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L'Europe a-t-elle profité de la guerre commerciale lancée par Trump?

En arrivant au pouvoir en 2017, le président américain s'est lancé dans une violente déstabilisation des échanges commerciaux mondiaux, en s'attaquant directement à la Chine. Coincée entre ces deux fronts, l'Europe a été contrainte de faire bouger les lignes…

Que reste-t-il de la guerre commerciale? Avec l'avènement brutal du Covid-19, un armistice de facto, ponctué par quelques escarmouches éparses, a fait un peu oublier les tensions qui agitaient encore dangereusement les marchés à la fin de l'année 2018.

Des tensions inaugurées dès la première électorale par Donald Trump qui visait en premier lieu Pékin. "Nous ne pouvons plus continuer de laisser la Chine violer notre pays. C'est ce qu'il est en train de faire. C'est le plus grand vol de l'histoire du monde" lançait-il en mai 2016. Et sur cette question précise, le président américain a tenu parole en menant une guerre ouverte contre la seconde puissance mondiale, à grands coups de taxes douanières.

Une guerre commerciale qui a laissé des traces. Les études ne manquent pas pour jauger du poids de ces tensions sur les échanges mondiaux. Pour la Fed, elles auront coûté un point de PIB aux Etats-Unis. Selon une étude des économistes de la Réserve fédérale de New York et des Universités de Princeton et Columbia, le pays perdait, avant la crise du coronavirus, 1,4 milliard de dollars par mois. De son côté, la Chine a mis du temps à admettre souffrir aussi sur le plan économique…

Et l'Europe dans tout cela ? Au-delà des bisbilles entre Bruxelles et Washington autour du conflit Airbus/Boeing, le vieux continent a-t-elle pâti de cette situation, trop dépendante des marchés américains et surtout chinois ?

Fourmilière chinoise

Au début de l'année 2019, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) avait publié un rapport assurant que l'Europe serait gagnante au sein du duel sino-américain. En réalité, les divisions européennes (politiques et commerciales) ont rendu ce constat moins probant.

Pourtant, la guerre commerciale a bien eu un impact bénéfique pour les entreprises européennes.

"D’une certaine façon, la tension que crée Donald Trump nous aide tous" assurait en juin 2019 l'ex-patronne du Medef Laurence Parisot.

Une position un peu taboue mais qui rappelle l'impact du coup de pied trumpien dans la fourmilière chinoise. Propriété intellectuelle, transfert de technologies forcé, subventions publiques anticoncurrentielle… Beaucoup d'entreprises et de pays ont fermé les yeux sur les pratiques chinoises, pour éviter de sortir de ce marché si important.

Relance européenne

Au milieu du guet, les Européens ont souvent profité du coup de force américain sans froisser les Chinois. La gestion du cas Huawei en est un parfait exemple : la France a refusé d'interdire l'équipementier mais a réussi à l'évincer habilement, en s'appuyant sur les arguments américains.

La guerre commerciale aura aussi permis, d'une certaine façon, de relancer la construction européenne. Les difficultés économiques provoquées par la guerre commerciale (notamment pour l'Allemagne), couplées à la rigueur doctrinale de Bruxelles en matière de concurrence (ce qui aboutira à l'échec de la fusion entre Alstom et Siemens) ont fini par convaincre le couple franco-allemand de redonner un nouveau souffle à la zone euro. Une nouvelle commission européenne et surtout une nouvelle politique économique pour tenter de peser sur les échanges mondiaux et créer de géants européens capables de rivaliser.

Reste à connaître le nom du futur président et surtout de son action commerciale. L'Europe profitera-t-elle d'une accalmie avec Joe Biden? C'est loin d'être sûr. Pour la plupart des observateurs, la guerre commerciale devrait bien se poursuivre en 2021…

Thomas Leroy Journaliste BFM Business