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Réforme des retraites: le spectre des négociations avortées sur l'assurance chômage resurgit

Philippe Martinez voit dans la conférence de financement sur les retraites la "même configuration que pour l'assurance chômage"

Philippe Martinez voit dans la conférence de financement sur les retraites la "même configuration que pour l'assurance chômage" - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Réunis lors d'une conférence de financement, les partenaires sociaux devront trouver une alternative à l'âge pivot pour atteindre l'objectif d'équilibre financier du système de retraite en 2027. Mais certains syndicats dénoncent déjà le cadrage des discussions imposé par le gouvernement et craignent de revivre le scénario de l'assurance chômage.

La tâche est immense et le résultat incertain. À la demande d’Édouard Philippe qui a repris à son compte l'idée de la CFDT d'une conférence de financement, les partenaires sociaux se retrouveront prochainement autour de la table pour proposer des mesures permettant d’atteindre l’équilibre financier du système de retraite en 2027. Il s'agira pour les parties prenantes de trouver une alternative à l'âge pivot de 64 ans, lequel a provisoirement été retiré du projet de loi sur la réforme instaurant un régime par points. 

Les conclusions de ce rendez-vous qui durera trois mois devront être présentées au plus tard fin avril. Une exigence du Premier ministre qui a pour objectif d’assurer l’équilibre financier du système à court terme avant le vote du projet de loi en seconde lecture.

Les éventuelles solutions qui seront avancées par les partenaires sociaux devront permettre de dégager 12 milliards d’euros d’économies d’ici 2027. Mais le chef du gouvernement a d'ores et déjà exclu plusieurs leviers pour y parvenir: hors de question de baisser les pensions pour ne pas rogner le pouvoir d’achat des retraités ou d’augmenter le coût du travail "pour garantir la compétitivité de notre économie", précise-t-il dans une lettre adressée samedi aux organisations syndicales et patronales.

"La même configuration que pour l’assurance chômage"

Ce cadrage des discussions hérisse déjà certains syndicats qui craignent de revivre le scénario de l’assurance-chômage lorsque les négociations paritaires s’étaient soldées par un échec en mars 2019. À l’époque, le gouvernement avait déjà préalablement fixé des objectifs. L'un exigeait notamment des partenaires sociaux qu’ils réalisent 3 à 3,9 milliards d’économies sur trois ans.

Syndicats et patronat n’étant pas parvenus à s’entendre, le gouvernement avait repris la main avant de faire voter une réforme durcissant les conditions d'accès à l’assurance chômage. "Imposer au départ le point d’arrivée de la négociation revient à nier l’intérêt même de cette négociation et l’utilité des partenaires sociaux. Il ne faut pas s’étonner dès lors qu’ils ne parviennent pas à un accord", avait déploré l’Union des entreprises de proximité (U2P).

L’histoire est-elle en train de se répéter? La CGT, qui plaide pour une des solutions déjà écartées par l’exécutif (la hausse des cotisations) en est persuadée et envisage de ne pas se rendre à la conférence de financement sur les retraites:

"On ne peut pas discuter de ce qu’on veut. Dans ces conditions, on se retrouve dans la même configuration que pour l’assurance chômage: ‘Voilà ce que je veux, débrouillez-vous pour me donner les solutions’", a regretté dimanche le leader cégétiste Philippe Martinez sur notre antenne.

Menace des ordonnances

Même son de cloche du côté de FO et de son secrétaire général Yves Veyrier qui revoit dans cette conférence "le mauvais film de l'assurance chômage". Avant d'en faire le résumé: "On vous demande de vous mettre d'accord sur 3 milliards d'économies, si vous n'y arrivez pas, -ce qui évidemment était le cas puisqu'on nous demandait de faire des économies sur les droits des demandeurs d'emploi-, c'est l'État qui in fine a décidé". 

Les syndicats sont d’autant plus inquiets que le Premier ministre a bien précisé que faute d’accord pour assurer l’équilibre du système de retraite à court terme, le gouvernement "prendra par ordonnances les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre d’ici 2027 et financer les nouvelles mesures de progrès social". Une méthode qui lui offre l’avantage de légiférer rapidement sans passer par le Parlement. "Je veux être parfaitement clair sur ce point: je pendrai mes responsabilités", a prévenu Édouard Philippe.

"Part de risque"

Les partenaires sociaux ont donc tout intérêt à se mettre d’accord s’ils ne veulent pas que le gouvernement impose ses choix. Mais la réussite de la conférence de financement est loin d’être acquise sachant qu’à l’image de la CGT, la CFDT s’est déjà prononcée elle aussi en faveur d’une hausse des cotisations. Or, cette proposition est qualifiée de "ligne rouge" par le patronat qui préfère discuter d'une mesure d’âge.

Résultat, la CGT ne semble pas se faire beaucoup d’illusion quant à l’issue de cette conférence: "La finalité, c’est qu’on va laisser passer l’orage. Les députés vont voter un texte de loi incomplet et puis à l’été, on nous dira: ‘Il n’y a pas d’autre solution que de travailler jusqu’à 64 ans, point final’", prédit déjà Philippe Martinez. "Le retrait de l’âge pivot est une victoire, mais c’est aussi une part de risque", a également commenté avec prudence le leader de la CFDT, Laurent Berger.

Pour tenter de rassurer et écarter le spectre des négociations avortées sur l’assurance-chômage, l’exécutif a indiqué qu’en cas d’échec de la conférence de financement, il s’appuiera tout de même sur ce qui a été discuté durant trois mois entre les partenaires sociaux pour fixer la méthode de retour à l'équilibre. Un retour de l'âge pivot est toutefois loin d'être exclu. 

Paul Louis