BFM Business

Les pilotes irlandais lancent un ultimatum à Ryanair

-

- - Lex Van Lieshout - AFP

Le syndicat des pilotes irlandais a jugé sa rencontre avec la direction décevante mardi. Il réclame une reconnaissance écrite de son existence avant jeudi midi. Sinon, il maintiendra la grève prévue pour les fêtes.

Le syndicat irlandais Impact, qui chapeaute le syndicat des pilotes Ialpa, a qualifié mardi soir de "décevante" la rencontre avec les dirigeants de la compagnie aérienne Ryanair, et a réaffirmé la possibilité d'une grève pendant la période des fêtes.

"Alors que la direction de Ryanair avait déclaré qu'elle reconnaissait Impact/Ialpa en vue des négociations de ce soir, elle n'a pas été en mesure de nous donner un document pour confirmer ses dires", a annoncé Impact dans un communiqué. "C'est un résultat décevant".

Menace de grève avant le 28 décembre

Le syndicat a formulé plusieurs propositions au cours de la réunion, pour lesquelles il attend une "réponse rapide". Il exige notamment qu'un "accord de reconnaissance" des syndicats "soit conclu d'ici jeudi 21 décembre à midi". Dans le cas contraire, il prévient que les pilotes pourraient se mettre en grève. Étant donné le délai de préavis de 7 jours en Irlande, celle-ci ne pourrait survenir avant le 28 décembre.

De son côté, la direction de la compagnie aérienne a qualifié l'entrevue de "positive et fructueuse". "Il s'agit d'une première étape dans le processus de reconnaissance des syndicats", a déclaré l'entreprise dans un communiqué.

Impact, comme d'autres syndicats en Europe, avait initialement lancé un appel à la grève pour ce mercredi. Confrontée au plus grand mouvement social de son histoire trentenaire, la première compagnie européenne en terme de passagers transportés avait annoncé vendredi son intention de reconnaitre les syndicats. Une proposition bien accueillie par les organisations de salariés, qui avaient suspendu leurs appels à la grève, que ce soit en Italie, au Portugal ou en Irlande. 

Ryanair évoque un complot de la concurrence

Une telle annonce marquait en effet un tournant : le directeur général, Michael O'Leary, qui dirige depuis 1994 cette compagnie trentenaire, s'était jusqu'à présent opposé vigoureusement à toute représentation syndicale. Mais le dirigeant était sous pression depuis une série d'annulations de vols depuis la rentrée de septembre, attribuées par la direction à une erreur de gestion des plannings de vacances des pilotes.

L'épisode avait révélé un malaise d'une partie des pilotes qui ont intensifié depuis leurs revendications sur les conditions de travail et le dialogue social avec la hiérarchie, sur fond de départs de commandants et copilotes vers d'autres compagnies.

Criant au complot ourdi par la concurrence, Ryanair assurait jusqu'à ces derniers jours n'avoir aucun problème de recrutement. Elle avait simplement proposé des primes aux pilotes qui renonceraient à une partie de leurs vacances afin de limiter les annulations, sans vouloir entendre parler de syndicats.

"Tout le monde est affecté par les problèmes de dialogue"

Récemment nommé chef des opérations, un autre dirigeant, Peter Bellew, avait cependant reconnu que l'ambiance de travail dans la compagnie était récemment "devenue particulièrement maussade". Dans une interview au quotidien Irish Independent, il a évoqué le besoin d'un changement de culture, affirmant que "tout le monde est très affecté" par les problèmes de dialogue dans l'entreprise.

Néanmoins, la mise en place de négociations pourrait prendre du temps dans une entreprise où la dialogue avec les syndicats n'avait jamais existé jusque-là. Les organisations de salariés restent donc prudentes.

De nouvelles discussions doivent se tenir mercredi en Allemagne. L'organisation Cockpit avait accepté de renoncer à tout mouvement social jusqu'à la tenue de ces discussions. Un responsable de ce syndicat, Ingolf Schumacher, a vu dans la démarche de Ryanair "un développement significatif".

"Les droits des salariés s'arrêtent à la porte du cockpit"

Par ailleurs, le syndicat allemand du personnel de cabine Ufo s'indignait néanmoins d'une différence de traitement au sein du personnel naviguant. Cité par l'agence de presse allemande DPA, le chargé des négociations salariales, Nicoley Baublies, a déclaré que "les droits des salariés ne peuvent pas s'arrêter à la porte du cockpit".

Après avoir insisté vendredi sur les organisations de pilote, Ryanair a précisé mardi que cette reconnaissance concernait aussi les syndicats de personnels de cabine, que la direction de la compagnie propose de rencontrer en début d'année prochaine.

En Italie, le syndicat Fit-Cisl s'est félicité que le dialogue concerne également les personnels de cabine, tout en disant attendre "d'être convoqués le plus rapidement possible" pour évoquer les problèmes de tous les employés "et demander pour tous l'application de la convention collective nationale italienne".

N.G. avec AFP