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Gilets jaunes: un an après le début du mouvement, quel impact sur l'économie française?

Des gilets jaunes sur la place Bellecour à Lyon

Des gilets jaunes sur la place Bellecour à Lyon - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Si le coût des mobilisations successives a été estimé à 0,1 point de PIB fin 2018, les mesures d'urgence économique et sociale arrachées par les gilets jaunes au gouvernement devraient faire gagner 0,3 point de croissance en 2019. Mais sur le plan microéconomique, l'impact du mouvement sur les commerces des centres-villes est lourd.

Des centres-villes paralysés et des touristes qui désertent l’Hexagone. Mais aussi des mesures sociales en faveur du pouvoir d’achat arrachées au gouvernement… Un an après le début du mouvement, quel impact les gilets jaunes ont-ils eu sur l’économie française? S’il est encore trop tôt pour chiffrer avec précision l’effet de cette mobilisation inédite, certains organismes se sont prêtés au jeu des estimations.

D’un point de vue macroéconomique, il en résulte que l’impact des gilets jaunes sur la croissance française a été plutôt positif. Certes, l’Insee a estimé que le coût global du mouvement était de 0,1 point de croissance du PIB au dernier trimestre 2018. Mais dans le même temps, le gouvernement a mis 17 milliards d’euros sur la table pour tenter de calmer la colère.

Hausse de la prime d’activité, annulation de la hausse de la CSG, prime exceptionnelle exonérée de cotisations sociales et d’impôts, réindexation des retraites inférieures à 2000 euros, heures supplémentaires défiscalisées… L’ensemble des mesures d’urgence économiques et sociales présentées par Emmanuel Macron en décembre 2018 et en avril dernier ont permis de soutenir le pouvoir d’achat des Français et donc la croissance avec une augmentation du PIB de 0,3 point, selon l’OFCE. Soit plus que le coût du mouvement estimé par l’Insee. Sans oublier la hausse de l’impôt sur le revenu à hauteur de 5 milliards d’euros attendue pour 2020.

Une brève chute du tourisme

Le lourd climat social qui s’est imposé fin 2018 a pesé sur l’activité touristique. Selon l’Insee, la fréquentation des hébergements collectifs exprimée en nuitées a baissé de 2,5% sur les trois premiers mois de l’année, comparé à la même période en 2018. Un désamour davantage perceptible chez les touristes étrangers (-4,8%) que français (-1,5%).

Mais les touristes n’auront pas boudé l’Hexagone bien longtemps. D’avril à juin, la fréquentation des hébergements collectifs a bondi de 3,5% sur le territoire. Ce qui a permis de compenser en partie les trois premiers mois difficiles. La Coupe du monde de football féminine qui s’est déroulé sur les mois de juin et juillet a permis à son tour de booster la fréquentation des touristes étrangers.

Les commerces de centres-villes en première ligne

Au final, si le mouvement des gilets jaunes semble avoir profité au portefeuille des Français avec un gain moyen de pouvoir d’achat évalué à 850 euros par l’OFCE, ce sont les commerces établis sur les zones de manifestations qui ont été les premiers touchés. Une étude parlementaire publiée en juillet dernier et relayée par France Culture a estimé les pertes de chiffres d’affaires des centres commerciaux (2 milliards d’euros) ou encore des hôtels, cafés et restaurants (850 millions d’euros). La perte moyenne sur le chiffre d’affaires des commerce le samedi est évalué entre -20 et -30%.

Mais parallèlement, d’autres commerces éloignés des centres-villes ont bénéficié d’une hausse de fréquentation. L’effet sur la consommation globale est donc quasi-nul.

Quid des services publics?

Reste la question du délabrement des services publics voire de leur disparition dans certaines régions isolées. Un phénomène dénoncé par les gilets jaunes. Sur ce point, Emmanuel Macron a annoncé la création de Maisons France services regroupant plusieurs services du quotidien dans les zones qui en ont le plus besoin. Près de 500 ouvriront en janvier 2020.

En revanche, les récentes manifestations des policiers, des pompiers et surtout du personnel hospitalier ont démontré que le manque de moyens est toujours au cœur des revendications. Un plan d’urgence pour l’hôpital sera présenté mercredi.

Paul Louis