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Colère des taxis: le patron de G7 met en garde le gouvernement

Serge Metz, PDG de la G7 n’est pas optimiste pour la grève du 26 janvier. Les grandes villes risquent des blocages et des débordements qui seront plus durs qu'en juin dernier.

Serge Metz, PDG de la G7 n’est pas optimiste pour la grève du 26 janvier. Les grandes villes risquent des blocages et des débordements qui seront plus durs qu'en juin dernier. - Franck Fife - AFP

Serge Metz, PDG de G7, accuse l'Etat de ne pas faire respecter la loi. Les chauffeurs illégaux pulluleraient et les autres appliqueraient rarement la nouvelle réglementation. D'où la chute de 30% des revenus des artisans taxis. Il redoute des débordements et le blocage de Paris mardi prochain.

Serge Metz, PDG de la G7 s’exprime peu. Mais à moins d'une semaine d'une journée de mobilisation qu'il pressent mouvementée, ce chef d'entreprise se sent obligé de prendre la parole. A l'écouter, la grève du mardi 26 janvier sera une première en France: "On n’a jamais vu une profession descendre dans la rue pour réclamer le respect des lois." Selon lui, alors que le mouvement de juin dernier visait les VTC, cette fois, c’est l’État qui est au cœur de la contestation. "La police est dépassée par l’ampleur de la concurrence, quant à la justice, elle n’arrive pas à suivre le rythme imposé par les technologies."

Le gouvernement est donc accusé de ne pas être capable de faire appliquer la loi du 1er octobre 2014 encadrant l'activité des taxis et des VTC. Elle impose à ces derniers de ne plus faire de maraudes pour chercher les clients et de se limiter aux réservations. Elle leur interdit aussi de stationner aux abords des aéroports et des gares, "sauf s’ils justifient d’une réservation préalable ou d’un contrat avec le client final". Enfin, le texte interdit aux VTC d’emprunter les couloirs de bus.

Un mouvement hors de contrôle

Pour Serge Metz, "rien de tout cela n’est respecté". Mais surtout, les chauffeurs qui commettent ces infractions seraient, selon la G7, "appuyés par leurs plateformes qui s’engagent à régler les amendes."

Le patron de G7 assure ne pas soutenir la violence. Par contre, il "comprend" ce mouvement même si admet qu'il est hors de contrôle. Sur ce point, il rejoint Didier Hogrel, président de la Fédération nationale du taxi (FNDT), qui nous affirmait que les syndicats étaient également dépassés par la violence des artisans taxis.

"La profession vit une situation économique catastrophique", explique Serge Metz. "Les recettes de la profession ont chuté de 30% lors du second semestre 2015 avec une offre qui est passée de 20.000 à 40.000 véhicules en peu de temps." Et, pour lui, le problème ne repose pas sur "les VTCistes qui exercent légalement et partagent les mêmes difficultés que les taxis", mais "sur ceux qui travaillent dans l’illégalité."

Pour en avoir le cœur net, la G7 a réalisé un "testing" contrôlé par huissier en appelant une dizaine de véhicules sur différentes applications, dont la sienne. "Sur les 10 véhicules qui travaillent pour une grande plateforme [Serge Metz ne prononce pas le nom de ses concurrents, NDLR], seulement trois étaient en règle." Quant aux sept autres, "trois sont des capacitaires Loti et quatre n’ont aucun statut". Pour le dirigeant, 70% des chauffeurs dans la plus totale illégalité. "Les pouvoirs publics doivent faire respecter la loi, mais les plateformes sont responsables de son application auprès de leurs membres, et rien n’est fait. On ne pointe pas les chauffeurs, mais les plateformes qui les exploitent."

La "sympathie de Macron" pour Uber

Si le ministère de l’Intérieur est pointé du doigt, Emmanuel Macron est, lui, au centre de la colère de la profession. Serge Metz ne prononce pas son nom, préférant dire Bercy. "Je n’arrive pas à comprendre sa sympathie pour ces pratiques illégales. Certes, il faut créer des emplois pour faire baisser le chômage, mais pas en créant une situation anarchique qui repose sur des emplois précaires qui de plus sont organisés par une société en délicatesse avec le fisc."

En attendant, le patron de la G7 n’est pas optimiste pour la grève du 26 janvier. Les grandes villes risquent des blocages et des débordements qui risquent de se retourner contre les taxis. Car si la concurrence, les attentats et la baisse des touristes ont joué un rôle dans la chute des recettes, la violence du mois de juin a joué un rôle certain dans cette situation.

Serge Metz en est conscient et, pour le 26 janvier, la G7 mettre en place un numéro d’urgence pour répondre aux besoins de ceux qui doivent impérativement se déplacer. Mais ce service ne fonctionnera ni dans les aéroports ni dans les gares qui resteront sous pression.

Mais pour les VTC, ces grèves deviennent un jour de grosse activité, comme plusieurs chauffeurs nous l’ont déjà confirmés plusieurs chauffeurs de VTC. D’ailleurs, la plupart des sociétés ont déjà annoncé des mesures exceptionnelles gérer la demande. Des frictions sont à prévoir et, de fait, de nouvelles baisses des recettes des taxis sont encore à craindre.

En attendant, Uber France s'appuie sur la récente décision du Conseil Constitutionnel pour proposer aux taxis de rejoindre ses rangs. Une inviation immédiatement rejetée par Serge Metz: G7 n'ouvrira jamais son modèle aux VTC.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco