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Netflix coupe court aux rumeurs sur son arrivée en France

Le californien n'est pas intéressé par le marché français en raison des contraintes réglementaires hexagonales

Le californien n'est pas intéressé par le marché français en raison des contraintes réglementaires hexagonales - -

Le géant américain de la vidéo-à-la-demande assure "n'avoir actuellement aucun projet de lancement en France". Il dément ainsi les rumeurs sur son arrivée qui courent depuis deux ans.

"Netflix n'a actuellement aucun projet de lancement en France". Depuis Los Gatos en Californie, Jonathan Friedland, directeur de la communication, répond immédiatement. Non, le géant américain de la vidéo-à-la-demande (VoD) ne prépare pas un lancement imminent dans l'Hexagone.

Il dément ainsi les rumeurs insistantes qui courent depuis plusieurs années. Il y a deux ans, le Figaro écrivait: "une arrivée que les observateurs prévoient au plus tard début 2013". L'année suivante, le consultant Philippe Bailly assurait: "Netflix devrait attendre 2013 pour se lancer dans l’Hexagone". Et il y a deux mois, le très officiel rapport Lescure affirme que l'arrivée de Netflix est "probable", qu'elle "a été plusieurs fois retardée et pourrait intervenir bientôt", mais "pas avant 2014".

Rumeurs infondées mais persistantes

D'où viennent ces rumeurs persistantes? Diffcile à établir, car aucune source n'est jamais indiquée dans ces prédictions.

Certes, Netflix ne publie pas à l'avance la liste des pays dans lesquels il compte se lancer. Mais, quand on se donne la peine de l'interroger, la start up californienne répond sans hésiter ni tergiverser.

A vrai dire, ceux qui martèlent que Netflix va arriver sont surtout des acteurs français, à commencer par Canal Plus. Ainsi, le 8 juin 2011, lors d'une audition à l'Assemblée nationale, le président du directoire Bertand Meheut affirme: "Netflix arrive en Espagne, mais en France on ne sait pas si c'est en 2012 ou 2013". En octobre 2012, le directeur général adjoint Maxime Saada annonçait lors d'une audience au Conseil d'Etat l'arrivée de Netflix pour "début 2013".

Un an plus tôt, le directeur général Rodolphe Belmer déclarait: "la semaine dernière, dans le Figaro, le patron de Netflix dit: 'mi-2013, je viendrai en France.'"

Vérification faite, le Figaro avait bien publié quelques jours plus tôt une interview de Ted Sarandos, le directeur des contenus de Netflix. Problème: il dit l'inverse de ce que rapporte le patron de Canal: il écarte un lancement en France, et donne encore moins de date... Précisément, il répond: "nous irons partout. C’est certain. Il reste à en déterminer l’ordre. [...] En France, pour l’instant, le marché est un peu trop régulé..."

Pourquoi Netflix ne veut pas venir

Netflix a même détaillé ses réticences vis-à-vis du marché français en 2012, lorsqu'il a été interrogé -sous couvert d'anonymat- par l'Autorité de la concurrence.

Le californien a alors expliqué que "ses diverses implantations nationales se sont toutes appuyées sur la diffusion de films récents, c’est-à-dire sortis depuis moins de 3 ans". Par exemple, aux Etats-Unis, il peut diffuser les films Paramount 3 mois après leur diffusion sur la chaîne Epix.

Bref, un modèle impossible à répliquer en France, où seuls des films vieux de 3 ans peuvent être proposés en VoD par abonnement...

Amazon, l'autre menace fantôme

Hasard ou coïncidence, le même type de rumeurs infondées existe aussi sur le service de VoD Lovefilm d'Amazon (qui n'a pas répondu à nos questions).

Certes, la volonté de venir en France est cette fois affirmée, et non niée. "Lovefilm développe actuellement une offre pour l’ensemble de l’Europe dont la France. Ça va venir, mais je ne peux encore dire quand", déclarait ainsi en octobre le PDG d'Amazon, Jeff Bezos.

Mais les mêmes rumeurs infondées circulent sur la date de lancement. Il y a un an, le consultant Philippe Bailly assurait: "Amazon lancera Lovefilm en France avant fin 2012". Peu après, le Figaro ajoute: "Amazon a décidé de s'implanter en France en novembre 2012". Et, il y a deux mois, le rapport Lescure affirme que Lovefilm "pourrait arriver en 2013".

Là encore, les dirigeants de Canal Plus propagent activement la rumeur. En octobre 2012, Bertrand Meheut assure, toujours devant le Conseil d'Etat: "Amazon lancera son offre en France en mars 2013. Nous le savons, car notre filiale StudioCanal vend des droits exclusifs à Amazon pour un lancement en mars 2013 sur le Kindle Fire".

Plus puissant que soi

Mais pourquoi donc la chaîne cryptée se conduit-elle ainsi? La filiale de Vivendi, acteur ultra dominant dans la télévision payante française, veut visiblement corriger cette image de surpuissance en montrant qu'il existe encore plus puissant... D'autant plus, qu'en 2011-2012, le poids de Canal sur le marché français était étudié en détail par l'Autorité de la concurrence, afin de jauger les nouvelles obligations à lui imposer.

Rodolphe Belmer l'explique d'ailleurs sans ambages: "on a beaucoup traité Canal de Cassandre. On nous a dit: 'vous parlez toujours de Google, d'Apple, etc, pour dire que vous n'êtes pas en position dominante, et faire peur à tout le monde.'"

Interrogée, la chaîne cryptée répond: "les lancements en France ont en effet pris du retard par rapport aux indications que nous avions eues. Mais on peut constater le développement rapide à travers le monde de ces plateformes, et l’annonce de l’entrée du nouvel acteur Google avec Google Play. On s’attend à ce que la France ne fasse pas exception dans la stratégie de déploiement mondiale rapide de ces acteurs".

Jamal Henni