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SFR Numericable va payer 614 millions d'euros d'intérêts par an

Altice et Numericable vont supporter 19 milliards d'euros de dettes

Altice et Numericable vont supporter 19 milliards d'euros de dettes - -

Le câblo-opérateur a levé une dette record pour financer le rachat de SFR. Il va donc devoir payer des intérêts importants qui pèseront sur ses résultats.

Numericable et son principal actionnaire Altice ont finalisé mercredi 23 avril une levée de dette de 15,8 milliards d'euros. Cela s'ajoute à la dette existante d'Altice, portant l'endettement total à 19 milliards d'euros.

Un quart de l'argent levé mercredi a été emprunté à des banques. Mais les trois-quarts sont constitués d'obligations. Celles-ci sont classées en catégorie spéculative (junk ou high yield) par les agences de notation.

Plus gros 'junk bond' de l'histoire

A cette occasion, plusieurs records ont été battus. "C'est l'opération la plus importante de l'univers high yield dans le monde", a déclaré aux Echos Grégoire Haemmerlé (JP Morgan), un des banquiers chargés de l'opération.

En effet, les précédents records étaient détenus par Sprint (6,5 milliards de dollars) et NXP (4,5 milliards d'euros).

La demande a aussi atteint 100 milliards de dollars, là encore un autre record historique.

Et un autre banquier chargé de l'opération, Ray Doody (JP Morgan), a affirmé à Reuters que cette opération ouvre la voie à des rachats par endettement encore plus gros, alllant jusqu'à 30 milliards d'euros de dettes.

"Drahi peut dire merci à Draghi"

Les obligations ont été levées avec un taux moyen de 6,25%, soit deux fois moins que le taux que payait Numericable il y a encore deux ans (12,375%). Quant au crédit bancaire, Numericable ne le communique pas, mais, selon Oddo, son taux est de 4,5%. Le câblo-opérateur a notamment bénéficié des faibles taux d'intérêts pratiqués actuellement. "Drahi peut dire merci à Draghi", ironise un concurrent.

Toutefois, cette médaille a un revers. Le câblo-opérateur va devoir payer de lourds intérêts: 614 millions d'euros par an, selon nos calculs. Cette charge représente 40% du cash flow total généré par SFR et Numericable en 2013 (1,45 milliard d'euros). Mais ce cash flow, en chute libre, devrait atteindre un point bas en 2015 (à 940 millions d'euros). Cette année là, les intérêts de la dette absorberont donc les deux tiers du cash flow généré par le nouvel ensemble.

De son côté, Altice va devoir payer chaque année 313 millions d'euros d'intérêts supplémentaires, qui s'ajoutent aux intérêts déjà versés, soit au total 580 millions d'euros par an. Pour financer tout cela, Altice va faire remonter de l'argent depuis Numericable sous forme de dividendes.

Des intérêts payés pour rien

Tout cet argent servira donc à financer le rachat de SFR, qui est intégralement financé par emprunt, sans que ni Numericable ni Altice ne puisent dans leur trésorerie.

Toutefois, cet argent ne sera versé à Vivendi que lors de la finalisation du rachat, qui est prévue pour l'automne 2014. Une marge de sécurité a même été prévue dans le contrat: Numericable bénéficie d'une période d'exclusivité allant jusqu'à fin février 2015, afin que le rachat puisse être bouclé avant fin avril 2015.

Explication: le câblo-opérateur a visiblement préféré lever l'argent tout de suite, afin de profiter des faibles taux d'intérêts.

En attendant, l'argent "sera placé sur un compte séquestre", a indiqué le câblo-opérateur. Mais les intérêts commencent déjà à être payés, en tous cas sur les obligations. Autrement dit, si le rachat n'est finalisé que dans un an, 753 millions d'euros d'intérêts auront été dépensés juste pour immobiliser l'argent...

Jamal Henni