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La biotech française Valneva livrera ses premiers vaccins au Royaume-Uni: un échec pour la France?

En France, la seule cible des plus de 75 ans en ville, pour lesquels la vaccination est théoriquement ouverte depuis le 18 janvier, représente 5 millions de personnes

En France, la seule cible des plus de 75 ans en ville, pour lesquels la vaccination est théoriquement ouverte depuis le 18 janvier, représente 5 millions de personnes - Fred TANNEAU © 2019 AFP

Même si l'Europe commande des vaccins à la biotech française Valneva, elle devra attendre 2022. Le laboratoire honorera d'abord son contrat avec le Royaume-Uni, qui l'a aidé financièrement pendant tout le processus de développement.

La France est-elle encore en train de passer à côté d'un vaccin français? Après l'échec de celui de l'Institut Pasteur et le retard pris par Sanofi, tous les espoirs se tournaient vers le vaccin du laboratoire franco-autrichien Valneva. Celui-ci ne s'appuie pas sur la technologie de l'ARN messager, contrairement à ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna, et présenterait donc l'avantage de se conserver dans un simple réfrigérateur.

L'efficacité de ce candidat-vaccin n'est pas encore connue. Son développement est toujours en cours - l'entreprise n'en est qu'aux phases 1/2 des essais cliniques, qui en comportent trois, et espère une première mise sur le marché à l'automne 2021. Mais pour l'instant, Valneva n'a prévu de livrer aucune dose à la France. C'est l'Union européenne qui décide des commandes et malgré des discussions, aucun marché n'a encore été conclu avec l'entreprise. Et quand bien même des doses seraient commandées, l'Europe devrait attendre 2022.

Car si l'efficacité de son vaccin est établie par les essais cliniques, Valneva honorera d'abord son contrat avec le Royaume-Uni, qui a épaulé financièrement le laboratoire tout au long du processus. Au total, le gouvernement britannique a commandé 100 millions de doses à Valneva, et conserve des options sur 90 millions de doses supplémentaires livrables entre 2023 et 2025.

"Quand on a annoncé le lancement du développement de notre vaccin Covid en avril 2020, on a pris contact avec plusieurs institutions et gouvernements. Il se trouve que c'est le Royaume-Uni qui nous a apporté une réponse globale le premier et dès juillet, nous avons annoncé un pré-accord avec eux", a justifié ce mardi sur BFMTV Franck Grimaud, directeur général de Valneva.

Surtout, le gouvernement britannique a œuvré à la fabrication de ce vaccin. Non seulement le Royaume-Uni a versé 14 millions de livres à Valneva - plus de 15 millions d'euros - dès juillet mais en plus, son Agence du médicament l'a aidé à bâtir son plan de développement clinique afin que les phases I et II des essais cliniques se déroulent sur son territoire, note Les Echos. Quelque 150 adultes y participent. Les résultats sont attendus au printemps et s'ils sont concluants, le laboratoire pourra passer en phase finale d'essais.

Un "échec" pour la France

Pourtant, la France avait un rôle à jouer. La biotech dont le siège social est installé en banlieue nantaise est la seule société française, avec Sanofi, à opérer dans le secteur des vaccins. Comme l'expliquait son directeur général sur BFM Business il y a quelques semaines, Valneva est spécialisé sur le développement de vaccins "contre des maladies sur lesquelles il n'y a aucun traitement".

Le laboratoire propose déjà deux vaccins: l'un contre l'encéphalite japonaise et l'autre, contre les diarrhées des voyages. D'autres sont en cours de développement contre la maladie de Lyme (Phase 2) et contre le Chikungunya (Phase 3).

"C'est un échec mais surtout, ça me fait mal au cœur de voir cette petite pépite installée sur mon territoire, partir vers l'Angleterre", déplore sur notre antenne Christelle Morançais, présidente Les Républicains du Conseil Régional des Pays de la Loire

"Cette entreprise avait des solutions à apporter au gouvernement français. Je reprends les propos du président de la République, quand on est en guerre, il faut répondre", ajoute Christelle Morançais.

Au 1er février en France, 1,5 million de personnes avaient reçu au moins une dose d'un vaccin contre le Covid-19, et 67.993 personnes avaient reçu les deux depuis le début de la campagne de vaccination, le 27 décembre 2020. Soit 2,84% de la population.

Si les vaccins sont pour l'heure réservés au personnel soignant, au personnes à risque et aux plus de 75 ans, ce ne sera pas éternellement le cas. Mardi soir, Emmanuel Macron a promis sur TF1 un vaccin pour "tous les Français qui le souhaitent" "d'ici la fin de l'été, conformément à ce qu'avait annoncé Olivier Véran au mois de janvier.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech