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SFR et Numericable discuteraient d'un rapprochement

Selon certains, le nouvel ensemble serait détenu à 49% par Vivendi

Selon certains, le nouvel ensemble serait détenu à 49% par Vivendi - -

Le câblo-opérateur chercherait des fonds pour racheter 51% de l'opérateur mobile.

Le big bang en cours chez Vivendi aboutira-t-il à un mariage entre SFR et Numericable? C’est ce qu’affirme le site PC INpact. Selon ce dernier, Numericable et ses actionnaires auraient mandatés en ce sens les banques J. P. Morgan, Goldman Sachs et Morgan Stanley.

Plusieurs sources confirment au minimum des "discussions" entre Vivendi (propriétaire de SFR) et les actionnaires de Numericable (les fonds Carlyle, Cinven et Altice). Certains évoquent un schéma où le nouvel ensemble serait détenu à 49% par Vivendi et 51% par les actionnaires de Numericable.

Le problème est qu’aujourd’hui, SFR vaut bien plus cher que Numericable. Pour aboutir à une telle parité, il faudrait donc que le câblo-opérateur apporte à Vivendi une soulte, en plus de ses actifs. Des sources financières indiquent donc que les actionnaires de Numericable chercheraient actuellement à réunir des fonds pour cela –on parle de 8 milliards d’euros. "Pour simplifier, c’est comme si Numericable rachetait 51% de SFR", résume un observateur.

Nul ne sait si l’opération aboutira, mais en tous cas, elle offrirait quelques synergies notamment pour la fibre: SFR pourra utiliser le réseau de Numericable, au lieu de construire le sien.

Logique financière

Surtout, une telle opération serait financièrement avantageuse des deux côtés. En effet, les actionnaires de Numericable cherchent une porte de sortie, surtout Carlyle rentré fin 2007 sur une valorisation élevée de 6 milliards d’euros (3 milliards pour le capital, plus 3 milliards de dettes). Mais le problème est que le câblo-opérateur vaut aujourd’hui nettement moins. Pour certains, il vaut à peine plus que sa dette (2,3 milliards d’euros actuellement). Par exemple, PC Inpact écrit que SFR aurait proposé de le racheter pour 3 milliards d’euros (hors Completel). Autrement dit, les actions, qui valaient 3 milliards il y a cinq ans, ne vaudraient désormais plus que 700 millions… Un problème pour les actionnaires, à commencer par Carlyle (les deux autres ont remboursé leur mise lors de l’entrée de Carlyle). Pour éviter de constater cette moins value, les actionnaires peuvent rééchelonner la dette encore et encore (ce qu’ils font jusqu’à présent), ou bien se lancer dans une fusion.

Côté Vivendi, les dirigeants répètent en privé vouloir se désengager des télécoms, et examinent toutes les options possibles pour cela. Objectif: recentrer le groupe sur les médias, et faire ainsi monter le cours de bourse. Problème: SFR est très difficile à vendre, car c'est un très gros morceau. Il y a un an, lors de la sortie de Vodafone, l'opérateur valait 23 milliards d'euros (17,5 milliards pour le capital, plus 5,5 milliards de dettes). Aujourd'hui, les analystes le valorisent autour de 15 milliards. Mais cette valorisation est difficile à établir, car les résultats de l’opérateur, touché de plein fouet par Free, sont en chute libre, et nul ne sait jusqu’à quand. Là encore, une fusion offre une porte de sortie rapide, et permet d’échapper à une humiliante moins value.

En revanche, un tel rapprochement pourrait poser des problèmes d'un point de vue concurrentiel, car Vivendi, déjà propriétaire de Canal Plus, deviendrait alors actionnaire de l'autre acteur français de la TV payante, à savoir Numericable.

Interrogé, Vivendi s’est refusé à "commenter les rumeurs de marché". De leur côté, Numericable, Altice, Cinven et Carlyle n’ont pas répondu.

Mise à jour dimanche 14 octobre:

Selon Le Figaro, les actionnaires de Numericable auraient remis une offre il y a deux semaines à Vivendi. Vivendi serait conseillé par BNP Paribas et Goldman Sachs, tandis que Numericable serait conseillé par J.P. Morgan et Morgan Stanley. La fusion permettrait de générer près d'un milliard d'euros d'économies.

Selon Le Journal du Dimanche, la soulte reçue par Vivendi s'élèverait à 4 milliards d'euros. Le nouvel ensemble serait introduit en bourse à terme.

Jamal Henni