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RATP et SNCF: pourquoi la grève du 5 décembre risque de se prolonger pendant plusieurs jours

Lors de la grève RATP du 13 septembre en Ile-de-France, la demande pour les services de taxis, covoiturage, VTC, scooters, vélos et trottinettes en libre service avait explosé. Les tarifs des VTC, établis par des algorithmes, avaient triplé à certaines heures.

Lors de la grève RATP du 13 septembre en Ile-de-France, la demande pour les services de taxis, covoiturage, VTC, scooters, vélos et trottinettes en libre service avait explosé. Les tarifs des VTC, établis par des algorithmes, avaient triplé à certaines heures. - Stéphane de Sakutin-AFP

À la RATP et à la SNCF, la grève du 5 décembre est prévue pour être reconductible chaque jour. Elle risque, en l'état, de se poursuivre le 6 et au-delà, à cause de la détermination des syndicats les plus représentatifs. Mais la bataille de l'opinion n'est pas gagnée et quelle sera la réaction des usagers privés de transports sur la durée?

Une grève suivie et durable à la SNCF et à la RATP, privant les usagers de moyens de transports publics pendant plusieurs semaines, est-elle possible? C'est l'objectif affiché par plusieurs syndicats représentatifs dans ces deux entreprises qui ont appelé à une grève illimitée à partir du 5 décembre. Ils contestent en bloc toute remise en cause de leur régime spécial et du calcul de leur retraite sur les six derniers mois de salaire, qui seraient remplacés par un système universel à points, a priori moins favorable.

À la SNCF, les quatre principaux syndicats représentatifs (CGT-Cheminots, UNSA Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots) appellent à la grève reconductible à partir du 5 décembre. A la RATP, l’Unsa, pourtant considéré comme un syndicat réformiste, a été parmi les premiers à appeler à la grève reconductible à partir du 5 décembre, vite suivi par la CFE-CGC, puis ensuite par la CGT.

Une grève reconductible est plus perturbante pour les usagers

Contrairement à la grève perlée (deux jours sur cinq) de 3 mois au printemps 2018 tentée par les syndicats de la SNCF, qui fut pour eux un échec, la grève reconductible est un mode d'action plus classique. Elle est surtout moins prévisible donc plus perturbante pour l'entreprise de transport et ses usagers.

Ce mode d'action suppose que, tous les jours une assemblée générale des salariés grévistes se tienne et que par un vote (à main levée souvent) elle décide si elle maintient le mouvement de grève le lendemain ou non. En fonction de la poursuite ou non de l'arrêt de travail des personnels, l'entreprise de transport (RATP ou SNCF) est alors obligée chaque jour de réadapter son plan de transport selon les agents disponibles non-grévistes et de prévenir les usagers des prévisions de trafic du lendemain.

Au vu de la détermination affichée par les syndicats représentatifs dans ces deux entreprises publiques de transport, la grève risque de durer au-delà du 5 décembre. "Le 5 on commence, le 6 on continue", haranguait mardi 19 novembre lors d'une manifestation le responsable de la CGT-Cheminots, Laurent Brun.

"On n'est pas très inquiet pour le 6 décembre" à l'UNSA

"Le 5 décembre sera a priori aussi fort que le 13 septembre", estime de son côté Fabrice Ruiz de la CFE-CGC à la RATP. "Ce sera une très grosse journée" au vu des "remontées du terrain et des déclarations des agents qui doivent prévenir à l'avance s'ils seront grévistes", explique Bertrand Hammache de la CGT RATP. "On n'est pas très inquiet pour le 6 décembre", qui devrait voir la grève se poursuivre, confirme Thierry Babec de l'Unsa.

En Ile-de-France, la grève RATP du 13 septembre 2019 qui avait paralysé une bonne partie du trafic des métros (10 lignes fermées!), bus, tramways et RER et mis Paris quasiment à l'arrêt, préfigure ce que pourrait être les conséquences pour, les usagers des transports franciliens, d'une grève très suivie par les "roulants" le 5 décembre prochain. Lors de cette grève RATP de septembre, la demande pour les services de taxis, covoiturage, VTC, scooters, vélos et trottinettes en libre service avait explosé. Les tarifs des VTC, établis par des algorithmes, avaient triplé à certaines heures.

Les voyageurs sauront "le 3 décembre dans l'après-midi" quels trains circuleront le 5, précise la direction de la SNCF. De son côté, la régie parisienne cherche des sociétés de transport "partenaires", que ce soit scooter, VTC, vélos ou encore trottinettes pour anticiper la demande de moyens alternatifs pour ses usagers le 5 décembre.

Mais la poursuite du mouvement au-delà du 6 décembre à la SNCF comme à la RATP dépendra aussi des réactions de l'opinion publique et des usagers. Une grève longue pour la défense du régime spécial (avantageux) des roulants de ces entreprises pourrait-elle devenir rapidement impopulaire auprès de la population privée de transport? Il n'est pas sûr que la "grève par procuration" de 1995 qui avait vu les usagers franciliens s'accommoder d'une privation de tout moyen de transport public durant trois semaines, se reproduise.

Pour éviter de faire apparaître leur revendication comme trop corporatiste et désamorcer par avance les critiques des usagers, les syndicats à la SNCF (CGT-Cheminots, Unsa Ferroviaire, SUD-Rail) prétendent déjà défendre les retraites "de l'ensemble des salariés". Selon eux "les régimes spéciaux (dont celui des cheminots, ndlr) comme le régime général sont ciblés" par la future réforme. Ces arguments convaincront-ils l'opinion publique d'afficher une certaine compréhension vis-à-vis de la grève? Réponse, le 5 décembre...

Frédéric Bergé