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"J'ai raté l'ENA puis je suis devenue entrepreneur"

Pauline Laigneau a cofondé Gemmyo.

Pauline Laigneau a cofondé Gemmyo. - Capture Youtube

Pauline Laigneau, 31 ans, a cofondé Gemmyo, un site internet de vente de joaillerie. Elle assure qu'elle s'est lancée dans l'entrepreneuriat après avoir raté le concours d'entrée à l'ENA. Un échec qui lui a permis de se poser les bonnes questions et de vivre la vie dont elle rêvait. Portrait.

Il s'agit d'un de ces moments qui peuvent changer une vie. Concours d'entrée à l'ENA. Grand oral. Pauline Laigneau se plante sur toute la ligne: "Pourtant, ça se passait bien, cela faisait dix ans que je travaillais comme une tarée pour ça."

La note est finalement tombée, impitoyable. "J'ai eu 2 sur 20. Mon monde s'est écroulé, je n'avais plus d'objectif. Je me suis alors posé les bonnes questions: j'ai décidé d'arrêter d'essayer de vivre les rêves de mon père."

"Je ne pensais pas par moi-même"

Aujourd'hui âgée de 31 ans, Pauline Laigneau est la directrice marketing et la cofondatrice de Gemmyo, un joaillier "pure player" (uniquement sur internet). En 2014, son entreprise devrait réaliser un chiffre d'affaires de trois millions d'euros. Une réussite née de ce qu'elle appelle son "échec cuisant" de l'ENA.

Car avant cette claque, la jeune femme était peut-être un peu trop sage: "D'un côté je ne savais pas ce que je voulais faire, de l'autre mon père me poussait, je ne pensais pas par moi-même."

"Les soucis de l'entrepreneur"

Pauline a fait des études littéraires. "Je suis entrée à normale sup' en lettres, j'ai passé mon agrégation, puis je me suis rendue compte que je ne voulais ni enseigner, ni faire de la recherche. Je me suis sentie piégée." 

Sous l'influence de son père - "c'est un entrepreneur qui n'a pas fait d'études et qui ne voulait pas que sa fille ait les soucis de l'entrepreneur" - elle tente alors d'intégrer l'ENA. Elle échoue, et formule enfin son propre projet: "Ce qui m'intéressait c'était la liberté, le risque, l'aventure, travailler avec une équipe que j'ai choisi." Elle intègre une école de commerce: "J'ai passé deux années géniales."

Une demande en mariage décisive

Puis, un jour, son compagnon la demande en mariage. Elle a 27 ans. "Il a fallu trouver une bague de fiançailles. C'était une expérience intimidante, pas agréable." Les joailliers de luxe leur proposent des bijoux hors de prix quand ils ne les poussent tout simplement pas dehors. Elle trouve les joailleries de quartier "poussiéreuses", avec des "bijoux des années 20". L'idée de créer Gemmyo est née. Pauline s'associe avec son mari, son beau-frère, et une amie.

Le site est lancé à la fin de l'année 2012. Gemmyo propose des bijoux personnalisés fabriqués en France, disponibles en deux semaines. Si aujourd'hui, l'entreprise se porte bien, elle a dû faire face à quelques vexations à ses débuts.

"Devenir référents en Europe"

"A l'époque où je cherchais des fournisseurs, j'allais dans des ateliers qui se transmettaient de génération en génération. Et quand leurs propriétaires voyaient débarquer une jeune femme, ils ne me prenaient absolument pas au sérieux. Quelques fois, j'ai dû envoyer mon mari à ma place..." Autre écueil: "Parfois quand je vais à des réunions avec des fonds d'investissements, les questions sont posées à mon mari, alors que c'est moi qui a la réponse et qui doit prendre la décision."

Des problèmes vites oubliés, car aujourd'hui son entreprise se porte bien. "Notre objectif est de devenir référents sur le secteur de la joaillerie en Europe." En 2013, Gemmyo a réalisé un chiffre d'affaires d'un million d'euros et une levée de fonds de 3,1 millions d'euros. 

Maxence Kagni