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La colère des taxis fait craindre le pire à leurs dirigeants syndicaux

Les violences du 25 juin entre taxis et VTC vont-elles se reproduire le 26 janvier?

Les violences du 25 juin entre taxis et VTC vont-elles se reproduire le 26 janvier? - Thomas Samson - AFP

La concurrence exercée par les VTC et la désaffection des touristes qui redoutent des actes terroristes ont fait fondre les revenus des taxis. Un grand mouvement de contestation est programmé mardi 26 janvier et des dérapages sont probables.

Depuis quelques jours, les rues de Paris s’ornent de vert. Il ne s’agit pas d’un bug sur les feux tricolores, mais des luminaires des taxis qui indiquent qu’ils sont libres. Libres, désespérément libres. Pour les artisans comme pour ceux qui louent leur véhicule à des sociétés spécialisées, l’année 2016 démarre plutôt mal et ils ont l’intention de le dire haut et fort lors de la grève dont la date, mardi 26 janvier, a été révélée il y a quelques jours par Les Échos.

La mobilisation des taxis s'annonce exceptionnelle. À la mesure de leur exaspération. Le début d’année est une période traditionnellement morne pour eux. Mais, cette année, les attentats de Paris leur ont porté un coup rude, amplifié par la concurrence d'Uber et consorts qui n'hésitent pas à casser les prix.

Les taxis en veulent surtout au gouvernement qu'ils accusent de ne pas appliquer les mesures prises pour encadrer l’activité des VTC. "Si la loi était strictement appliquée, nous n’en serions pas là et, si on le peut, on se retournera contre l’État" relève Didier Hogrel, président de la Fédération nationale du taxi (FNDT)

Pour le patron des taxis, la situation est potentiellement explosive. "Depuis quelques semaines, la baisse est catastrophique. Nous estimons déjà que les recettes ont baissé de 20 à 40% en l’espace de quelques semaines. Il y a la récession, le contrecoup des attentats et les lendemains de fêtes de fin d’année qui ralentissent l’activité. Mais le gros coup provient de la concurrence qui prend des formes parfois illégales sans que les autorités ne s’en préoccupent".

Loti, le statut qui fait polémique

Didier Hogrel accuse les chauffeurs de VTC d’avoir trouvé un moyen de ne pas effectuer la formation obligatoire de 250 heures avant d’exercer. Comment? En adoptant le statut de capacitaire Loti (Loi d’Orientation des Transports Intérieurs de 1982) créé pour le transport en commun et bien plus souple que le modèle VTC.

Au lieu des 250 heures de formation, il n'en faut que 140. De plus, en adoptant ce statut reconnaissable à sa vignette violette (elle est verte pour les VTC), un conducteur Loti peut créer une structure et recruter des chauffeurs qui, eux, ne seront munis que d’un permis B et d’une attestation médicale sans avoir à suivre la moindre formation.

Ce modèle impose certes de transporter au moins deux personnes. Mais apparemment, beaucoup de chauffeurs ne se soucient guère de cette contrainte. Et Didier Hogrel en est persuadé: les grandes sociétés de VTC comme Uber voient dans ce statut alternatif, un bon moyen pour gonfler le nombre des chauffeurs qui intègrent leur offre.

Cette tendance a été constatée par l’Observatoire Taxi/VTC qui note qu'entre 2009 et 2015, le nombre de "Loti" a plus que triplé en passant de 20.000 à 70.000. 

Selon la FNDT, la concurrence des taxis se compose désormais à 30% de VTC, 30% de capacitaires Loti et 40% de clandestins. "Il n'y a plus de règle, la concurrence devient sauvage sans intervention des autorités", réagit Didier Hogrel.

Un retour de la violence, comme en juin?

Pour les taxis, cette situation est de plus en plus intolérable. Et de prévenir que la colère qu'exprimeront les taxis le 26 janvier risque d'être au moins aussi intense qu'en juin dernier, où les dérapages s'étaient multipliés.

"Les mouvements de rue ne sont pas le meilleur moyen de se faire entendre et les derniers nous ont donné une mauvaise image", admet Didier Hogrel. "Le 26 janvier, la colère risque à nouveau d’être l’expression du désespoir. On craint que des éléments incontrôlés et incontrôlables fassent basculer le mouvement. Nous ne soutenons pas la violence, mais nous comprenons que la situation financière de nombreux taxis leur fasse perdre leur calme."

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco