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Qui est Luca de Meo, le nouveau patron de Renault?

Le nouveau directeur général de Renault, Luca de Meo

Le nouveau directeur général de Renault, Luca de Meo - Renault - Olivier MARTIN-GAMBIER

Cet Italien de 52 ans a réalisé une grande partie de sa carrière au sein du Groupe Volkswagen. Jusqu’au 7 janvier, il dirigeait la marque espagnole Seat, qu’il a brillamment redressée.

Comme un retour aux sources. Plus de 25 ans après avoir débuté sa carrière au sein de la filiale italienne de Renault, Luca de Meo vient d’être nommé ce mardi directeur général du groupe français, succédant à Thierry Bolloré, débarqué le 11 octobre. Avec un objectif: retrouver le succès commercial mais aussi redonner un peu de sérénité à la direction d’un groupe secoué par les crises de gouvernance depuis presque 5 ans.

Une première partie de carrière chez Fiat

Tensions au sein de l’Alliance avec Nissan, bisbilles avec l’Etat actionnaire, arrestation surprise de l’ancien patron Carlos Ghosn, cet Italien francophile et francophone n’aura pas de trop des quelques mois de césure que lui impose sa clause de non-concurrence avec son ancien employeur Volkswagen pour s’imprégner des défis qui l’attendent. Sans compter le mur du CO2 auquel font face tous les constructeurs avec la mise en place cette année des nouvelles normes européennes en la matière

S’il partage avec son homologue de PSA la recherche de la marge opérationnelle élevée, son profil diffère de celui du car guy ingénieur façon Carlos Tavares. Luca de Meo est un spécialiste du marketing. Sens du produit automobile, fine connaissance des marchés, c’est ainsi qu’il a décroché ses premiers succès. Après Renault et un passage chez Toyota, il devient directeur marketing de Fiat en 2007, cinq ans après son arrivée dans la firme italienne.

Cette année-là, Fiat réussit un gros coup avec le lancement de la 500, devenue son best-seller à coup de séries limitées et de personnalisation. Parmi les artisans du succès sous la houlette de Sergio Marchionne, Luca de Meo. "Je veux que Fiat devienne l'Apple des automobiles, et la 500 sera notre iPod", déclarait au moment du lancement Sergio Marchionne. Une phrase qui fait sourire aujourd'hui tant la 500 est indispensable jusqu'à présent à la survie de Fiat.

Comment il a redressé Seat

C’est cette même recette que Luca de Meo applique ensuite chez Seat, dont il prend les rênes en 2015. "Tout est centré sur l’offre produits", expliquait-il en novembre au Figaro pour résumer le succès du constructeur espagnol. En cinq ans, les ventes ont grimpé d’un tiers, et en 2019, Seat enregistre son record historique de ventes avec plus de 574.000 voitures vendues.

C'est le premier poste de patron de Luca de Meo. Voyant que Sergio Marchionne n'avait pas l'intention de quitter la direction de Fiat de sitôt, l'Italien est parti en 2009 chez Volkswagen. Après avoir été directeur marketing produits au sein du Groupe VW et chez Audi, Luca de Meo a su redonner une identité claire à la marque espagnole, tout en misant sur les bons modèles: une gamme complète de SUV. Comme le rappelle La Tribune, le premier faux 4x4 chez Seat avait cependant été lancé par le directeur précédent, Jurgen Stackmann. Luca de Meo a fait fructifier ce filon.

Une vision de long terme

Ce fan de design, qui dessine beaucoup comme le raconte Le Figaro quand il travaille, a surtout réussi à intégrer l’innovation chez Seat, plutôt réputé pour ses voitures bon marché que pour sa connectivité. Dans le Groupe Volkswagen désormais, au Tchèque Skoda le bon rapport qualité-prix, à l’Espagnol Seat les dernières technologies à un tarif abordable, une fois qu’elles ont été amorties chez Audi.

C’est un autre de ses points forts: une vision de long terme. Tout ce qui semble manquer aujourd’hui à la marque Renault, errant entre un haut de gamme en difficulté, une gamme électrique qui se résume pour l'instant à la seule Zoé et des modèles à la marge trop faible. Les Talisman, Espace, Kadjar enregistrent de piètres performances commerciales. Renault tourne sur ces modèles de segments B (Clio, Captur) et C (comme la Mégane), et doit surtout sa croissance à Dacia. Chez Seat, il a mis en avant la gamme Cupra, la griffe sportive du constructeur, avec un positionnement plus haut de gamme.

"Les constructeurs français ont eu de bons résultats, mais je pense qu’ils sont à un pic, expliquait alors Luca de Meo au site spécialisé Automotive News Europe en 2017. Ils ont aussi bénéficié de manière disproportionnelle des ventes élevées de SUV et crossovers sur leurs marchés domestiques".

L'un des défis de Luca de Meo sera aussi de renouer des liens de confiance avec le partenaire Nissan. Comme l'explique l'AFP, la santé de la coopération avec Nissan, dont Renault détient 44% et qui détient en retour 15% de Renault, est jugée cruciale pour la capacité du constructeur français à affronter les bouleversements technologiques.

Nommé ce 29 janvier, Luca de Meo ne devrait cependant pas arriver tout de suite à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Il ne pourrait en effet prendre ses fonctions que le 1er juillet, selon une indiscrétion des Echos, en respect de sa clause de non-concurrence. 

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto