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Jean-Pierre Farandou, un nouveau patron pour une SNCF sous haute tension

Jean-Pierre Farandou, choisi pour succéder à Guillaume Pepy à la tête de la SNCF

Jean-Pierre Farandou, choisi pour succéder à Guillaume Pepy à la tête de la SNCF - Lionel BONAVENTURE / AFP

Invocations du droit de retrait, grève sans préavis et mobilisation annoncée contre la réforme des retraites: le nouveau patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, va faire son entrée sur un terrain social miné, en pleine réforme ferroviaire.

Ingénieur des Mines, mais "pas un formaté traditionnel": Jean-Pierre Farandou va prendre ce vendredi la direction de la SNCF, une entreprise qu'il a l'avantage de connaître sur le bout des doigts et où il jouit d'un a priori plutôt favorable.

Jean-Pierre Farandou "connaît tous les rouages, tous les détails", et "peut tout à fait être un grand président de la SNCF", salue son ami d'enfance Philippe Dorthe, conseiller départemental (PS) de Bordeaux.

Le défi est de taille pour ce natif du Sud-Ouest, âgé de 62 ans, qui a gardé une bonne pointe d'accent: faire fonctionner une SNCF qui doit devenir en janvier 2020 une société anonyme à capitaux publics, travailler en bonne intelligence avec les syndicats, ou encore poursuivre la rénovation du réseau tout en réussissant à faire d'importantes économies... 

"Ce n'est pas un formaté traditionnel", assure Philippe Dorthe. "Les politiques doivent faire attention à tous ces gens qui sortent de grands corps et ont eu des carrières transverses, où on connaît un peu tout, mais jamais à fond. Lui connaît l'histoire de la SNCF, et c'est quelque chose qui compte pour pouvoir l'emmener plus loin", explique-t-il.

"La discussion peut avoir lieu"

C'est pleinement conscient des chantiers à mener que Jean-Pierre Farandou, allure sportive et sourcils épais, arrive à la tête du groupe public, après avoir longtemps nié tout intérêt pour le poste. 

PDG depuis 2012 de l'opérateur Keolis - filiale de la SNCF spécialisée dans les transports en commun -, il a rejoint la SNCF en 1981, après un début de carrière au sein de la compagnie minière américaine AMAX à Denver (Etats-Unis). Jean-Pierre Farandou a connu une trajectoire ascendante depuis ses débuts comme chef de gare à Rodez, via notamment le lancement du TGV Paris-Lille en 1993, la direction générale de Thalys International à Bruxelles (1993-1998), la direction des Cadres RH (1998-2000), les grandes lignes (numéro 2 en 2000-2002), puis près de trois ans à la tête de l'imposante région SNCF Rhône-Alpes.

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat de la SNCF, l'a pratiqué à cette occasion en tant qu'élu du CE: "Nous nous sommes beaucoup opposés sur les mesures des premiers plans fret en 2003-2004. Mais il me donne l'impression de savoir qu'il faut trouver un équilibre entre objectifs financiers, attentes des usagers et traitement des salariés, ces trois facettes étant interdépendantes. Donc la discussion peut avoir lieu", confie-t-il.

"Un radical à inclination sociale"

Le patron de Keolis a dirigé pendant deux ans le réseau de Lyon, le plus important de l'entreprise, avant de prendre en octobre 2006 la tête de SNCF Proximités, branche regroupant à l'époque les activités Transilien, TER et Intercités.

Philippe Dorthe, fils comme lui d'une institutrice de l'école Charles-Martin (dans le quartier Bacalan, à Bordeaux), loue quelqu'un "avec beaucoup d'empathie pour les gens", qu'il catégoriserait comme "un radical à inclination sociale". De quoi rassurer les syndicats? "Tout cela dépend tout de même beaucoup du mandat et des marges de manoeuvre donnés par le gouvernement", nuance Laurent Brun. 

"C'est quelqu'un du sérail"

Or, s'il parle volontiers de culture cheminote et de valeurs du service public, Jean-Pierre Farandou veut aussi améliorer la productivité. "C'est quelqu'un du sérail, c'est le système Pepy", avertit aussi Fabien Dumas, secrétaire fédéral de SUD-Rail, troisième syndicat de la SNCF. 

"Continuer dans le sens du président actuel n'a rien de rassurant quand on connaît la situation sociale des cheminots, leurs angoisses et la politique managériale qui fait de plus en plus souffrir", abonde Eric Santinelli, lui aussi secrétaire fédéral de SUD-Rail.

Un écueil dans le parcours de Jean-Pierre Farandou: en mars 2016, le gendarme du rail (Arafer) avait retoqué sa candidature à la présidence de SNCF Réseau, invoquant "un doute légitime sur l'indépendance de la personne concernée" du fait de son parcours à la SNCF.

C'est finalement Patrick Jeantet, alors directeur général délégué du Groupe Aéroports de Paris (ADP), qui lui avait été préféré. Petite revanche: M. Jeantet, 59 ans, était lui aussi candidat à la succession de Guillaume Pepy.

Mélanie Rostagnat avec AFP