4 cylindres turbo de 280 chevaux.
L'Alfa Romeo Giulia Veloce dispose d'un moteur 4 cylindres turbo de 280 chevaux. © Antoine Larigaudrie

Du coup, pour une puissance stable (280 chevaux), une consommation équivalente (7,9l/100km) et un couple quasi-inchangé (400 Nm à 2500t/min), les émissions de CO2 du 2 litres turbo de la Veloce passent de quasiment 200 grammes de CO2 par kilomètre à… 165. Une prouesse réalisée grâce à l’électronique et à un vrai travail de réglage fin. La Veloce n’échappe pas au malus pour autant, mais il passe de 9500 (et même 14.000 cette année) à 2200 euros. Un montant nettement plus raisonnable qui va permettre à la voiture de bien mieux se vendre.

On aime… une ligne de rêve

Mais c’est là le seul changement notable sur cette Veloce revue et corrigée. Et son principal attraît reste intact, à savoir une robe de caractère, totalement dans l’ADN Alfa Romeo, d’une italianité incroyable. Avec sa couleur rouge typique, ses jantes 19 pouces "en cadran de téléphone" à 5 trous, ses étriers de freins jaunes contrastants, la Giulia Veloce perpétue avec superbe la lignée Alfa.

Le spectacle est aussi à l’intérieur, avec une finition de très bonne qualité, peut-être un peu inférieure à celle du haut de gamme allemand à catégorie égale, mais plus chatoyante, plus typiquement italienne. Ses grands sièges avant en cuir marron, à la fois confortablement moelleux mais au maintien impeccable (parfait dans les virages rapides), et sa banquette arrière large et accueillante, en font une routière parfaite.

Rien n'a changé dans cette Giulia en dehors des motorisations.
Rien n'a changé dans cette Giulia en dehors des motorisations. © Antoine Larigaudrie

Un châssis exemplaire 

Une pression sur le bouton start sur le volant et le moteur 2 litres turbo s’éveille. Et c’est en commençant à rouler qu’on accède en réalité à LA véritable réussite de cette automobile… son châssis. Léger, précis, parfaitement amorti (même en mode Dynamique, qui raffermit les suspensions), doublé d’une direction très incisive, il donne à cette propulsion un comportement très sain, ainsi qu’une tenue de route impériale, sécurisante à haute vitesse et incroyablement équilibrée quand il s’agit de hausser le ton. Obéissant et prévenant, ce châssis est à ériger en modèle. Pour le coup, la Giulia Veloce donne là une sérieuse leçon au haut de gamme allemand, au confort bien plus ferme.

Autre sujet de réjouissance, le freinage. Les gros étriers jaunes ne sont pas là que pour l'esthétique et procurent un surcroit de puissance et de sécurité à cette berline qui reste lourde (1,4 tonne), mais du coup d’un dynamisme étonnant. On se surprend même à retarder de plus en plus les freinages, tellement l’auto ralentit bien, avec un toucher de pédale franc et direct.

L'Alfa Romeo Giulia Veloce dispose de 280 chevaux.
L'Alfa Romeo Giulia Veloce dispose de 280 chevaux. © Antoine Larigaudrie

Ajoutez à cela un volume de coffre très important (480 litres), et quelques détails vraiment bien pensés (notamment les phares orientables, qui suivent les trajectoires avec une extrême précision, un vrai plus lors des trajets nocturnes avec peu de visibilité), et vous obtenez une vraie berline sportive de caractère, à l’italianité incontestable et au charme fou.

On aime moins… un moteur sans éclat

Malgré tout, le tableau n’est pas parfait. Car un sujet fâche (et pas des moindres chez Alfa Romeo): le moteur, le cœur sportif de cette Veloce. Malgré une bonne volonté évidente, une puissance très confortable, une réactivité parfaite, des performances très honorables (5,7 secondes du 0 à 100km/h) et une boîte automatique 8 rapports rapide et intelligente, ce bloc manque cruellement de brio.

L'Alfa Romeo Giulia affiche des performances très honorables: 5,7 secondes du 0 à 100km/h.
L'Alfa Romeo Giulia affiche des performances très honorables: 5,7 secondes du 0 à 100km/h. © Antoine Larigaudrie

La faute à des réglages un peu castrateurs, qui n’ont pour objectif que de réduire les émissions. Avec une zone rouge à 5500t/min, la plupart du temps, il ne tournera qu’à très bas régime, notamment en conduite urbaine, où parfois il rappellera le ronronnement d’un diesel. Il faudra écraser la pédale pour obtenir un son plus gratifiant, plus pétillant… plus Alfa en vérité. Dommage.

Quelques détails agaceront également, comme une instrumentation complète mais au placement un peu inhabituel ou des comodos de clignotants au maniement déroutant. Mais on est loin de l’ergonomie fantaisiste et des détails de finition qui faisait le "charme" des Alfa historiques!

Bilan: un véritable hymne à l’Italie automobile

Malgré cette déception autour du bloc moteur, pourtant essentiel à une berline de caractère, le charme agit parfaitement. Cette Giulia Veloce transpire l’Italie, l’ADN Alfa Romeo, l’élégance et le charme.

Bien sûr on aurait aimé une symphonie mécanique à la hauteur des quatre cylindres boxer (à plat opposés) ou mieux du V6 Busso qui firent les grands jours des Alfa les plus populaires, mais si c’est le prix à payer pour accorder une seconde partie de carrière confortable à la Giulia dans le paysage automobile européen, le sacrifice en vaut largement la peine. Le tout à un prix plutôt bien étudié, par rapport à la concurrence, notamment allemande.

Une auto attachante pour qui trouvera les BMW Série 3 et Mercedes Classe C équivalentes trop standard. Cette Giulia Veloce est un vrai exercice de style réussi de sauvegarde d’une identité automobile forte. Bravissimo!

Notre modèle à l'essai: Alfa Romeo Giulia Veloce 2.0T AT8. Prix toute options: 62.900 euros

Antoine Larigaudrie