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Alpine, la marque ressuscitée par Renault a encore deux ans pour faire ses preuves

L'A110, lancée en 2017, aurait encore au moins deux ans pour faire ses preuves.

L'A110, lancée en 2017, aurait encore au moins deux ans pour faire ses preuves. - Alpine

Alors que l'usine Alpine de Dieppe (Seine-Maritime) paraissait menacée par le plan de réduction de coûts de Renault, la marque aurait obtenu un sursis d'au moins deux ans. Ce sera au nouveau patron de Renault, Luca de Meo, de fixer la stratégie autour de cette icône sportive française.

Alors que Renault dévoile aujourd'hui son plan de restructuration, la marque Alpine ne serait pas sacrifiée sur l'autel de la réduction des coûts. A peine restauré, ce monument français était en effet en péril. Le site de Dieppe, qui assemble depuis 2017 la nouvelle A110, faisait partie des usines menacées. 

"Un sursis" d'au moins deux ans

"Quatre usines seraient fermées en France: Choisy-le-Roi, Dieppe et les Fonderies de Bretagne, pour commencer. Le gros morceau - Flins (....) - viendra plus tard", affirmait le 19 mai dernier Le Canard Enchaîné.

L'usine aux 386 salariés aurait finalement obtenu un sursis d'au moins deux ans, comme l'indique ce vendredi plusieurs médias.

"Le projet de la direction a été présenté jeudi soir aux organisations syndicales et l'usine dieppoise a obtenu un sursis. En effet, selon ces mêmes sources, une réflexion sera engagée sur l'avenir du site avec, à la clé, "un projet de reconversion" à la fin de la production de l'Alpine", indique un article de France Bleu Normandie.

Le député communiste de Seine-Maritime, Sébastien Jumel, a de son côté évoqué "un sursis de deux ans, peut-être trois" et "une table ronde à la rentrée pour parler de l'après". Lors de la conférence de presse organisée ce vendredi par le groupe Renault, son président Jean-Dominique Senard a confirmé le diagnostic sur le site de Dieppe:

"Cette usine aujourd'hui ne produit pas suffisamment de véhicules pour considérer un avenir dans la totale sérénité. Il faut donc tout faire pour réfléchir sur l'avenir du site, en concertation avec tout le monde, toutes les contreparties y compris les élus locaux. Nous allons réfléchir à valoriser ce site de Dieppe, composé de personnes qui ont une véritable passion pour Alpine et dont la réputation n'est plus à faire (...). Telle qu'elle est aujourd'hui l'usine ne doit pas rester comme cela parce que le statu quo ne paraît pas raisonnable ", a-t-il déclaré

Quel avenir pour Alpine?

Un soulagement pour les salariés mais aussi pour les amoureux de la marque, qui s'étaient mobilisés pour afficher leur soutien ces derniers jours, comme le soulignait Bernard Ollivier, ex-patron d'Alpine qui a participé à la relance de la marque en 2017.

Cette année-là, Carlos Ghosn, encore patron du groupe Renault, accompagné du ministre de l'Economie Bruno Le Maire, inaugurait en grande pompe la relance de la production du nouveau modèle de la marque bleue, en sommeil depuis 1995. 

Depuis, et malgré un lancement plutôt réussi pour la nouvelle A110, la marque tardait pourtant à confirmer les attentes. Les rumeurs d'un SUV attendu en 2018 pour compléter la gamme et apporter des volumes de ventes se sont finalement dissipées. Un attentisme qui pouvait faire redouter une fin brutale pour Alpine, à peine ressuscitée. En décembre dernier, on apprenait que le site baissait son rythme de production à sept unités par jour, un mauvais signal.

Le sort d'Alpine est désormais entre les mains du nouveau patron de Renault, Luca de Meo, a expliqué Jean-Dominique Senard ce vendredi. Le dirigeant, en provenance de Seat doit prendre ses fonctions fin juin. A lui les choix stratégiques: continuer d'investir dans la marque et développer la gamme ou simplement laisser l'A110 finir sa carrière, sans plus d'ambition. Réponse attendue lors de la présentation du plan stratégique prévu pour la fin d'année ou début 2021.

En cas d'électrification, une des pistes ouvertes pour Alpine compte-tenu de normes environnementales de plus en plus exigeantes et d'un marché de niche potentiellement à défricher dans l'automobile sportive zéro émission, la production pourrait être transféré vers un autre site français. Vers Douai ou Maubeuge par exemple, pressentis pour s'imposer comme les futurs pôles d'excellence en électrification chez Renault.

Mais le site de Dieppe garde plusieurs atouts industriels, avec des compétences spécifiques développées ces dernières années (rivetage et emboutissage notamment). 

Point positif pour l'avenir d'Alpine, le nouveau patron de Renault a participé au développement de Cupra, désormais une marque à part entière et non plus uniquement une griffe sportive de Seat. De quoi envisager une volonté forte de sa part d'encourager un projet ambitieux pour la marque créée par Jean Rédélé en 1955.

Julien Bonnet