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L'Europe fortement incitée à s'inspirer de la Nasa et de SpaceX pour Ariane 6

Pour la Cour des Comptes, "les Etats seuls ne disposent plus des moyens budgétaires suffisants pour faire face" à des acteurs privés comme SpaceX

Pour la Cour des Comptes, "les Etats seuls ne disposent plus des moyens budgétaires suffisants pour faire face" à des acteurs privés comme SpaceX - Handout / EUROPEAN SPACE AGENCY / AFP

Le futur lanceur Ariane 6 devra évoluer rapidement pour rester compétitif afin de garantir à l'Europe un "accès souverain à l'espace", estime la cour des Comptes qui préconise de s'inspirer des Gafa de l'espace.

Le rapport de la Cour des Comptes qui vient d'être publié est une petite bombe pour l'industrie spatiale européenne. Dans ce document, la Cour note que pour faire face aux concurrents internationaux publics et privés, les Européens doivent "mettre des moyens en adéquation avec leur ambition et d'unir leurs efforts". Elle estime que "les Etats seuls ne disposent plus des moyens budgétaires suffisants pour faire face à cette compétition stratégique globale" qui a fait émerger SpaceX, la société créée par Elon Musk en 2002.

Absents du marché des lanceurs de satellites pendant deux décennies, les Etats-Unis ont fait un retour en force grâce à des groupes privés. "Un effort budgétaire massif, allié à l’initiative privée, a conduit à l’émergence de la société SpaceX, qui a ravi à Arianespace la position de leader mondial en 2017", alerte la Cour des Comptes en rappelant que "sur le seul premier semestre 2018, SpaceX a ainsi réussi 12 tirs avec son lanceur Falcon 9, soit davantage que ce que réalise Arianespace en une année".

Elon Musk et Jeff Bezos à l'affût

La concurrence ne se limite même plus à SpaceX. "Les autres puissances spatiales importantes ont, depuis longtemps, perçu l’intérêt stratégique de l’accès souverain à l’espace et ont développé leurs lanceurs", note le rapport en citant la Russie, le Japon, la Chine, l’Inde mais aussi Blue Origin, la société créée par Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, qui a annoncé le développement d'un nouveau lanceur pour 2020.

Face à ces adversaires et pour "garantir à l'Europe un accès souverain à l'espace", le futur lanceur Ariane 6 devra évoluer rapidement pour rester compétitif. D'autant que l'accès à l'espace répond à des enjeux de sécurité et de défense, industriels et économiques mais aussi sociétaux et de rayonnement et de politique d'influence qui désormais attirent les Gafa (acronyme désignant les géants américains des technologies). Pour cela, "les Européens n'ont d'autre choix que de mettre des moyens en adéquation avec leur ambition et d'unir leurs efforts alors que les Etats seuls ne disposent plus des moyens budgétaires suffisants pour faire face à cette compétition stratégique globale", précise la Cour des Comptes.

Le défi des lanceurs réutilisables

Dans son rapport, elle rappelle qu'en 1974, les conditions posées par la Nasa pour le lancement de satellites de communication français et allemands, "qui visaient à leur interdire toute exploitation commerciale", "ont convaincu les Européens de la nécessité de disposer de leur propre lanceur". Depuis, Arianespace est parvenue à se hisser au premier rang mondial du marché commercial pendant plus de deux décennies, en s'appuyant sur la fiabilité de ses lanceurs et une offre compétitive.

Pour préserver ce rang, le lanceur Ariane 6, qui sera opérationnel en 2020, "doit évoluer rapidement pour rester compétitif", notamment grâce au réutilisable, poursuit la Cour. "Même si l'ambitieux calendrier de développement d'Ariane 6 est respecté, il y a un risque important que le lanceur ne soit pas durablement compétitif face à SpaceX, qui continue de progresser", poursuit-elle en insistant sur le fait qu'Arianespace ne bénéficie pas d'une commande publique "comparable à celle de SpaceX".

Les Etats-Unis offrent à leurs lanceurs un marché captif soutenu par leur commande publique. En Europe, ce marché est d'une part plus modeste, mais aussi ouvert à des prestataires non européens pour respecter la concurrence. Une règle que ne suivent ni les Américains, ni les Chinois, ni les Indiens. 

Pascal Samama avec AFP