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Netflix vaut (presque) autant que les 10 premiers groupes TV européens

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- - AFP-Jonathan Nackstrand

En l'espace de seulement 10 ans, Netflix a multiplié sa capitalisation boursière par 25, récoltant les fruits de son internationalisation et de sa stratégie tout numérique.

Acteur incontournable du streaming vidéo, Netflix est en passe de le devenir également en Bourse. D'après la banque d'investissement Natixis, la capitalisation de la société américaine serait quasi équivalente à celle des 10 premiers groupes de télévision européens gratuits ou payants cotés en Bourse: SKY, ITV (Royaume-Uni), TF1, M6 (France), ProSiebenSat1, RTL Group (Allemagne), Mediaset España, Atresmedia (Espagne), Mediaset (Italie) et MTG (Suède).

"Alors qu’en novembre 2006 la capitalisation boursière de Netflix ne représentait que 3% de la somme de celles des acteurs européens (2 milliards contre 67 milliards d'euros), elle en représente dorénavant 91% (50,3 milliards contre 55 milliards)", souligne la filiale de BPCE. Ainsi, en l'espace de seulement 10 ans, la société américaine est devenue aussi importante que l'ensemble du secteur média en Europe.

Netflix, pionnier du numérique

Pour expliquer ce rattrapage, Natixis met en avant la stratégie tout numérique du spécialiste de la vidéo à la demande: "Comme ses pairs européens, le groupe était initialement un acteur 100% analogique (location de DVD par la poste). Mais contrairement à ces derniers, il a immédiatement appréhendé le numérique comme une opportunité de se développer à l’international et de construire une franchise mondiale."

Mais Netflix a surtout profité de la fragmentation du marché (aucune alliance de groupe TV depuis 2006) et d'un cadre réglementaire et fiscal européen très favorable. "Les cadres locaux et européens se sont révélés des handicaps majeurs pour les acteurs historiques et n’ont finalement pas ou peu été appliqués aux 'pure players' du numérique. Ces deux derniers éléments ont permis à Netflix de dérouler avec succès sa stratégie d’expansion internationale", pointent les analystes de la banque.

Tout n'est pas perdu pour les chaînes TV européennes

Si Netflix semble avoir pris un avantage sur ses concurrents européens, la donne pourrait toutefois changer, les groupes de TV européens semblant (enfin) prendre le virage international. À commencer par les chaînes espagnoles qui tentent de se développer en Amérique du Sud et aux États-Unis en jouant la carte hispanophone. En France, seul Canal+ semble avoir pris la mesure de ce changement de cap avec la production de séries en anglais et la distribution de ses chaînes sur une partie du continent africain. Les chaînes gratuites françaises sont, quant à elles, en retard sur cette question même si M6 étudierait un développement en Afrique.

Une expansion à l'international qui pourrait s'accompagner d'une législation européenne plus accommodante. "La Commission européenne mais aussi les environnements politiques locaux semblent notamment vouloir adopter une approche beaucoup plus conservatrice sur le numérique afin de faire émerger des sociétés nationales ou européennes dans ce domaine", écrit encore Natixis. En attendant une évolution du cadre réglementaire européen, Netflix reste loin devant son premier poursuivant en Bourse sur le Vieux continent: Sky qui ne capitalise "que" 15,6 milliards d'euros (soit plus de trois fois TF1 et M6 réunis).