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Emballages alimentaires: le recyclage avance lentement, mais le plastique s'accroche

À compter du 1er juillet 2016, les sacs plastiques proposés par les commerçants seront interdits. (image d'illustration)

À compter du 1er juillet 2016, les sacs plastiques proposés par les commerçants seront interdits. (image d'illustration) - Jean-Philippe Ksiazek - AFP

L'industrie agroalimentaire est le deuxième principal responsable de l'empreinte carbone en France. La faute aux emballages en plastique, encore trop peu recyclés. La solution se trouve peut-être dans la création d'emballages plus responsables.

Cinq ans après la COP21, une touillette en plastique dans le café peut susciter un sentiment de culpabilité. Mais des oeufs durs en barquette de polystyrène sous film plastique sont encore disponibles en rayon, alors qu'ils pourraient être emballés dans... leur coquille.

L'industrie agroalimentaire française occupe le deuxième rang des principaux responsables de l'empreinte carbone du pays, juste derrière les activités pétrolières, indique le Commissariat général du développement durable, loin devant la construction, l'agriculture, l'automobile ou le transport aérien, pourtant montrés du doigt.

Le recyclage des emballages en progression

En cause, ses importations lointaines, mais surtout ses emballages, premiers utilisateurs du plastique produit dans le monde. En France, 45,5% de la consommation de matières plastiques sert à fabriquer des emballages, indique "l'Atlas du plastique" de la fondation Heinrich Boll.

Au sein de Danone, Coca-Cola ou du géant de la brique de lait Tetra Pack, le taux de recyclage des emballages est pourtant en nette progression depuis la COP21. Mais ce verdissement implique des changements structurels coûteux sur les chaînes de fabrication. Greenpeace vient encore de placer Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé dans le trio de tête des "plus grands pollueurs au monde en matière de déchets plastiques".

En France, après avoir mis dix ans à inclure 30% de plastique recyclé dans ses bouteilles, CCEP, l'embouteilleur de Coca-Cola en Europe, prévoit de parvenir "à 50% d'ici deux ans" et à 100% en 2030.

En Suède, Norvège et Hollande, Coca est "déjà à 100%", précise Arnaud Rolland, directeur RSE de CCEP en France.

Certains pays vont plus vite, car ils ont (...) des systèmes de collecte plus efficaces" qu'en France, dit-il.

L'emballage représentant 43% des émissions carbone de CCEP, le groupe a investi dans une usine près de Dijon qui recycle 48.000 tonnes de plastique par an, 1,5 milliard de bouteilles. Le groupe table sur une neutralité carbone en 2040.

Encore trop de plastiques non recyclés

Les industriels se plaignent de l'absence de filière de recyclage pour plusieurs molécules: polystyrène, films en polyethylène (PE) et polypropylène (PP).

Ainsi même triés dans le bac jaune, les pots de yaourt, blisters de jambon blanc, sacs de chips ou de salade partent le plus souvent à l'incinération: seulement 5% ont été recyclés en 2019, d'après Citeo, spécialisé dans le recyclage des emballages ménagers, contre 61% des bouteilles et flacons, 57% des briques, 85% du verre, 48% de l'aluminium et 100% de l'acier des canettes ou boîtes de conserve.

En conséquence, la recherche porte ses efforts sur l'amélioration de la conception des emballages. Des start-up se lancent dans la toile de coton enduite de cire, réutilisable. Un labo de Montpellier développe une barquette en plastique biodégradable.

Concevoir des emballages plus responsables

Pour Coca-Cola, CCEP vient d'investir dans deux sociétés aux Pays-Bas qui font du recyclage chimique par décomposition des molécules primaires. Danone, qui a annoncé 2 milliards d'euros pour répondre aux enjeux climatiques, a passé la plupart de ses bouteilles d'Evian et Volvic en 100% recyclé et prévoit en 2025 de n'utiliser aucun plastique vierge pour ses eaux.

Danone et Nestlé travaillent avec une start-up auvergnate, Carbiolice, qui rend le plastique compostable grâce à l'ajout d'une enzyme, à condition qu'il soit d'origine végétale.

Dans les briques, 70% sont recyclées: la partie en carton. Pour recycler la fine couche d'aluminium et plastique ("polyal") qui protège les aliments de l'air et de la lumière, Tetra Pak, leader mondial du secteur, parie sur le plastique végétal. Il mise aussi sur "un partenariat avec Veolia pour bâtir une usine en France" qui devrait recycler d'ici 2025 les 49 milliards de briques vendues en Europe, indique Chakib Kara, directeur général du groupe pour la France et le Benelux.

Mais avec la pandémie, l'emballage plastique a fait son retour dans la distribution alimentaire, au détriment du vrac, par besoin sanitaire de protection des aliments, constatent les professionnels.

P.D. avec AFP