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Renault attend toujours de voir le dossier qui accuse Carlos Ghosn

Officiellement, ni Renault, ni l'Etat français n'ont encore eu connaissance des éléments de l'enquête visant Carlos Ghosn.

Officiellement, ni Renault, ni l'Etat français n'ont encore eu connaissance des éléments de l'enquête visant Carlos Ghosn. - Manjunath Kiran / AFP

Une semaine après l'arrestation de Carlos Ghosn au Japon, Renault reste dans l'attente des éléments de l'enquête qui vise son dirigeant au Japon.

Mais qu'a donc fait Carlos Ghosn pour être si brutalement écarté des affaires? Arrêté il y a une semaine peu après avoir atterri à l'aéroport de Tokyo, le dirigeant de Renault et de Nissan restera a priori incarcéré jusqu'à au moins ce vendredi. Sa garde à vue pourrait encore être prolongée de 10 jours supplémentaires, voire davantage si un autre chef d'inculpation est retenu par la justice japonaise.

La justice japonaise très discrète sur cette affaire

En France, on a initialement parlé -à tort- de soupçons de fraude fiscale. Carlos Ghosn se verrait plutôt reproché le fait d'avoir certifié, en tant que PDG de Nissan, des rapports financiers en sachant pertinemment qu'ils comportaient des inexactitudes dans le détail de ses propres revenus, 1 milliard de yens manquant à l'appel (soit environ 7,7 millions d'euros sur cinq années). C'est en réalité le seul chef d'accusation qui a été communiqué par le bureau du procureur en charge de cette affaire, explique l'AFP.

Les accusations d'abus de biens sociaux émanent en effet des déclarations du patron exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa. Lors de la conférence de presse faisant suite à l'arrestation de Carlos Ghosn, le dirigeant japonais avait évoqué des faits d'abus de biens sociaux "très graves". C'est par la suite la presse japonaise qui a donné plus de détails, mais ne citant pas de source pour ces informations. D'après l'AFP, il s'agit probablement de fuites émanant de l'enquête interne conduite par Nissan et transmise à la justice. 

Renault n'a pas encore pris connaissance de l'enquête

Chez Renault, on n'a officiellement toujours pas pris connaissance de cette enquête interne, nous a assuré une porte-parole du groupe ce lundi. C'est d'ailleurs ce qui a poussé le constructeur français à rester prudent, en nommant une direction par intérim mais en ne retirant pas à Carlos Ghosn son poste de PDG

Ce n'est pas le cas chez Nissan, à l'origine de l'enquête visant son dirigeant et qui a pris la décision la semaine dernière de le révoquer de sa position de président du conseil d'administration. Mitsubishi, sous contrôle de Nissan depuis 2016, a logiquement pris la même décision ce lundi.

Une interrogation subsiste: deux administrateurs de Renault (qui dispose d'une participation majoritaire de 43,4% dans Nissan) étaient présents lors de la réunion à l'issue de laquelle la révocation de Carlos Ghosn a été actée. Ils auraient donc eu connaissance des éléments de l'enquête sans toutefois en faire part au groupe français. Leur silence s'expliquerait toutefois par des accords de confidentialité au sein du conseil d'administration de Nissan mais aussi au contexte judiciaire, l'enquête de la justice japonaise étant toujours en cours.

Le ministre de l'Economie français, Bruno Le Maire, a de son côté indiqué ce dimanche qu'il ne disposait toujours pas non plus d'éléments sur l'enquête visant Carlos Ghosn. Il a par ailleurs révélé que Renault a lancé un audit interne sur les rémunérations du dirigeant "pour vérifier qu'il n'y a rien eu de difficile, de délicat que nous puissions trouver" .

Réunion sur l'avenir de l'Alliance ce jeudi

Des hauts responsables de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, dont Carlos Ghosn est encore officiellement le PDG, doit se réunir ce jeudi à Amsterdam. Un rendez-vous qu'il sera particulièrement intéressant de suivre. En coulisses, il se murmure en effet depuis le début de l'affaire que les changements souhaités par Renault et l'Etat français et visant à consolider l'alliance seraient à l'origine de l'arrestation de Carlos Ghosn

Des désaccords subsistent entre Nissan, qui souhaiterait que Renault perde sa participation de contrôle sur le groupe japonais, et Renault, qui souhaiterait renforcer son influence au sein de l'Alliance. Les réunions de ce jeudi à Amsterdam seront "purement opérationnelles", a précisé un responsable de Renault à Reuters, précisant qu'elles étaient prévues avant l'arrestation de Carlos Ghosn. Elles devraient toutefois donner lieu à la première rencontre en face-à-face entre Thierry Bolloré et à Hiroto Saikawa depuis ces événements. Les deux successeurs de Carlos Ghosn chez Renault et Nissan pourront exposer leurs éventuelles divergences. Une guerre ouverte semble toutefois peu probable tant l'Alliance offre des bénéfices aux deux groupes, français et japonais.

Julien Bonnet