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Numericable lève 16,5 milliards de dettes pour racheter de SFR

La dette de Numericable a été classée en catégorie spéculative par Moody's

La dette de Numericable a été classée en catégorie spéculative par Moody's - -

Le câblo-opérateur veut réunir cette dette record en crédits bancaires et obligations pour financer le rachat de l'opérateur mobile.

Numericable ne perd pas de temps. A peine retenu par Vivendi pour racheter SFR, le câblo-opérateur a lancé la semaine dernière le financement de ce rachat.

Une lourde opération: Numericable a promis de faire un chèque de 13,5 milliards d'euros au vendeur Vivendi. Parallèlement, le câblo-opérateur refinance sa propre dette. Au total, c'est donc 16,5 milliards d'euros de dettes qui sont levés par Numericable et son principal actionnaire Altice.

En pratique, l'argent est réuni en combinant crédits bancaires et obligations sur plus de 7 ans. "C'est le financement le plus important pour un rachat par endettement en Europe", souligne Bloomberg. "La taille de ce deal est virtuellement sans précédent sur le marché européen des obligations à haut rendement", ajoute Reuters.

Junk bonds

Précisément, Numericable a annoncé mercredi 9 avril avoir réuni un crédit bancaire de 6,35 milliards d'euros auprès d'un syndicat de neuf banques: Deutsche Bank, Goldman Sachs, JP Morgan, Barclays, BNP Paribas, Crédit Agricole, Credit Suisse, ING et Morgan Stanley. Selon Oddo, le taux d'intérêt est de 4,5%.

Parallèlement, Numericable a lancé une émission obligataire de 6 milliards d'euros.

Enfin, Numericable lancera une augmentation de capital pour 4,7 milliards d'euros, dont 3,5 milliards seront apportés par son principal actionnaire, Altice. Pour réunir cet argent, Altice a lancé sa propre émission obligataire de 4,15 milliards d'euros.

Jeudi, l'agence de notation Moody's a noté Ba3 les obligations émises par Numericable, soit un cran au-dessus de sa note précédente, B1. L'agence a aussi noté jeudi B3 les obligations émises par Altice, soit deux crans en dessous de sa note actuelle B1. Toutes ces obligations sont donc en catégorie spéculative (junk bonds).

Lourd endettement

Pour justifier sa note, l'agence souligne le lourd endettement d'Altice, qui se situera entre 5 et 5,5 fois l'excédent brut d'exploitation (Ebitda) attendu en 2014. Tandis que celui de Numericable sera de 4 à 4,5 fois.

L'agence de notation juge aussi "significatif le risque d'éxécution, étant donné l'ampleur du travail d'intégration". Elle note que Numericable "ne pourra réduire les coûts en réduisant l'effectif de manière importante, car la société s'est engagée à maintenir l'emploi, un engagement qui sera suivi de près."

Enfin, "une bonne part du cash flow après investissements généré par Numericable sera redistribué aux actionnaires, afin qu'Altice puisse payer les intérêts de sa dette".

En outre, le marché des télécoms français reste "très concurrentiel", ce qui entraînera une poursuite de la baisse du chiffre d'affaires de SFR en 2014 et 2015, "avant une stabilisation en 2016".

Côté positif, l'agence souligne "la forte logique industrielle" du rachat , et "le potentiel significatif d'économies de coûts", même si "l'ampleur et le calendrier des économies à atteindre apparaîssent ambitieux".

Selon Reuters, les obligations devraient payer 6% à 8% d'intérêt, soit moins que les dernières obligations émises par Numericable (12,375%).

Mise à jour: lundi, Numericable a annoncé une émission obligataire de 6,04 milliards d'euros, et Altice de 4,15 milliards d'euros.

Toujours lundi, Standard & Poor's a noté ces obligations B+ (équivalent de B1 chez Moody's), soit un cran au dessus de la note précédente (B). L'agence estime que la dette de Numericable représentera légèrement moins de 4 fois l'Ebitda 2014, et la dette d'Altice plus de 5 fois l'Ebitda 2014 et 2015. Selon elle, "l'intégration de SFR et Numericable posera des défis opérationnels significatifs étant donné la taille de l'acquisition, et la nécessité de changer de marque".

Le titre de l'encadré ici

|||Les notes de Moody's

Catégorie d'investissement
Aaa
Aa
A
Baa

Catégorie spéculative (junk)
Ba
B
Caa
Ca
C

Source: Moody's

Jamal Henni