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Haine en ligne, désinformation, piratage, fuites, panne: 2021, l'annus horribilis de Facebook

Le patron de Facebook Mark Zuckerberg s'exprime à l'Université de Georgetown, à Washington, le 17 octobre 2019

Le patron de Facebook Mark Zuckerberg s'exprime à l'Université de Georgetown, à Washington, le 17 octobre 2019 - ANDREW CABALLERO-REYNOLDS © 2019 AFP

Mark Zuckerberg a décidé de renommer son entreprise "Meta", en lieu et place de "Facebook". Un choix qui marque la fin d'une année cauchemardesque pour le groupe.

Facebook fait face à une situation plus paradoxale que jamais. Côté pile, des résultats financiers au beau fixe. Côté face, une crise de réputation inédite depuis l'affaire Cambridge Analytica avec des révélations fracassantes sur ses failles de modération, des accusations contre sa filiale Instagram et une menace de régulation qui n'a jamais été aussi forte. Avec in fine un choix radical: celui du changement d'identité. Ce 28 octobre, Mark Zuckerberg a décidé de renommer le groupe Meta. Retour sur une année 2021 catastrophique pour l'entreprise.

6 janvier: l'assaut du Capitole

Quelques semaines après l'élection américaine, Facebook est toujours le terrain de jeu préféré de certains supporters de Donald Trump. Le président américain, battu par Joe Biden, ne cesse alors de répéter que l'élection a été truquée, encourageant ses partisans à investir le Capitole.

L'assaut fera cinq morts et Facebook sera accusé d'avoir manqué à ses obligations en matière de modération. Une responsabilité niée en bloc par l'entreprise. Il faudra toutefois attendre plusieurs jours pour que le réseau social décide par exemple de bannir l'expression "Stop the steal" ("Arrêtez le vol"), cri de ralliement des supporters les plus radicalisés de Donald Trump.

6 janvier (bis): la polémique WhatsApp

Le même jour nait une autre polémique, qui touche cette fois l'application WhatsApp. Des utilisateurs voient alors apparaître une notification pour le moins énigmatique les invitant à accepter une mise à jour concernant un partage de données avec Facebook. Parmi les informations concernées figure l'historique des paiements effectués sur WhatsApp.

Pour Facebook, le but est de faire de WhatsApp une application rentable en la transformant en outil de communication entre les entreprises et leurs clients, tout en collectant toujours davantage de données.

Mais du côté des utilisateurs, la fronde s'intensifie, forçant Facebook à repousser la date butoir du 8 février à la mi-mai pour accepter les nouvelles conditions d'utilisation. L'entreprise, désormais visée par une enquête, n'a par ailleurs jamais accepté de détailler les changements exacts en matière de traitement des données personnelles des utilisateurs.

26 janvier - 3 avril: 533 millions de numéros de téléphone dans la nature

Fin janvier, des hackers ayant dérobé les numéros de téléphone de 533 millions d'utilisateurs de Facebook, dont 20 millions de Français, mettent en vente la base de données sur la messagerie Telegram.

Début avril, la base de donnée est cette fois diffusée sur un forum en ligne, gratuitement. Le fruit de l'un des plus gros piratages de l'histoire est désormais accessible à tous. Facebook, qui n'a jamais souhaité avertir les utilisateurs concernés, est également visé par une enquête en Europe à ce sujet.

15 avril: polémique Instagram Kids

En mars, Facebook annonce la création d'Instagram Kids, une version d'Instagram dédiée aux moins de 13 ans. Mais mi-avril, des associations de protection de l'enfance demandent à Mark Zuckerberg de renoncer à ce projet, évoquant des études au sujet des effets délétères des réseaux sociaux sur les plus jeunes.

Le projet sera finalement mis en pause fin septembre, après la fuite d'études internautes à Facebook montrant la nocivité d'Instagram sur les jeunes utilisateurs.

26 avril: Apple bloque le pistage de Facebook

Au début du printemps, Apple déploie iOS 14.5. Une version loin d'être anodine pour les acteurs de la publicité en ligne, à commencer par Facebook, leader mondial avec Google. Cette nouvelle version permet en effet aux utilisateurs de bloquer le pistage de Facebook sur les autres applications.

Désormais, l'entreprise ne peut plus tracer la navigation des utilisateurs d'iPhone pour mieux cerner leurs centres d'intérêts lorsqu'ils utilisent d'autres plateformes et vendre ainsi de la publicité toujours plus ciblée aux annonceurs. Un manque à gagner qui poussera même le réseau social à menacer de devenir payant.

16 juillet: Facebook accusé de "tuer des gens" par Joe Biden

Au coeur de l'été, Facebook est une nouvelle fois pointé du doigt pour les lacunes de ses outils de modération des fausses informations, notamment au sujet de la vaccination. Cette fois, l'accusation vient du président américain lui-même, évoquant le rôle de Facebook dans la campagne de vaccination.

"Ils tuent des gens. La seule pandémie que nous avons touche des personnes qui ne sont pas vaccinées. Ils tuent des gens" avait alors déclaré Joe Biden à propos du réseau social de Mark Zuckerberg.

13 septembre: une cascade d'accusations

Dès la rentrée, Facebook est rattrapé par un torrent de révélations d'une ancienne employée, Frances Haugen. Elle transmet alors des milliers de documents internes au Wall Street Journal, qui décide de publier une série d'articles sur plusieurs semaines. L'ampleur de ces fuites est inédite pour le groupe, qui s'enfonce dans une crise majeure.

Parmi les principales révélations, l'existence d'une liste d'utilisateurs privilégiés non soumis aux mêmes règles que les autres, le rôle de Facebook dans la diffusion de contenus antivax, l'inefficacité de ses outils de modération contre la haine en ligne ou encore les effets nocifs d'Instagram sur la santé mentale des adolescentes.

Ces accusations pousseront les élus américains, britanniques et français à auditionner Frances Haugen, avec pour Facebook la menace d'une régulation bien plus forte dans les mois et années à venir.

4 octobre: une panne historique

Pendant de longues heures, tous les services de Facebook (Facebook, WhatsApp, Instagram ou Messenger) sont rendus inaccessibles par une panne touchant l'ensemble de ses serveurs.

Cette dernière affecte également les outils internes de l'entreprise, rendant difficile la coordination des équipes chargées de rétablir la situation. Une panne historique pour le groupe et pour le Web en général, avec quelque 3,5 milliards de personnes touchées.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech