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Exportations des vaccins: Macron s'agace des restrictions américaines

Le chef d'Etat a appelé les Etats-Unis à mettre fin aux interdictions à l'export de vaccins et des composants de ces vaccins pour augmenter la production mondiale.

Le président français Emmanuel Macron a appelé avec force samedi les Etats-Unis à lever toutes les restrictions à l'export des vaccins et composants de vaccins contre le Covid-19 qui, selon lui, limitent la production en Europe.

"J'appelle très clairement les Etats-Unis à mettre fin aux interdictions à l'export, non seulement de vaccins mais de composants de ces vaccins qui empêchent la production. La clé pour produire plus vite des vaccins pour les pays pauvres et les pays intermédiaires, c'est de produire plus: lever les interdictions à l'export", a-t-il insisté devant la presse au sommet social européen à Porto.

Le laboratoire allemand Curevac, dont le vaccin n'est pas encore approuvé mais doit jouer un rôle important dans les campagnes européennes de vaccination, "dit qu'il ne peut pas produire en Europe car les composants sont bloqués aux Etats-Unis", a-t-il accusé.

L'Europe bien plus généreuse

En réponse à la proposition de Joe Biden de lever les brevets des vaccins Covid-19, qui a obligé les Européens à se positionner, il s'est dit ouvert à "une levée circonscrite", sur le modèle des traitements contre le SIDA, mais que l'urgence n'était pas là.

Et il a estimé que l'Europe était bien plus généreuse dans les faits que les Etats-Unis car elle avait exporté la moitié des 400 millions de doses produites sur son sol.

Il a expliqué de nouveau que selon lui, la priorité n'était pas de lever les brevets - autrement dit de ne plus payer de redevance aux labos américains inventeurs des vaccins - mais d'effectuer des transferts de technologie pour installer des sites de production dans les pays pauvres, citant le Sénégal, l'Inde et l'Afrique du Sud où il va bientôt aller inaugurer une usine aidée par l'UE.

Lever les brevets "sera une réponse, mais seulement quand on aura produit suffisamment de vaccin et que ce ne sera qu'une question de coût", a-t-il jugé.

"La clé est le transfert de technologie que nous construisons en Européens pour aider des plateformes de production, en particulier en Afrique. J'irai dans quelques semaines en Afrique du Sud aux côtés du président (Cyril) Ramaphosa pour initier une plateforme de production de vaccins que nous avons cofinancée et accompagnons technologiquement. De la même manière, avec les réseaux de l'Insitut Pasteur, c'est ce que nous voulons faire à Dakar", a-t-il dit. Lever les brevets "ne fait pas courir de risque de délocalisation", a-t-il ajouté.

Ouvrir ce débat, s'est cependant inquiété un conseiller de la présidence, "à long terme cela veut dire que des capacités de production vont probablement s'installer très largement en Chine alors que nous on travaille à développer des capacités de production en Afrique".

Le président français s'est aussi insurgé avec vigueur contre l'idée que les Etats-Unis semblaient prendre un leadership moral par leur proposition sur les brevets, qui a été relayée jusque par le Pape samedi matin.

"Quand, il y a un an, nous Européens on lance Act-A", a-t-il lancé à la presse à propos de l'initiative visant à développer des vaccins, des médicaments et des moyens de diagnostic et à renforcer les systèmes de santé dans le monde entier, "vous ne nous dites pas +vous Européens avez un leadership moral+, vous dites +les Etats-Unis ne vous suivent pas+. Et quand les Etats-Unis nous suivent, vous dites qu'il ont le leadership".

T.L avec AFP