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Malgré la pandémie mondiale, ils ont lancé leur entreprise en 2020

Le café ludique Lila and the Barber à Bordeaux a ouvert en août, entre les deux confinements

Le café ludique Lila and the Barber à Bordeaux a ouvert en août, entre les deux confinements - Facebook

La pandémie mondiale n'a pas découragé certains Français. Malgré la crise sanitaire et son lot d'imprévus, ils ont tout de même décidé de lancer leur entreprise.

"On a été ouvert sans restriction pendant deux mois seulement", déplore Thibault Linte, co-fondateur du bar Lila and the Barber à Bordeaux. Dans un monde sans crise sanitaire, son bar à jeux de société sur lequel il travaillait depuis plus de deux ans aurait dû ouvrir au printemps 2020, dans un lieu pouvant accueillir 80 personnes. Mais à l'annonce du premier confinement, la banque abandonne le projet.

On a fait une croix sur le prêt, il a fallu tout mettre en fonds propre et miser sur un local deux fois plus petit. Mais en ce moment, ce n'est pas plus mal car ça réduit nos charges", raconte Thibault Linte.

Pour cet entrepreneur, il n'a jamais été question de repousser l'ouverture. Le projet avait déjà pris du retard et certains associés avaient abandonné leur emploi pour s'y consacrer à plein temps.

A l'image des fondateurs de Lila and the Barber, de nombreux Français n'ont pas été découragés par la crise. La pandémie mondiale, en propulsant le télétravail et le chômage partiel, a même eu un effet déclencheur. 21% des Français déclarent avoir envie de créer une entreprise, d'en reprendre une ou de se mettre à leur compte en 2021, selon le baromètre Go Entrepreneurs, organisé par Les Echos Le Parisien Evénements.

Dans une année pourtant perturbée par la crise, le nombre d’entreprises créées a augmenté de 4 % par rapport à 2019, selon l'Insee. A noter toutefois, deux tiers ont été réalisées sous le statut d’auto-entrepreneur, souvent réclamé par les plateformes de livraison ou de transport.

"Tout mettre en suspens aurait été suicidaire"

D'autres ont eu plus de chance. Chez DeliverMe.City, une start-up de livraison opérationnelle depuis septembre, les livreurs sont en CDI. Ils sont dix à acheminer en biporteur électrique les colis des clients et devraient être 50 d'ici la fin d'année. DeliverMe.City propose une solution de livraison française qui s'adapte aux clients: l'adresse et l'heure de livraison sont modifables jusqu'à 45 minutes avant le rendez-vous.

L'activité aurait dû démarrer au printemps. C'était sans compter le premier confinement, qui a conduit le propriétaire de la plateforme logistique à reporter la signature du bail. Finalement, l'entreprise se lance en septembre. "On avait loué notre local, nos salariés étaient embauchés. Tout mettre en suspens aurait été suicidaire", affirme Stéphane Wahlen, 56 ans, co-fondateur de l'entreprise.

Les livreurs de DeliverMe City sont en biporteur électrique
Les livreurs de DeliverMe City sont en biporteur électrique © DeliverMe City

La crise sanitaire a propulsé le e-commerce mais cet ancien de Nike et Procter & Gamble ne crie pas victoire pour autant.

Le secteur du retail a compris que l'activité devait s'adapter aux consommateurs qui privilégient désormais les achats en ligne. Mais les enseignes sont pour l'instant préocupées par le court terme, dans la crainte d'être à nouveau fermées. En cas de reconfinement et même dans le futur, leur seul moyen de survivre sera de se réinventer et de trouver des outils de distribution de qualité comme on le propose. Mais cela viendra dans un second temps. Donc le climat est à la fois porteur et compliqué pour nous", détaille Stéphane Wahlen.

Le démarrage de l'activité est en effet plus lent que prévu, mais cela n'inquiète pas les fondateurs de DeliverMe.City. "Tout le monde doit faire un peu le dos rond", accorde Stéphane Wahlen. Il déplore tout de même le manque d'accompagnement du gouvernement et l'absence d'aides financières: "comme on n'a pas de baisse de chiffre d’affaires sur N-1, nous n'avons rien reçu".

L'Etat à la rescousse

Ce n'est pas le cas des propriétaires du bar à jeux Lila and the Barber. "On a été ouvert sans restrictions en septembre et en octobre. Ça a très bien marché, le bar était complet tous les week-ends. On a même dû refuser du monde ce qui prouve que finalement, notre projet initial avec un local deux fois plus grand aurait pu marcher", assure Thibault Linte.

Depuis le second confinement, leurs clients trouvent rideau fermé. L'Etat verse des indemnités, calculées sur le chiffre d'affaires moyen réalisé lors des deux mois d'ouverture. La métropole de Bordeaux a aussi mis en place des aides. Mais rien du côté des assureurs. "Les seuls endroits où il y avait des failles, ils les ont trouvées", ironise le co-fondateur du bar.

Il y a une vraie crise de désamour entre les entrepreneurs et leurs assureurs, reconnaît François-Xavier Combe, ancien de chez Axa et fondateur d'Easyblue, un assureur digital pour les créateurs de start-up. Pendant le Covid, les gens ont commencé à lire leurs contrats d’assurance. C'est un secteur obscur, peu digitalisé".

Easyblue a créé un coach d'assurance en ligne pour les entrepreneurs, baptisé Henri. Grâce à l'intelligence artificielle, il fournit gratuitement un audit des risques et propose un programme d'assurance sur-mesure.

Pour Lila and the Barber, la fermeture ne doit pas durer trop longtemps, sous peine de mettre la clé sous la porte.

Le pire pour nous serait de pouvoir rouvrir mais avec tellement de contraintes que cela ne nous permettrait pas d’en vivre. Quand on a dû fermer à 22 heures, c’est déjà beaucoup plus compliqué. Sans compter qu’avec la distanciation sociale, on accueillait moins de clients", déplore Thibault Linte.

Si la situation ne s'arrange pas d'ici mars/avril, il leur faudra réfléchir à la suite. Mais pour l'heure, Thibault et ses associés restent optimistes et misent sur un rebond de l'activité à la réouverture.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech