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Numericable veut lever 410 millions d'euros

Un rapprochement avec SFR est très bien vu des marchés de la dette, car l'opérateur mobile est bien moins endetté que Numericable.

Un rapprochement avec SFR est très bien vu des marchés de la dette, car l'opérateur mobile est bien moins endetté que Numericable. - -

Le câblo-opérateur veut émettre de nouvelles obligations. Les rumeurs d'un rapprochement avec SFR ont opportunément fait chuter leur taux d'intérêt.

Numericable ne perd pas de temps. Le 27 septembre, il demandait à ses créanciers la permission de lever de nouveaux fonds sur le marché obligataire. Vendredi 12 octobre, il obtenait leur feu vert. Et mardi 16 octobre, il a lancé l'opération, qui pourrait être bouclée dès jeudi. JP Morgan, BNP Paribas, Citi, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, HSBC et Morgan Stanley en ont la charge.

Précisément, le câblo-opérateur veut lever 410 millions d'euros remboursables en 2018 et 2019. Cette émission laissera globalement inchangée sa lourde dette (2,3 milliards d'euros). Mais elle servira à la rééchelonner, en repoussant dans le temps les échéances. En pratique, le câblo-opérateur n'aura désormais à rembourser que 400 millions d'euros de dettes d'ici 2015, soit deux fois moins qu'auparavant.

Revers de la médaille: Numericable devra payer des taux d'intérêts plus élevés. En effet, sa dette a été levée en 2007, juste avant la crise, à de très bonnes conditions (4,36% de taux d'intérêts). En février dernier, lorsqu'il a levé ses premières obligations (360 millions d'euros), il a dû payer un taux bien plus élevé de 12,375%. En effet, il est considéré comme un investissement spéculatif (junk) par les agences de notations, qui le notent B (Standard & Poor's) ou B2 (Moody's, qui a confirmé cette note mardi).

Rumeurs opportunes

Toutefois, ce taux ne devrait finalement pas être si élévé que cela. En effet, les rumeurs d'un rapprochement avec SFR, qui ont surgit vendredi soir, ont opportunément fait chuter le taux des obligations Numericable. Selon la lettre IFR, ce taux a chuté depuis lundi de 13% à 9,5%.

Explication: un rapprochement avec SFR est très bien vu des marchés de la dette, car l'opérateur mobile est bien moins endetté que le câblo-opérateur, et donc considéré comme bien moins risqué. En pratique, sa maison-mère Vivendi dispose d'une bien meilleure note (BBB), et emprunte à des taux d'intérêts bien plus bas (3%). Nombre d'observateurs estiment donc que les rumeurs de ce week-end ont flambé fort opportunément pour Numericable. 

Indice troublant: comme par hasard, plusieurs articles étaient assez favorables à Numericable (lui accordant par exemple une valorisation très généreuse de 4 à 5 milliards d'euros), et détaillaient précisément les rendez-vous de ses dirigeants avec Vivendi.

Les deux supposés fiancés ont eu des réactions opposées. Vivendi a minimisé les discussions, et a été "très irrité" par ces fuites, se demandant à qui profitait le crime. Inversement, le patron de Numericable a implicitement confirmé les discussions mardi lors d'une conférence téléphonique, déclarant: "rien n'est encore décidé. Les discussions peuvent s'arrêter ou continuer". Et assurant au passage: "le marché français à vocation à se consolider".

Interrogé, le câblo-opérateur n'a pas souhaité faire de commentaires.

"le marché français a vocation à se consolider. Rien n'est encore décidé. Les discussions peuvent s'arrêter ou continuer".

Jamal Henni