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Greg Kelly, seul devant la justice japonaise dans l’affaire Ghosn

Greg Kelly, l'ex bras droit de Carlos Ghosn, est toujours au Japon.

Greg Kelly, l'ex bras droit de Carlos Ghosn, est toujours au Japon. - Kazuhiro NOGI / AFP

Ce 15 septembre s’ouvre le procès de Greg Kelly. Resté au Japon depuis son arrestation fin 2018, l’ancien bras droit de Carlos Ghosn sera seul devant la justice japonaise pour répondre des soupçpons de malversations financières chez Nissan.

Il sera seul à partir de ce mardi devant la justice japonaise. Ce 15 septembre s’ouvre à Tokyo (Japon) le procès sur les soupçons de malversations financières chez Nissan et en l’absence de Carlos Ghosn, Greg Kelly sera seul dans le box.

Seul comme depuis fin 2019, quand son ancien patron a fui au Liban dans des conditions inédites. Seul car d’autres protagonistes de l’affaire, comme l’ancien directeur de Nissan, Hiroto Saïkawa qui a donné l’alerte sur d’éventuelles malversations, ne sont cités que comme témoins. Nissan comparaît comme personne morale.

Arrêté en même temps que Carlos Ghosn le 19 novembre 2018, cet Américain aujourd'hui âgé de 64 ans, clame depuis son innocence. "Je n'ai rien fait de mal", réaffirmait-il dans un entretien à l'AFP début septembre.

S’il avait principalement plaidé sa cause, lors de sa première conférence de presse au Liban début janvier 2020, Carlos Ghosn avait aussi pris la défense de son ancien bras droit, resté en détention au Japon.

"Je veux aussi prendre un moment pour mentionner Greg Kelly, un homme honorable, mari et père, qui a été brutalement arraché à sa famille en ce jour de novembre, convoqué à Tokyo pour un motif inventé par Hari Nada alors qu'il avait besoin de rester chez lui pour subir une opération chirurgicale importante", a rappelé Carlos Ghosn avant de le présenter comme une autre victime du "système japonais", qui a été "puni pour avoir été honorable en ayant refusé l’accord de plaider-coupable proposé par les procureurs japonais".

La séquence intégrale a été isolée dans le tweet de CNBC ci-dessous:

Greg Kelly, du guet-apen...

Arrivé chez Nissan en 1988, Greg Kelly serait lui aussi tombé dans "un piège" selon la version des faits relatée par sa femme. Proche de Carlos Ghosn depuis des années, il aurait en effet été enjoint à rejoindre Tokyo pour une réunion du conseil d'administration du constructeur japonais prévue le 19 novembre, via un avion privé de l'entreprise. On lui assure alors qu'il sera bien de retour aux Etats-Unis pour pouvoir fêter Thanksgiving en famille, quelques jours plus tard. A sa descente de l'avion, il est arrêté, le même jour et donc dans des conditions similaires à celles vécues par Carlos Ghosn. Greg Kelly va d'ailleurs lui aussi rejoindre rapidement une petite cellule dans la prison de Kosuge, où est également incarcéré l'ex-patron de Renault-Nissan.

Rapidement mis en examen dans le dossier des malversations financières chez Nissan, Greg Kelly aurait aidé Carlos Ghosn à dissimuler une partie de ses revenus

Le 24 décembre 2018, l'Américain est libéré sous caution. Comme Carlos Ghosn, il réfute alors les accusations et dit espérer "un acquittement" lors du procès à venir. "Je veux restaurer ma réputation", insiste-t-il. 

...à l'attente du procès

Comme le rappelle le Financial Times, sa libération est alors motivée par le besoin de pratiquer une opération au niveau de sa colonne vertébrale. Opération qui sera réalisée au Japon vu que l'Américain n'a plus le droit de quitter le territoire.

Greg Kelly n'a pas non plus le droit de rencontrer des responsables de Nissan mais, contrairement à Carlos Ghosn, il peut voir sa femme, Dee Kelly. Cette dernière, qui avait alerté sur le sort de son mari, avait notamment expliqué dans une vidéo publiée par le Wall Street Journal, qu'il était victime d'un "complot international" et d'une "trahison de certains dirigeants de Nissan" et se préoccupait de son état de santé.

Finalement, face au refus des autorités japonaises à l'idée que son mari quitte le territoire, Dee Kelly se décide à le rejoindre. Elle s'inscrit dans une école de langue japonaise pour obtenir un visa étudiant, ce qui lui permet de pouvoir séjourner plus longtemps qu'en tant que simple touriste.

Un très long procès

Carlos Ghosn a finalement fui le Japon fin décembre 2019, ce qui a rebattu un peu les cartes du destin judiciaire de Greg Kelly, seul à répondre des possibles malversations. Le procès est prévu pour durer dix mois.

Comme le rappelle l'AFP, la question centrale reste la suivante: de 2010 à 2018, Nissan et Greg Kelly ont-ils illégalement et sciemment omis de mentionner dans les rapports boursiers annuels du groupe une rémunération totale d'environ 9,2 milliards de yens (73 millions d'euros) que Carlos Ghosn était censé toucher plus tard?

Selon l'AFP, Nissan pourrait plaider coupable. Les avocats de Greg Kelly se sont eux plaints de ne pas avoir accès à toutes les pièces, de ne pas pouvoir faire appel à des témoins par vidéo hors du Japon. Greg Kelly risque jusqu'à dix ans de prison.

Julien Bonnet, avec Pauline Ducamp