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Pénurie de semi-conducteurs: le calendrier élastique d'un retour à la normale

Image d'illustration - Les fondeurs et géants du secteur peinent à donner une date pour la reprise d'une production normale.

Image d'illustration - Les fondeurs et géants du secteur peinent à donner une date pour la reprise d'une production normale. - -

Plusieurs fondeurs et géants du secteur tentent de donner des dates pour une sortie de la pénurie mais leurs estimations sont loin d'être homogènes.

Cette année, l'an prochain, dans quelques années? Le retour à la normale dans l'approvisionnement de semi-conducteurs pour l'industrie interroge et ne fait pas l'unanimité.

On le sait, la pénurie de composants est une réalité depuis plusieurs mois, perturbant fortement la production de certains secteurs comme l'automobile avec des usines mises temporairement à l'arrêt faute de puces.

La pandémie, les confinements, la concentration de la production en Asie, la reprise brutale de la demande après une chute tout aussi brutale et les tensions géopolitiques expliquent notamment cette pénurie inédite par son ampleur.

Un retour à la normale dans les 18 mois

Pour les géants du secteur donc, la perspective d'un approvisionnement normal divise.

Il y a d'abord les optimistes comme le PDG de Cisco, Chuck Robbins, qui a estimé sur la BBC que les perturbations sur les chaînes d'approvisionnement mondiales vont durer pendant encore six mois.

Nous pensons que nous avons encore six mois pour traverser le court terme, a-t-il déclaré. Les fournisseurs renforcent leurs capacités. Et cela ira de mieux en mieux au cours des 12 à 18 prochains mois".

"Les semi-conducteurs entrent dans pratiquement tout, et ce qui s'est passé, c'est lorsque le COVID a frappé, tout le monde pensait que la demande allait baisser considérablement et en fait, nous avons vu le contraire", poursuit Chuck Robbins.

Même optimisme mesuré de la part de Nvidia.

Nous nous attendons à ce que la demande continue de dépasser l'offre pendant une grande partie de cette année. Nous pensons que nous aurons suffisamment d'offre pour soutenir une croissance séquentielle au-delà du premier trimestre de 2022", explique la directrice financière du fabricant de cartes graphiques Colette Kress.

Foxconn (l'assembleur des iPhone notamment et de nombreux autres fabricants) estime également que la pénurie de composants se poursuivra jusqu'au second trimestre de l'année prochaine.

De plus en plus de secteurs touchés

Il y a ensuite les pessimistes et pas n'importe lesquels, puisque Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), qui produit une grande part des semiconducteurs consommés sur la planète, a déclaré plus tôt ce mois-ci qu'il s'attendait à ce que les pénuries se poursuivent jusqu'en 2022, voire 2023.

Même tonalité de la part d'Intel. Le patron du premier fondeur mondial, Pat Gelsinger déclare: "Je pense qu'il faudra plusieurs années avant de remédier à la situation et renforcer les capacités".

Face à cette situation, les Etats optent pour la relocalisation face à une industrie à 75% asiatique. En février, le président américain Joe Biden a signé un décret visant à remédier à la pénurie de puces à semi-conducteurs à travers une dépense de 37 milliards de dollars pour garantir que les États-Unis puissent approvisionner les constructeurs automobiles. Dépense qui doit encore être validée par le Congrès.

Dans le même temps, Intel a annoncé son intention de construire deux usines en Arizona tandis que TSMC a annoncé la construction d'une usine également en Arizona, pour 12 milliards de dollars. Le géant prévoit même une enveloppe de 100 milliards de dollars pour relancer la machine.

Quant à l'Europe, elle ambitionne de produire 20% des semi-conducteurs dans le monde, soit un doublement de sa part actuelle.

Il faudra aller vite. Les secteurs touchés sont de plus en plus nombreux. Après l'automobile, les fabricants de smartphones, de téléviseurs et d'appareils électroménagers commencent à ressentir cette pénurie.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business