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Faut-il acheter le Fairphone 3, le nouveau smartphone “écolo”?

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La marque Fairphone sort la troisième version de son mobile “responsable”. Son but: prouver que l’écologie et la technologie sont compatibles… moyennant quelques sacrifices non négligeables.

Par le nombre de matériaux polluants qu’ils contiennent, nos smartphones sont régulièrement pointés du doigt pour leur impact écologique. Depuis 2013, une marque néerlandaise s’est mis en tête de changer la donne. Fairphone a d’abord sorti un appareil éponyme, avant une première évolution -peu convaincante- en 2015, baptisée Fairphone 2. La firme aura attendu ce 27 août 2019 pour dévoiler le Fairphone 3, qui sera disponible en France au cours du mois de septembre. Mais ceux qui désirent sauver la planète doivent-ils pour autant se l’offrir?

Une conscience au prix fort

A première vue, le prix du Fairphone 3 n’a pas de quoi faire bondir: 450 euros. Soit deux fois moins que l’iPhone XR d’Apple, sorti fin 2018. En regardant la fiche technique du produit de plus près, cette somme paraît bien plus rondelette. A titre d’exemple, le processeur -conçu par l’Américain Qualcomm- est identique à celui que l’on retrouve sur le Xiaomi Redmi 7, vendu 170 euros. 

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- © Fairphone

Les finitions du mobile -en plastique- et son design sont plus proches des standards de 2017 que de la tendance actuelle. Si l’on juge le Fairphone 3 sans argument écologique, il semble irrationnel de le préférer à un OnePlus, un Xiaomi, un Huawei, mais aussi à un iPhone ou un Samsung d’ancienne génération. Pour justifier ces tarifs, Fairphone promet une durée de vie de cinq ans. Sans toutefois assurer qu’il déploiera les mises à jour logicielles d’Android.

Réparable et modulaire

Le Fairphone 3 profite en revanche d’un avantage non négligeable: contrairement aux smartphones concurrents en verre ou en acier, il peut s’ouvrir -pour changer la batterie en quelques secondes- et se répare facilement. Le mobile est livré avec un mini tournevis permettant, par exemple, de changer d’autres composants soi-même. En 2017, le Fairphone 2 avait ainsi reçu un nouveau module caméra, que chaque client pouvait s’offrir pour améliorer la qualité photo de son appareil.

Dans la même optique, la firme fournit sur son site sept pièces détachées, allant de l’appareil photo à l’écran, en passant par la batterie ou le module de haut-parleur. Le tout avec des tarifs très accessibles. Mais comme pour la partie logicielle, encore faudrait-il être sûr de l’évolution de ces composants et de la mise en vente de pièces plus perfectionnées. Là encore, la marque apporte peu de garanties concrètes.

Une promesse très relative

Si l’aspect modulaire fait du Fairphone 3 un smartphone qui se distingue de tous les autres, les arguments écologiques ne sont pas révolutionnaires. Du moins, pas en 2019, lorsqu’on regarde les deux géants de la téléphonie que sont Apple et Samsung. Conscients de l’enjeu écologique pour leurs clients -et bien sûr de son importance marketing, le Californien comme le Sud-coréen affichent des promesses comparables à celles de Fairphone. Comme le néerlandais, tous deux revendiquent des filières de matériaux (tantale, étain, tungstène, or etc.) excluant les zones de conflits.

L’argument lié au recyclage, avancé par Fairphone, est également employé par Apple, dont les iPhone sont composés en partie d’acier recyclable, de bioplastiques et de plastique recyclé. Par ailleurs, la firme assure fonctionner désormais à 100% aux énergies renouvelables. Samsung a pris un engagement analogue pour 2020, salué par Greenpeace. Tous deux ont lancé un programme de recyclage, afin de récupérer d’anciens appareils en échange d’un bon de réduction.

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De son côté, Fairphone ne contrôle qu’une partie de ses composants. Comme tout fabricant de smartphone, la firme n’a d’autre choix que de se fournir chez les géants mondiaux de l’électronique, à bonne distance des Pays-Bas. En plus de Qualcomm (Etats-Unis), qui fournit le processeur, Fairphone a commandé les appareils photo de son mobile chez Sony (Japon), qui bénéficiait de l’une des pires notes environnementales attribuées par Greenpeace fin 2017. Le Chinois Fuji Electronics se charge quant à lui de la fabrication de la batterie. 

S’il ne fait aucun doute que le Fairphone 3 est bien plus simple à réparer que ses rivaux, la promesse écologique de la marque n’est donc pas différente de ce que proposent aujourd’hui Apple et Samsung -ce n’est pas le cas de leurs nombreux concurrents chinois, plus discrets sur le sujet de l’écologie. Seuls les plus militants pourraient être séduits par cette initiative, en dépit d’un impact écologique très difficile à évaluer. Il faudra en tout accepter de dépenser près de 500 euros pour un smartphone qui semble déjà désuet en 2019 alors qu'il est voué à durer jusqu’en 2024.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech