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Haine en ligne: selon une étude interne, Facebook ne peut agir que sur 3 à 5% des contenus

Une ancienne salariée de Facebook s'est exprimée à la télévision américaine ce 3 octobre. Selon elle, l'entreprise privilégie la quête du profit à la prévention de ses effets délétères sur la société.

Elle accuse son ancien employeur de mentir au sujet de la lutte contre la désinformation et la haine en ligne. La lanceuse d'alerte à l'origine de la fuite de documents internes de Facebook - publiés par le Wall Street Journal - qui ont alarmé le public et des élus américains s'est montrée pour la première fois à visage découvert dimanche.

Ancienne ingénieure chef de produit chez Facebook, Frances Haugen a accusé le groupe de "(choisir) le profit plutôt que la sûreté" de ses utilisateurs, dans un entretien diffusé par la chaîne CBS. Elle évoque notamment la stratégie de Facebook pour faire passer à ses utilisateurs le plus de temps possible sur le réseau social, quitte à privilégier la désinformation.

Au cours de l'échange, Frances Haugen a notamment évoqué une étude interne à Facebook, qui concluait: "nous estimons que nous ne pouvons agir que sur 3 à 5%" des contenus haineux. Une marge de manœuvre dérisoire, qui va à l'encontre de ce que l'entreprise affirme publiquement depuis des mois.

"Priorité à la croissance plutôt qu'à la sûreté"

Avant son départ de l'entreprise, en mai, Frances Haugen avait emporté avec elle de nombreux documents issus de recherches internes à l'entreprise et confiés au Wall Street Journal. Au sein de l'entreprise, elle était en charge d'évaluer et prévenir les risques de Facebook concernant les élections dans différents pays.

Avant le scrutin présidentiel américain de novembre 2020, Facebook avait modifié ses algorithmes pour réduire la diffusion de fausses informations.

Mais selon la lanceuse d'alerte, "dès que l'élection a été terminée", le groupe les a reconfigurés comme avant, "pour donner la priorité à la croissance plutôt qu'à la sûreté", a-t-elle soutenu dans son entretien à l'émission "60 Minutes", sur CBS.

"Il y avait des conflits d'intérêt entre ce qui était bon pour le public, et ce qui était bon pour Facebook", a insisté Frances Haugen. Et le groupe, "une occasion après l'autre, choisissait de privilégier ses intérêts, c'est-à-dire faire plus d'argent".

"J'ai vu pas mal de réseaux sociaux, et la situation chez Facebook était sensiblement pire que ce tout ce que j'avais pu voir avant", a dit l'ingénieure, passée par le site de rencontres Hinge, mais aussi Yelp (évaluation de commerces par les internautes) ou Pinterest.

Pour Frances Haugen, c'est à la suite du retour aux anciens algorithmes que de nombreux utilisateurs de Facebook se sont servis de la plateforme pour se mobiliser en vue des événements du 6 janvier, qui ont mené à l'intrusion au Capitole.

"Personne chez Facebook n'est malveillant"

La responsabilité "de l'insurrection" sur le siège du Congrès "incombe aux personnes qui ont infligé les violences et à ceux qui les ont encouragées, dont le président (Donald) Trump", a rétorqué un cadre de Facebook lors d'une interview accordée à CNN.

Le vice-président de la plateforme a jugé "trop facile de chercher une explication technologique à la polarisation politique aux Etats-Unis".

Il a toutefois reconnu que Facebook devait essayer de "comprendre comment (il) contribue aux contenus négatifs et extrêmes, aux discours haineux et à la désinformation".

"Personne chez Facebook n'est malveillant", a estimé la lanceuse d'alerte. "Mais les intérêts ne sont pas alignés."

Pour elle, Mark Zuckerberg, co-fondateur et PDG de Facebook, n'a jamais cherché à faire de Facebook une plateforme haineuse, "mais il a permis que des choix soient faits" favorisant la diffusion de contenus haineux.

En 2018, l'entreprise avait notamment choisi de privilégier les contenus publiés par des comptes non-professionnels plutôt que ceux des médias. Avec pour conséquence la promotion de contenus polémiques, bien plus viraux que les autres.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably avec AFP Chef de service BFM tech