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LIGNE ROUGE – Carlos Ghosn, la grande évasion

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Le 29 décembre 2019, Carlos Ghosn fuyait le Japon pour le Liban. Alors que l’ancien patron de l’Alliance Renault-Nissan reste muet sur les conditions de sa fuite, Ligne rouge, l’émission dédiée aux longs formats et au décryptage, révèle des détails peu connus sur cette incroyable évasion.

C’est la petite information dans la grande. Carlos Ghosn, l’ancien patron de l’Alliance Renault-Nissan, a fui le Japon le 29 décembre pour le Liban, pays d’origine de sa famille. Pour s’éclipser en toute discrétion du pays, alors qu’il était assigné à résidence à Tokyo depuis sa libération le 25 avril, il s’est entre autres caché dans une boite à musique, une de ces grosses caisses qui s’accumulent sur les scènes de concert du monde entier.

Il n’en fallait pas plus pour enflammer les réseaux sociaux, à coup d’images d’étui à violoncelle renommé Carlos Ghosn, le scénario en est devenu viral. Le fabricant d’instruments de musique Yamaha a même dû appeler les internautes à ne pas tenter le "Carlos Ghosn Challenge", soit s’enfermer dans un étui ou une boite à musique comme l’aurait fait le grand patron.

"Il est monté dans une caisse, une de ces caisses traditionnellement utilisée pour transporter les instruments de musique, explique David Gauthier-Villars, chef du bureau du Wall Street Journal en Turquie. Ces malles ont été faites sur mesure, pour que Carlos Ghosn puisse entrer à l'intérieur, et pour que les deux caisses puissent passer dans la porte étroite de l’appareil".

Deux anciens militaires américains aux commandes de l'opération

Ces caisses font partie du plan mis au point par deux anciens militaires américains. Une vingtaine de voyages au Japon pour étudier toutes les possibilités de départ, du yacht à l’avion, semblent avoir été nécessaires, et celle du jet privé est apparue la plus réaliste. La loi japonaise n’oblige notamment pas à fouiller les bagages des jets.

Après avoir retrouvé les deux ex-militaires au Grand Hyatt Tokyo, pas très loin de sa résidence tokyïte, Carlos Ghosn a pris le train jusqu’à Osaka. C’est au Stargate Hôtel qu’il prend place dans l’une des deux malles. Les deux Américains ont en effet prévu deux caisses: une grande malle percée de trous et aménagée de manière spartiate pour que Carlos Ghosn puisse s’y installer. "La deuxième caisse était plus petite, elle était là pour servir de leurre", explique Laurent Léger, chef du service investigation de L’Express. Direction ensuite l'aéroport.

A 23h09 ce 29 décembre, le jet privé décolle. Carlos Ghosn vient de réussir son évasion. L’ancien patron de l’Alliance ne passera pas les 11 heures de vol dans la malle. Une fois l’avion en vol, Carlos Ghosn en sort et se change dans les toilettes. Les ex-militaires ont demandé à l’équipage de ne pas venir les déranger.

Le second vol, entre Istanbul et Beyrouth pour une arrivée le 30 décembre, se fera lui de manière plus classique. Carlos Goshn a passé moins de 35 minutes sur le sol turc, le temps de changer de jet, aidé par un cadre de la compagnie MNG Jet qui avait affrété les appareils. Quand les pilotes du premier avion demandent au trio où mettre les malles, les deux Américains ont une réponse étonnante: "Nous n’en avons plus besoin, gardez-les en cadeau si vous voulez".

Carlos Ghosn très discret sur les conditions de son départ

Ces détails, Carlos Ghosn n’a pas souhaité les évoquer lors de sa grande conférence de presse du 8 janvier à Beyrouth. "Je ne peux pas parler de ma fuite, car si je le fais je vais exposer beaucoup de personnes à des problèmes. Un jour, peut-être, vous connaîtrez la réalité. Dans vingt ans, je pourrai peut-être confirmer ou infirmer ces informations!", avait-il alors déclaré.

Combien a coûté cette évasion? "Des millions et des millions d’euros", résume un journaliste du quotidien libanais L’Orient Le Jour. Sans compter les 13 millions d’euros que Carlos Ghosn avait versé en caution à sa sortie de prison fin avril.

Carlos Ghosn semble pour le moment contraint de rester au Liban. Le feuilleton judiciaire n’en est pour autant pas fini. En l’absence du mise en cause, la justice japonaise ne peut conduire un procès. Des tractations sont cependant toujours en cours entre le Japon et le Liban, même s’il n’existe pas d’accord d’extradition entre les deux pays. L’ex bras droit de Carlos Ghosn, Greg Kelly, est lui resté au Japon et devra affronter son procès.

Carlos Ghosn, la grande évasion, une enquête BFMTV à Tokyo, Osaka, Istanbul et Beyrouth de Mélanie Bontems, Régis Desconclois et Quentin Baulier et Simon Terrassier.
Pauline Ducamp