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Téléphérique à Lyon: la concertation publique prend fin, le projet enterré?

La consultation entamée le 15 novembre s'achève ce mardi soir. Si un avis ne sera rendu que dans un mois, tout semble indiquer que le transport par câble ne verra pas le jour.

Trois mois pour convaincre. C'est le défi que s'étaient lancé les écologistes lyonnais le 15 novembre dernier. En ouvrant leur projet de téléphérique à la concertation publique et au débat (hypothèses de tracés, insertion des stations, etc), ils espéraient le légitimer et en exposer les bienfaits pour désengorger les transports existants dans l'ouest lyonnais.

Cette consultation prendra fin ce mardi soir. Et si les garants de la concertation disposent d'un mois pour rendre leur avis, avant une décision finale du conseil d'administration du Sytral en mai prochain, l'espoir de voir le projet aboutir semble aujourd'hui très mince.

Il faut dire que l'opposition des maires de Sainte-Foy-lès-Lyon et de La Duchère s'est largement manifestée ces derniers mois. Avec, en point d'orgue, l'organisation d'un référendum consultatif à la fin du mois de novembre. Résultat sans appel: 96,2 % des votants à Sainte-Foy-lès-Lyon se sont prononcés contre le projet, pour 42,9 % de participation. À La Mulatière, le "non" l'a emporté à 94,2 %, pour 30 % de participation.

"Les craintes exprimées ont été entendues"

"La mobilisation massive lors du référendum ne pourra être passée sous silence, concédait Jean-Charles Kohlhaas, vice-président de la métropole en charge des déplacements, il y a quelques semaines. Le projet ne se fera pas contre les élus, les associations, les habitants des territoires concernés."

Risque de voir le paysage défiguré, désengorgement seulement partiel des transports existants...: "Les craintes exprimées par les citoyens ont été entendues", confirmait l'élu.

Même Michel Rantonnet, maire de Francheville et fidèle au projet présenté par les écologistes, a fini par lui retirer son soutien. "Les habitants de l’ouest lyonnais sont clairement contre ce projet de transport par câble, a écrit l'édile dans un communiqué en début de mois. J’en prends acte: on n’innove pas sans l’adhésion des citoyens que nous représentons."

Vers un développement du tram-train?

Malgré tout, l'association "Touche pas à mon ciel" se veut prudente et préfère ne pas célébrer sa victoire en avance.

"N'ayant aucune information sur l'arrêt définitif de ce projet, 'Touche pas à mon ciel' se mobilise plus que jamais, ne lâche rien et va travailler avec les autres associations pour trouver une porte de sortie par le haut, notamment sur la solution alternative, et en particulier avec le tram-train, mais aussi avec l'amélioration des bus", a affirmé lundi Patrick Romestaing", vice-président de l'association à notre micro.

Aussi connu sous le nom de métro E, le tram-train constitue, selon l'intéressé, "un élément absolument essentiel sur lequel il faut travailler". Il poursuit: "Il faut absolument que la région d'une part, la SNCF et la métropole travaillent ensemble pour améliorer la desserte de l'ouest par ce mode de transport qui est absolument pertinent." Bruno Bernard, président de la métropole et du Sytral, n'y est pas fondamentalement opposé.

Gérer l'échec

Sur le plan politique, l'abandon du transport par câble, est un coup dur pour les écologistes. Selon Romain Meltz, politologue et professeur de sciences politiques à Lyon 2, la manière dont ils géreront l'échec qui s'annonce ne sera pas sans conséquences sur les prochaines élections.

"La difficulté, c'est effectivement: quand est-ce qu'on arrête (le projet, ndlr)? Plus tôt ils arrêtent, moins ça pèsera dans la décision des électeurs en 2026. S'ils s'arrêtent là, en 2022, les gens ne se diront pas: 'Il y a trois ans, ils ont raté leur téléphérique'. Si vous dites: 'Très bien, on a compris que vous ne vouliez pas. On arrête. On enterre le projet', vous empêchez les gens de dire 'Ce sont des idéologues. Ils n'écoutent jamais personne'", théorise-t-il.

Le spécialiste estime que les écologistes peuvent "tirer des avantages politiques considérables" s'ils agissent vite. "Mais il ne faut pas le dire juste avant les élections. Parce que là, on voit l'échec", souligne-t-il.

Chiffré à 160 millions d'euros, le téléphérique devait s'établir sur un tronçon de six kilomètres entre Francheville et Lyon et desservir sept à huit stations. À terme, à l'horizon 2025, il devait transporter 20.000 passagers quotidiennement.

Lola Collombat, Clémence Delarbre et Victoria Solano avec Florian Bouhot