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Areva et EDF: comment relancer la filière nucléaire française?

Areva et EDF, qui collaborent à Flamanville, ont annoncé mardi un nouveau retard du chantier.

Areva et EDF, qui collaborent à Flamanville, ont annoncé mardi un nouveau retard du chantier. - Charly Triballeau - AFP

Jean-Bernard Levy prend ce 21 novembre la tête d'EDF en même temps que Philippe Varin, ex-PSA et neo-Areva, entre au conseil d'administration. Deux nominations qui actent d'un virage stratégique de la filière nucléaire.

Jean-Bernard Lévy prend officiellement la tête d'EDF ce 21 novembre. Il doit être intronisé en assemblée générale, en même temps que Philippe Varin, l'ancien patron de PSA, qui fait son entrée au conseil d'administration. Le même Philippe Varin qui va prendre prochainement la présidence non-exécutive d'Areva. Un "meccano" entre les deux groupes semble sur le point de se mettre en place.

Cette double nomination confirme ce que beaucoup pressentaient: le gouvernement, actionnaire à 84,5% d'EDF et à 87% d'Areva, veut resserrer encore les liens entre eux. Et créer (ou recréer) une dream-team du nucléaire français. Une filière solide, capable de décrocher des contrats à l'étranger.

Les clients d'Areva concurrents d'EDF

Si une telle stratégie a du sens sur le plan industriel, elle pose quelques problèmes au quotidien. Sur le plan de la gouvernance notamment, il va être délicat de concilier ces deux casquettes, sachant que par définition, Areva compte parmi ses clients EDF, mais aussi ses concurrents.

Que se passera-t-il le jour où EDF devra discuter, en conseil d'administration et donc en présence de Philippe Varin, de sujets aussi stratégiques que confidentiels. Devra-t-il quitter la pièce?

Certains syndicats sont déjà montés au créneau pour dénoncer un manque de transparence, voire d'éventuels risques de conflit d'intérêts. Un flou alimenté par le fait qu'officiellement, EDF ne présente pas Philippe Varin comme un candidat proposé par l'Etat, contrairement à d'autres administrateurs qui le représenteront eux clairement.

Faut-il persister avec l'EPR

Un statut ambigu donc. Mais l'essentiel n'est pas là. La double casquette de Philippe Varin vise surtout, à envisager des solutions d'avenir pour Areva, en grande difficulté financière. C'est la priorité des priorités.

La deuxième urgence sera d'ordre industriel. Il faut revoir l'offre produit en se posant les bonnes questions. Est-ce que les acteurs français vont persister avec l'EPR, en dépit de ses retards et de son peu de succès actuel à l'export? Est-ce qu'il faut miser sur ces réacteurs de nouvelle génération pour aller conquérir de nouveaux contrats dans les pays qui auront des besoins en nucléaire dans les prochaines années, comme l'Arabie Saoudite, l'Inde, le Brésil.

Est-ce que l'EPR, si complexe, dont les chantiers à Flamanville et en Finlande ne cessent de prendre du retard, n'effraie pas plus qu'autre chose? N'est-il pas en outre trop puissant par rapport à l'état actuel du réseau électrique de ces pays qui sont encore, pour certains d'entre eux, des pays émergents?

Guillaume Paul et N.G.