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Pénibilité, retraite minimum... Les concessions à petits pas d'Édouard Philippe

Le Premier ministre a tendu la main aux partenaires sociaux ce jeudi soir en annonçant ou confirmant quelques concessions dans le cadre de la réforme des retraites.

Après une grande réunion réunissant les principales organisations syndicales à Matignon, Édouard Philippe a présenté le compte-rendu des discussions ce jeudi. Adoptant un ton plus ouvert envers les partenaires sociaux, il a proposé de nouvelles "avancées" dans le cadre de la réforme des retraites pour tenter de rallier les syndicats réformistes à sa cause. Tour d'horizon des principales annonces du Premier ministre. 

Age d'équilibre:

Réaffirmant qu'il ne souhaitait pas une "baisse des pensions" ou une "hausse du coût du travail" par une augmentation des cotisations, le chef du gouvernement a indiqué que cela ne "veut pas dire qu'il n'y aurait que l'âge d'équilibre" de 64 ans comme mesure budgétaire. "Il y a des marges de manoeuvre. Elles ne sont pas immenses, nous le savons tous, mais elles existent: je propose et je redis ma proposition aux organisations syndicales d'en discuter" en janvier, a-t-il ajouté à la sortie d'une réunion multilatérale à Matignon.

Pour rappel, cet âge d'équilibre (ou âge pivot) doit entrer en vigueur dès 2022 pour inciter les Français à travailler plus longtemps et équilibrer les comptes dans le cadre de la réforme des retraites. Mais le Premier ministre a également tenu à préciser que celui-ci "permettra à beaucoup de partir plus tôt" à la retraite. 

"L'âge d'équilibre ce n'est pas simplement demander à certains de partir un peu plus tard, c'est aussi pour beaucoup de permettre de partir beaucoup plus tôt. Les Français doivent travailler 42, et bientôt 43 ans pour avoir le taux plein. Aujourd'hui, vous devez aller jusqu'à 67 ans pour avoir le taux plein si vous n'avez pas tous vos trimestres. Demain, nous allons faire baisser significativement cet âge de 67 ans", a-t-il expliqué. 

Pénibilité:

Le Premier ministre a également proposé de revoir les seuils relatifs au travail de nuit, comme indiqué dans la présentation du système universel de retraites le 11 décembre dernier. "Nous améliorerons le système pour le rendre plus généreux. Actuellement, il faut travailler 120 nuits par an pour bénéficier des points pénibilité relatifs au travail de nuit. Nous proposerons de passer ce seuil à 110 nuits. Il faut également 50 nuits en équipe alternantes, nous passerons ce seuil à 30 nuits". Au total, cela devrait permettre à 300.000 salariés supplémentaires de bénéficier du dispositif. 

Par ailleurs, Édouard Philippe a annoncé de prochaines discussions sur le droit à la reconversion pour les salariés exerçant des métiers pénibles. 

Retraite progressive:

Edouard Philippe "souscrit totalement" à l'extension aux fonctionnaires du dispositif de retraite progressive existant dans le privé. Une mesure là-encore déjà annoncée le 11 décembre dernier. 

"Plusieurs organisations syndicales ont demandé l'ouverture de la retraite progressive à la fonction publique, en particulier aux enseignants et aux personnels hospitaliers, idée à laquelle je souscris totalement", a déclaré le chef du gouvernement, précisant qu'une concertation à ce sujet débutera en janvier "pour aboutir rapidement".

"Il y a des métiers plus difficiles à faire que d’autres. J'ai demandé à Muriel Pénicaud de travailler sur des dispositifs concrets sur l’emploi des seniors et sur l’aménagement des fins de carrière" a indiqué le premier ministre.

Retraite minimum (ou "minimum contributif"):

Alors que la réforme prévoit actuellement que la pension minimum soit fixée à 85% du smic pour une carrière complète, Edouard Philippe s'est dit prêt à l'augmenter au-delà, sans toutefois donner de chiffres. 

SNCF, RATP, enseignants...

Si Édouard Philippe a confirmé qu'il ne reviendra pas sur la suppression des régimes spéciaux, il a consenti à quelques avancées pour les agents SNCF et RATP. Par exemple, à la SNCF, "le gouvernement confirme son accord pour la mise en place de mesures favorisant la progressivité de mise en oeuvre de la réforme et le respect des droits acquis", a déclaré le Premier ministre.

S'agissant des agents RATP, "des avancées importantes sont sur la table. Chacun les jugera et devra prendre ses responsabilités", a ajouté le locataire de Matignon. 

Il a également évoqué le sort des enseignants, rappelant qu'il s'était "engagé à revaloriser les revenus des professeurs et des chercheurs". "Cette revalorisation prendra effet dès le 1er janvier 2021", a-t-il affirmé. 

nouvelle réunion en janvier

Edouard Philippe a annoncé ce jeudi qu'il réunirait à nouveau les partenaires sociaux dans "les premiers jours de janvier" pour discuter du projet de réforme des retraites.

"Dès les premiers jours de janvier avec le secrétaire d'État (Laurent Pietraszewski), nous consulterons les partenaires sociaux et je proposerai, mi-janvier, une méthode qui nous permettra soit d'atteindre un accord qui pourrait se substituer à la solution que j'ai proposée, soit, à tout le moins, d'améliorer celle-ci en tenant compte des propositions des syndicats", a-t-il déclaré à propos de l'objectif d'équilibre financier proposé par le gouvernement.
Paul Louis avec AFP