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Avec la réforme du stationnement, le boom du paiement mobile

Dans cette rue de Paris, de plus en plus d'automobilistes payent leur stationnement via mobile.

Dans cette rue de Paris, de plus en plus d'automobilistes payent leur stationnement via mobile. - AFP

Depuis le 1er janvier et la réforme du stationnement, de plus en plus de Français payent lorsqu'ils se garent dans la rue. Et beaucoup d'automobilistes passent désormais au paiement mobile via leur smartphone, plus pratique que l'horodateur et complémentaire avec d'autres services.

Elles s’appellent OPnGO, PayByPhone, ParkNow ou encore Whoosh. Depuis le 1er janvier et la réforme du stationnement, ces applications mobiles remplacent de plus en plus l'aller-retour à l'horodateur, à une époque où les amendes de stationnement sont devenues très dissuasives.

L'horodateur 2.0... ou le smartphone

Les traditionnels totems dédiés au paiement ont en effet fait leur révolution numérique. Ils sont désormais équipés d'écran tactile pour rentrer la plaque d'immatriculation. Mais l'opération peut aussi se faire directement via le smartphone de l'utilisateur. Finis les pièces et le petit ticket à placer derrière son pare-brise, c'est désormais un fichier informatique qui centralise le paiement. Il permet aux agents verbalisateurs missionnés par des sociétés privées de savoir si les voitures garées sont bien en règle, notamment grâce à l'intervention des redoutables voitures flasheuses dans les grandes villes.

Comme prévu, la chasse aux fraudeurs se révèle beaucoup plus active qu’auparavant. Et réduit ainsi le nombre de resquilleurs et de voitures-ventouses par rapport à l’ancien système de verbalisation, comme en ont fait part de nombreuses villes. Le tarif des FPS (les forfaits post stationnement, les nouveaux PV de stationnement), librement fixé par les communes, est en général assez dissuasif.

Explosion du paiement mobile

Un phénomène de paiement du stationnement plus régulier (mais pas encore systématique) que constatent bien les fournisseurs d’applications. PayByPhone, par exemple, avait lancé sa solution de paiement dématérialisée en 2009. Mais ce service, racheté par Volkswagen en 2016, connaît une forte croissance depuis le début de l’année. Rien qu’entre janvier et mai, le nombre d’utilisateurs a bondi de 167% pour dépasser le million d’utilisateurs en France et le nombre de transactions a quasiment doublé.

"Nous constations une forte hausse de l'utilisation de notre service depuis 2 ans mais la réforme du stationnement a clairement accéléré ce mouvement, indique Philippe Lerouge, patron de PayByPhone en France. Je pense que les automobilistes ont compris que les règles avaient changé et la solution mobile se révèle pratique par rapport au paiement sur un horodateur."

Présente dans 150 villes en France au début de l'été, dont 50 en Ile-de-France, PayByPhone couvre un parc équivalent à 470.000 places de stationnement. Sans surprise, c'est bien l’application qui est privilégiée par 83% des utilisateurs. Les autres usagers passent directement par le navigateur internet (13%) et une infime part passe par un serveur vocal (3%).

Même envolée des connexions chez OPnGO. L'application, lancée en juin 2016, a enregistré au 1er semestre 2018, une hausse de 172% du nombre d'utilisateurs et un nombre de transactions en voirie multiplié par plus de 7 par rapport à la même période l'an dernier. Et si on estime, qu'une personne sur 10 payait son stationnement avant la réforme, le premier bilan se révèle ici aussi très positif.

"Aujourd'hui, trois quarts des plus de 45 ans payent leur stationnement. Les jeunes entre 18 et 35 ans sont ceux qui fraudent le plus mais c'est aussi chez ce public que les nouveaux usages se développent le plus rapidement", note Marie Pastré, directrice d'OPnGO.

Proposer des services complémentaires

Au-delà du paiement en voirie, ces applications cherchent aussi à diversifier leurs services. OPnGo, présentée comme l'offre du "pôle digital & mobilités individuelles" d'Infra Park, la maison-mère d'Indigo (ex Vinci Park), joue ainsi sur sa complémentarité avec l'offre de parkings souterrains. L'application permet aussi de comparer rapidement les prix sur une localisation donnée et de réserver sa place avec un avantage tarifaire.

"Depuis la réforme du stationnement et avec des tarifs pouvant atteindre 4 euros de l'heure, il est parfois devenu plus intéressant de se garer dans un parking que dans la rue", souligne Marie Pastré. 

Une ruée sur les parkings était déjà constatée depuis les premiers mois d'application du nouveau système de stationnement. On notera d'ailleurs au passage qu'avec cette réforme, Infra Park a désormais la main sur trois maillons importants pour la gestion des automobilistes en zone urbaine: le service de paiement du stationnement dans la rue, une partie des parkings privés et la verbalisation du stationnement. C'est les cas à Paris par exemple, où ce sont des agents de la société Streeteo (aussi filiale d'Indigo) qui traquent les fraudeurs.

Du stationnement aux bornes de recharge

PayByPhone mise également sur des services complémentaires au paiement du stationnement dans la rue. L'opérateur gère par exemple une centaine de bornes de recharge pour véhicules électriques dans 3 départements tests: l'Aube, la Seine-et-Marne et la Loire-Atlantique.

A Paris, avec l'arrêt d'Autolib' et la perspective d'un désert de la recharge électrique pendant au moins 6 mois, on ne peut être que conscient du lien décisif qui peut exister entre stationnement dans une ville de moins en moins ouverte aux véhicules thermiques et nécessité de proposer une solution pour faire le plein d'électricité.

Toujours dans cette idée de faire progresser l'accès aux différentes solutions de mobilité, PayByPhone cherche aussi à se développer dans l'autopartage, la location de vélo de courte durée et l'accès aux transports en commun avec la possibilité d'utiliser son smartphone comme titre de transport. Trois services dont peuvent déjà profiter les Niçois et qui devraient être prochainement déclinés dans d'autres villes de France.

Julien Bonnet