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Crash: "D'habitude, les hélicoptères ne décollent pas en même temps", selon un expert

Le lieu du crash des hélicoptères, en Argentine, quelques minutes après le drame.

Le lieu du crash des hélicoptères, en Argentine, quelques minutes après le drame. - Abel Perea - AFP

Lundi, le crash en Argentine de deux hélicoptères pour l'émission Dropped a conduit à la mort de dix personnes, dont trois athlètes. Deux experts en aéronautique décryptent pour BFMTV les particularités du pilotage d'hélico.

Au lendemain du crash en Argentine qui a fait dix victimes, dont huit Français parmi lesquels les sportifs Camille Muffat, Florence Arthaud et Alexis Vastine, des images de la collision entre les deux hélicoptères ont été diffusées par la chaîne d'information en continu argentine Canal 9. S'il est encore trop tôt pour identifier les raisons de ce dramatique accident, la vidéo permet de soulever plusieurs questions sur le pilotage d'hélicoptère.

Le décollage

Les deux engins venaient de prendre leur envol sur un terrain isolé, dans les hautes montagnes argentines, quand le crash a eu lieu. Une phase extrêmement délicate selon Gérard Feldzer, consultant aéronautique pour BFMTV. 

"Le pilote lève d'abord l'hélicoptère à quelques centimètres du sol, et le maintient en vol stationnaire. Puis il active le rotor de queue, l'hélice à l'arrière, pour faire tourner l'engin dans la bonne direction, et prendre de la vitesse. A ce moment-là, la pale tourne à 400 km/h. Si vous heurtez quelque chose, tout se désintègre. Vous n'avez aucune chance de vous en sortir."

La perte de contrôle

D'après les images de la collision, le pilote de l'hélicoptère qui se trouve en contrebas semble perdre le contrôle de l'engin, alors qu'il vient tout juste de décoller. 

"Lorsque l'on a une panne dans les cent premiers mètres après le décollage, il est très difficile de contrôler la machine", explique Gérard Feldzer. "Il peut y avoir une panne mécanique, mais c'est extrêmement rare. L'hélicoptère peut être déporté par quelque chose, comme un banc d'oiseaux, ou des vents forts, et se cogner. Dans les deux cas, dès que l'hélicoptère est déséquilibré, le pilote peut perdre le contrôle de sa machine."

Frédéric Aguettant, directeur d'Hélipass, et spécialiste des vols en hélicoptère, estime pour sa part sur BFMTV que "même s'il faisait beau, d'après les images, les arbres bougent énormément. Il y avait sûrement énormément de vent à ce moment-là. La chaleur devait aussi être élevée, donc il y a peut-être des thermiques qui sont allés contribuer au changement de cap de l'hélicoptère". La piste de l'accident technique lui semble peu plausible. "Les pannes moteur sont très rares, ils sont très bien suivis et entretenus. Même s'il y avait eu une panne moteur, le pilote aurait prévenu le second, et aurait géré sa panne."

Le vol à deux hélicoptères

La position rapprochée des deux hélicoptères sur les images intriguent les deux experts.

  •  "D'habitude, deux hélicoptères ne décollent pas en même temps. Ils attendent 3 à 4 minutes, cela suffit pour garder un contact visuel entre les deux. Le deuxième appareil garde toujours le premier dans son champ de vision. Les pilotes sont également toujours en contact radio, et décident qui est leader du vol, c'est obligatoire", explique Frédéric Aguettant. 

Gérard Feldzer ajoute que "les pilotes d'hélicoptère sont toujours formés à de la précision. Ils sont capables d'éviter des obstacles. Là, il s'est passé quelque chose d'anormal."

Comme le veut la procédure lors de décès de Français à l'étranger, une enquête judiciaire a été ouverte à Paris, pour homicides involontaires. Deux enquêteurs français du BEA (Bureau d'enquêtes et d'analyses) ont été envoyés en Argentine.

A. G.