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Pour Elon Musk, la situation de Tesla est grave, mais pas désespérée

Chez Tesla, le chiffre d'affaires évolue vite, au même rythme que les pertes qui se sont élevées à un milliard entre janvier et mars 2018. Pour Elon Musk, PDG du groupe, la situation ne peut que s'améliorer.

Elon Musk est un innovateur de talent, mais cette qualité ne suffit pas dans l’automobile. Selon les experts, il tarde à prouver qu’il peut aussi être un industriel de génie capable de produire plus, plus vite et pour moins cher.

Pour le moment, le patron de Tesla n’arrive pas à résoudre cette équation, mais il promet que sous peu, les choses vont changer a-t-il promis lors d’une conférence téléphonique avec des investisseurs qui s’est tenue ce mercredi.

Malgré un chiffre d’affaire en hausse de 26%, la trésorerie est restée dans le rouge au premier trimestre avec un déficit d'un milliard de dollars, le groupe ayant dépensé 277 millions pendant cette période. Les flux de trésorerie disponible, qui mesurent la capacité d'une société à financer ses investissements, s'élèvent eux à 2,7 milliards de dollars, soit 700 millions de moins comparé à trois mois plus tôt.

La situation financière du groupe se détériore au point d’inquiéter les investisseurs. Depuis 2009, le constructeur de voitures électriques, la perte s’élève à 5,5 milliards de dollars. Au cours de cette période, Tesla n’a réussi à dégager un bénéfice trimestriel que deux fois seulement.

Doubler la production de Model 3

Côté industriel, les choses ne vont pas mieux. Son usine ultra moderne basée à Fremont, en Californie, ne parvient toujours pas à assembler autant de Model 3 qu’il doit produire pour honorer les 450.000 précommandes.

Malgré cela, Elon Musk estime que la situation ne peut que s’améliorer. Le patron du groupe a indiqué, lors d'une conférence téléphonique, qu'il ne dévoilera "qu'au quatrième trimestre" le nom du second site de production de Tesla. Il compte aussi annoncer "bientôt" le site chinois chargé de produire des batteries et à terme, des voitures. "Dans l'avenir, les usines de batteries comprendront également la production de voitures", a-t-il affirmé en assurant que dans deux mois, la production hebdomadaire de Model 3 atteindra 5000 véhicules par semaine.

Le dirigeant ne nie pourtant pas les problèmes. Ses équipes auraient "largement éliminé les goulots d'étranglement" à l'origine des retards. Les difficultés semblent déjà surmontées. La production serait passer de 2.250 exemplaires par semaine mi-avril à 2.270 unités par semaine lors de la seconde partie du mois. "La chose dont je suis le plus fier c'est l'augmentation rapide de notre production", a même lancé Elon Musk.

Une stratégie sabre au clair

Mais pour les experts, Tesla devra lever de nouveaux capitaux et s'endetter davantage d'ici la fin de l'année pour atteindre ses ambitions. Car le constructeur doit aussi accélérer sa production à l'international, développer son SUV compact et "abordable" baptisé Model Y et financer ses autres projets dont son usine géante de batteries (Gigafactory) installée dans le Nevada.

Elon Musk n’a pas hésité à qualifier "d’aride", les questions des investisseurs qui l’"achèvent". Une attitude qui aurait participé à provoquer une baisse de 5%. Ce n’est pas la première fois que le dirigeant bouscule les investisseurs en adoptant une posture désinvolte. Le 1er avril, il a tweeté que "Tesla est en faillite". Les financiers ne sont pas prêt d’oublier que ce poisson a couté chère. Musk s’en moque et poursuit sa stratégie sabre au clair.

Il promet que Tesla gagnera de l'argent dès le second semestre 2018 et présentera une trésorerie positive. "Je n'ai pas spécialement envie de lever de l'argent", a-t-il déclaré. Il compte sur les volumes de ventes, les marges du Model 3, des économies et sur une réduction de ses dépenses d'investissements à 3 milliards de dollars cette année, contre 3,4 milliards en 2017.

Pascal Samama