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Ce petit autorail "autonome" peut sauver les petites lignes SNCF

Ultra-léger (à peine 8 tonnes), le projet de Taxirail sollicite beaucoup moins les rails et le ballast, ce qui réduit considérablement les frais d'entretien des voies ferrées.

Ultra-léger (à peine 8 tonnes), le projet de Taxirail sollicite beaucoup moins les rails et le ballast, ce qui réduit considérablement les frais d'entretien des voies ferrées. - Exid Concept et Développement

Une société bretonne conçoit un petit autorail à propulsion hybride. Le projet vise à revitaliser les petites lignes ferroviaires non électrifiées, menacées de fermeture alors que l'ouverture à la concurrence se généralisera en 2023.

Peut-on éviter le déclin actuel du transport ferroviaire sur les petites lignes régionales de l'Hexagone? Soucieux d'inverser la spirale actuelle consistant à réduire la fréquence des trains au nom du réalisme économique, induisant une moindre fréquentation et conduisant à leur fermeture, un bureau d'études basé en Bretagne développe un concept de moyen de transport "de rupture".

"Nous avons pris le problème à rebours de la logique comptable du rapport Spinetta sur l'avenir du transport ferroviaire. Il s'agit de rendre les petites lignes monovoies non-électrifiées menacées de fermeture, à la fois pratiques pour le passager, exploitables à un coût réduit pour la collectivité tout en préservant l'environnement" soutient Régis Coat, président de Exid Concept & Développement.

Le projet que mène sa société a pour nom Taxirail. Ce concept de petit autorail de 15 places assises (40 places au total) circulera en mode autonome sans cheminot tout en utilisant une propulsion hybride. Il sera mû à l'électricité grâce à des batteries rechargées par un prolongateur d'autonomie d'origine thermique. Ce dernier utilisera du GNV (gaz naturel pour véhicules) dans un premier temps, puis une pile à combustible à hydrogène, à terme. Son autonomie avoisinera 600 kilomètres et sa vitesse de croisière variera entre 90 et 110 km/h même s'il sera capable d'atteindre 135 km/h.

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- © La propulsion sera hybride, les batteries étant supplées par un prolongateur d'origine thermique - Exid Concept et Développement

"Contrairement à un TER de 80 places d'environ 50 tonnes, nous travaillons sur un véhicule de 8 tonnes. Il dégradera moins le ballast et les rails, ce qui réduira le coût d'entretien des voies" explique le président du bureau d'études breton qui ajoute: "Des essieux seront utilisés à la place des traditionnels boggies des trains".

La rupture du projet Taxirail avec le ferroviaire existant réside aussi dans son mode d'exploitation. Autonome, il est conçu pour fonctionner à la demande. Il utilisera l'intelligence artificielle pour définir en temps réel les horaires les plus pertinents selon les besoins des voyageurs. Aux heures creuses, le petit autorail électrique sera capable de fonctionner à la demande, en fonction des besoins des passagers. Aux heures d’affluence, plusieurs Taxirail (jusqu'à trois) pourront se "chaîner" entre eux (ils se suivront à distance comme en convoi) pour permettre d’ajuster l’offre à la demande.

Si aucun prototype n'est encore sorti de ses cartons, le bureau breton d'études et d'innovation envisage des pré-séries fin 2021 avec une version homologuée pour pouvoir circuler sur le réseau ferré français en 2023, année de la généralisation de la concurrence sur les lignes régionales. "Nous recherchons des financements en provenance d'investisseurs ou d'industriel pour aboutir à un démonstrateur roulant fin 2020" conclut le chef du projet Taxirail.

Frédéric Bergé