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Retraites : La réforme à nouveau retardée

Illustration - Jean-Paul Delevoye

Illustration - Jean-Paul Delevoye - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La concertation avec les partenaires sociaux ne reprendra pas cette semaine mais seulement le 21 janvier prochain.
Officiellement, il s'agit de laisser la priorité au grand débat national souhaité par Emmanuel Macron. Les ambitions et le calendrier sont maintenus même si les sujets explosifs demeurent.

« Tout reste à faire, nous en sommes à peine à l’apéro » ironise un haut responsable syndical. Pour l'instant en effet, seuls les grands principes ont été arrêtés : les 42 régimes actuels vont bien être fusionnés dans un seul régime à point et les pensions seront désormais calculées sur l’ensemble de la carrière. Reste à concrétiser ces grands principes et ce n’est que maintenant que Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire, va réellement entrer dans le vif du sujet avec les partenaires sociaux.

Des sujets tous plus explosifs les uns que les autres, à commencer par les conditions d'ouverture des droits, qui vont être abordées dès la reprise des discussions, le 21 janvier prochain. Autrement dit : à quel âge pourra-t-on partir en retraite et surtout à quelles conditions ? Si l'exécutif a promis de ne pas toucher à l’âge légal de départ, qui reste fixé à 62 ans, rien ne garantit en revanche qu'il n'instaurera pas un système de décote, pour inciter les salariés à retarder leur départ afin de toucher leur pension à taux plein. Ce qui dans les faits revient bel et bien à repousser l’âge légal, une ligne rouge pourtant pour les partenaires sociaux, y compris ceux qui sont favorables à cette réforme.

Quid des pensions de réversion ?

Autre question sensible, sur lequel là encore l'exécutif est resté très flou : que deviendront les pensions de réversion ? Un seul engagement a été pris : "les futurs veufs et veuves, retraités actuels garderont les règles de leur réversion" a assuré Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites. En clair, il n'y aura pas de changement de règle pour ceux qui sont actuellement à la retraite.

L'exécutif en revanche réfléchit bel et bien à harmoniser les règles pour les futurs retraités. Jean-Paul Delevoye d'ailleurs ne s'en cache pas : « la mise en place du système universel nous donne l'opportunité d'appliquer des règles identiques aux treize systèmes de réversion actuels », dit-il. Certains syndicats d’ailleurs plaident eux aussi pour une remise à plat. « C’est vrai qu’il y a aujourd’hui à peu près autant de règles que de régime ce qui donne lieu à des situations ubuesques : une femme divorcée par exemple perd ou non ses droits en fonction du régime auquel elle appartient », explique un haut responsable syndical, qui est donc favorable à une harmonisation à une condition toutefois : qu’il ne s’agisse pas de faire des économies.

Or, assure cette même source, « à Bercy, la tentation est grande de tailler dans ces pensions de réversion qui représentent au total 36 milliards d'euros, soit 12% de l'ensemble des dépenses liées aux retraites.

Une réforme à budget constant ?

Et c'est d'ailleurs l'autre inquiétude majeure des syndicats, y compris ceux qui sont favorables à cette réforme. Emmanuel Macron a toujours promis qu’elle se ferait à budget constant et que l’idée n’était pas de réduire les dépenses de retraite. Mais l’un de ceux qui est au cœur de ces négociations commence à douter : « Peut-il encore tenir cette promesses après avoir lâché plus de 10 milliards d’euros pour faire face à la crise des gilets jaunes ? » Si comme le dit le gouvernement, le calendrier est maintenu et que cette réforme est bien adopté en 2019.

Alors les partenaires sociaux pourront bientôt juger sur pièce car le Haut-Commissaire va très vite devoir préciser quel sera la valeur du point, sur quel critère il sera indexé et enfin qui pilotera le futur système ? « On attend de pied ferme tous ces éléments pour pouvoir enfin passer des principes aux simulations concrètes et voir s’il n’y a pas trop de perdants » prévient un haut responsable syndical. En clair, après déjà plus de 6 mois et 200 heures de discussions entre Jean-Paul Delevoye et les partenaires sociaux, le débat ne fait que commencer.