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Carlos Ghosn a-t-il utilisé l'Alliance Renault-Nissan pour cacher des revenus et des donations?

Carlos Ghson est incarcéré au Japon depuis un mois

Carlos Ghson est incarcéré au Japon depuis un mois - Toshifumi KITAMURA / AFP

D'après Les Echos, des échanges de mails entre des dirigeants de Renault et de Nissan indiquent que Carlos Ghosn avait cherché à dissimuler une partie de ses revenus et des donations via un montage juridique passant par les Pays-Bas.

Cela fait un mois jour pour jour que Carlos Ghosn, arrêté le 19 novembre dernier, est retenu en détention au Japon. L'enquête qui vise le dirigeant de Renault et Nissan se poursuit, avec très peu d'éléments révélés jusqu'ici. Officiellement, on sait simplement que le parquet de Tokyo lui reproche d'avoir sous-estimé ses revenus dans des documents financiers. De quoi justifier son placement en garde à vue, avec une détention qui peut encore durer potentiellement jusqu'au 30 décembre, et même au-delà si un autre chef d'accusation est retenu par la justice nippone. 

Dissimulation de revenus

Dans ce contexte, les échanges de mails entre des dirigeants de Renault et de Nissan, qu'ont pu consulter Les Echos, fournissent des éléments particulièrement intéressants. Ces correspondances, ainsi que des factures et contrats, proviendraient de l'enquête interne menée par Nissan contre son dirigeant, et révèle notamment le rôle joué par l'entreprise Renault Nissan BV (RNBV). Cette filiale hollandaise qui incarne l'Alliance entre les constructeurs français et japonais aurait ainsi été utilisée pour réaliser le montage juridique permettant à Carlos Ghosn de dissimuler une partie de ses revenus. 

En 2010, Greg Kelly, le bras droit de Carlos Ghosn arrêté à Tokyo au même moment que le dirigeant, expliquait dans un mail qu'il cherchait une solution pour assurer le paiement d'une partie de la rémunération du patron via RNBV "sans avoir à en divulguer les montants publiquement". L'idée était alors d'anticiper une nouvelle loi japonaise obligeant à une certaine transparence sur les rémunérations de toutes formes dans le rapport remis aux autorités boursières. Une loi qui est à l'origine des poursuites visant actuellement Carlos Ghosn au Japon. "Le PDG m'a indiqué qu'il voulait être sûr que payer une partie de sa rémunération par RNBV sans en dévoiler le montant était légal", précise alors Greg Kelly dans le même mail.

Cette piste sera toutefois écartée car, explique le quotidien économique, "elle aurait, de par la loi française, contraint Renault à divulguer le montant versé par la coentreprise". C'est finalement un paiement différé par Nissan d'une partie de la rémunération qui est choisi. Un détail important vu qu'il apparaît aujourd'hui que la justice japonaise reproche justement à Carlos Ghosn de n'avoir pas déclaré l'intégralité de ses revenus, versés effectivement comme ceux à venir. 

Des dons au Liban via les Pays-Bas

Si les poursuites visant Carlos Ghosn se concentreraient pour le moment sur ces malversations financières, la presse japonaise avait également relayé des soupçons d'abus de biens sociaux. On parlait alors de l'achat de luxueux appartements à Beyrouth (Liban) et à Rio de Janeiro (Brésil) via une filiale hollandaise de Nissan. 

Le même mécanisme se retrouve dans les éléments consultés par Les Echos mais pour effectuer des dons à des universités au Liban via RNBV. Le quotidien économique cite notamment un versement de 50.000 euros à l'université américaine de Beyrouth mais aussi "des fonds de Nissan" mobilisés pour financer "des projets du collège jésuite Notre-Dame de Jamhour ainsi que l'Université Saint-Joseph". 

Pour ce dernier établissement, un mail de 2011 fait mention d'un programme de donation d'un million de dollars entre 2011 et 2015, précisant que "ce montant devra rester confidentiel". Détail troublant, l'université dispose depuis d'une bibliothèque baptisée "Carlos Ghosn" et aurait prévu de renommer quatre de ses amphithéâtres en "Renault", "Nissan", "Dacia" et "Infiniti", quatre des marques les plus importantes de l'alliance franco-japonaise.

Julien Bonnet