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"Vrais sondages", "vote caché": comment Éric Zemmour veut convaincre de sa popularité

Eric Zemmour

Eric Zemmour - AFP

Sur les réseaux sociaux, les équipes du candidat mettent en avant des médias et des sondages qui semblent conçus sur-mesure pour appuyer sa campagne. Avec une thématique, celle du “vote caché”.

Cinq ans après avoir été utilisé par François Fillon, l’argument du “vote caché” revient. Il concerne cette fois Éric Zemmour, à la peine dans les sondages ces dernières semaines, distancé par Marine Le Pen et désormais par Jean-Luc Mélenchon. Ce 22 mars, le dernier sondage Opinion 2022, réalisé par l'institut Elabe, le crédite de 10% des voix seulement.

Le candidat et ses soutiens évoquent régulièrement - en plateau comme sur les réseaux sociaux - une part des Français dont les intentions de vote ne seraient pas représentées dans les sondages.

Pour appuyer ce propos, l’équipe d’Éric Zemmour évoque régulièrement le poids - bien réel - du candidat sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, Twitter ou YouTube. Mais sur ces mêmes plateformes, les soutiens d’Éric Zemmour s’appuient sur des enquêtes d’opinion aux méthodologies pour le moins floues et sur des médias peu transparents sur leurs origines.

Des sondages hasardeux

En début d’année, beaucoup partageaient les chiffres de Qotmii, une application décrite par ses fondateurs comme "basée sur l’intelligence artificielle", qui prétend définir le poids des candidats dans l’opinion, mais qui n’explique pas son fonctionnement et qui a régulièrement vu faux par le passé, par exemple sur le score de François Fillon en 2017.

Sur Facebook, le compte des “Jeunes avec Zemmour” reprenait - parmi d'autres - cette même source ce dimanche 20 mars pour assurer que son candidat serait au second tour face à Emmanuel Macron.

Une publication qui entretient la confusion entre véritables intentions de vote et la notion nébuleuse de "potentiel électoral", mise en avant par les créateurs de Qotmii. Avec toujours le même objectif: suggérer l’existence d’un "vote caché".

Capture d'écran Facebook
Capture d'écran Facebook © BFMTV

Face au trou d’air d’Éric Zemmour, plusieurs de ses soutiens relaient un autre compte Twitter, baptisé "Pol Stat", pour entretenir la flamme. Et pour cause, il place Éric Zemmour à 16% des intentions de vote, loin devant Marine Le Pen (11%), ce qui le qualifierait donc pour le second tour.

Parmi les tweets les plus relayés utilisant le hashtag #VoteCaché figure un message du compte Twitter "Reconquête Asie" relayant ces chiffres. Selon le visuel mis en ligne, ces derniers sont basés sur une estimation de la "e-reputation" des candidats.

Capture d'écran du compte Twitter "Reconquête Asie"
Capture d'écran du compte Twitter "Reconquête Asie" © BFMTV

Interrogé par BFMTV, Pol Stat, qui se résume à un simple compte Twitter et à un site pour le moins sommaire, refuse de détailler sa méthodologie, affirmant travailler à partir de la popularité des candidats sur les réseaux sociaux pour définir une part d’intentions de vote. Pol Stat refuse par ailleurs de préciser qui est à la tête de ce mystérieux institut “d’études et enquêtes”, ni même de communiquer le nom légal de l’entreprise.

Seule indication quant à une éventuelle affinité de ce compte: la liste de ses mentions "J’aime", qui mettent systématiquement en avant Éric Zemmour ou ses proches. La seule exception concerne une mention "J’aime" accordée à Éric Ciotti, fin 2021. Auprès de BFMTV, Samuel Lafont, en charge de la campagne numérique d'Éric Zemmour, assure ne pas avoir de lien avec le compte Pol Stat.

FR+, outil de communication de Reconquête

En plus du relais de ces "sondages" pour le moins opaques, d’autres se présentant cette fois comme des "médias" multiplient les publications mettant en avant Éric Zemmour.

A commencer par FR+ (pour “France Plus”), défini sur son compte Twitter comme un “média d'actualité politique”, mais dont les publications visent systématiquement Valérie Pécresse et Marine Le Pen, principales rivales d'Éric Zemmour à droite et à l'extrême droite. Avec certaines vidéos relayées par le candidat lui-même.

Capture d'écran d'un tweet de Stéphane Ravier, relayé par Eric Zemmour, mettant en avant une vidéo de "France Plus"
Capture d'écran d'un tweet de Stéphane Ravier, relayé par Eric Zemmour, mettant en avant une vidéo de "France Plus" © BFMTV

Interrogé par BFMTV, Samuel Lafont reconnaît que ses équipes sont bien à l’origine de la création de FR+, fin janvier.

Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle des militants insoumis avec l’Insoumission, également présentée comme un "média", mais éditée par les proches de Jean-Luc Mélenchon. Mais à la différence de cette plateforme, qui précise son lien avec le mouvement politique, FR+ dissimule son statut d’organe de communication de Reconquête.

"L’idée est de relayer ce que les autres médias ne relaient pas, de montrer des faits", promet Samuel Lafont à BFMTV, précisant qu’il n’était pas prévu d’ajouter de mention spécifique pour expliquer aux internautes le lien entre FR+ et le parti d’Éric Zemmour.

Toujours sur Twitter, l’opération de communication mettant en avant le mot-clé “VoteCaché”, débutée ce 20 mars, a cumulé près de 70.000 occurrences en moins de 48 heures. Sur les 72 tweets retweetés plus de 100 fois avec ce mot-clé, 56 émanent directement de comptes liés à la campagne d’Éric Zemmour. Les 16 autres ont été publiés par des internautes se définissant comme militants.

La théorie du vote caché, que les sondés n'oseraient pas assumer, est par ailleurs vivement critiquée par les spécialistes.

"Les sondages sont aujourd'hui quasiment tous réalisés par Internet. Donc le fait de ne pas oser dire pour qui on vote ne se pose pas. On n'est pas en face-à-face ou au téléphone avec un enquêteur. On est devant son écran. Cet argument ne tient pas. La preuve, c'est que quand on demande aux gens pour qui ils ont voté avant, c'est très proche du réel, ce qui n'était pas le cas avant au téléphone", expliquait déjà Jérôme Fourquet, de l'Ifop, à Libération, en mars 2017.

Lors de ce précédent scrutin, et malgré les annonces des équipes de François Fillon, le candidat n’avait finalement pas bénéficié d’un "vote caché" des Français. Conformément aux estimations des sondages trois semaines avant le scrutin, il était bien arrivé en troisième position lors du premier tour de l’élection présidentielle.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech