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Les soldes d'hiver combleront-ils l'effet "gilets jaunes" pour le commerce?

"Cette année, compte tenu du contexte, c'est clair que les soldes ont plus d'importance encore", selon Emmanuel le Roch, délégué général de Procos, la Fédération du commerce spécialisé, qui regroupe 260 enseignes.

"Cette année, compte tenu du contexte, c'est clair que les soldes ont plus d'importance encore", selon Emmanuel le Roch, délégué général de Procos, la Fédération du commerce spécialisé, qui regroupe 260 enseignes. - Jean-Christophe Verhaegen-AFP

Les soldes d'hiver, qui débutent ce mercredi, suffiront-ils à compenser le manque à gagner de l'automne, pour les commerçants affectés par la baisse de fréquentation due à la crise sociale des "gilets jaunes"? Les "ventes privées" pratiquées depuis Noël ont déjà appâté le chaland avec des rabais jusqu'à 50%.

Les soldes d'hiver vont-ils apporter une bouffée d'oxygène aux commerçants affectés par les blocages des accès aux magasins et centres commerciaux depuis 17 novembre 2018 et le début de la crise des "gilets jaunes"? "Cette année, compte tenu du contexte, c'est clair que les soldes ont plus d'importance encore", affirme Emmanuel le Roch, délégué général de Procos, la Fédération du commerce spécialisé, qui regroupe 260 enseignes. Pour Laurent Landel, directeur associé chez Bonial, "les commerçants sont super inquiets et se demandent à quelle sauce ils vont être mangés: tout le monde espère un report sur les soldes" d'hiver, qui représentent en moyenne 20% du chiffre d'affaires annuel des commerçants.

"En novembre, nos adhérents ont subi des chutes de leurs chiffres d'affaires de 6,8% et c'est descendu jusqu'à 12-13% lors des quinze premiers jours de décembre", souligne M. Le Roch, évoquant des "écarts très importants selon les villes et les régions". Et même si les deux derniers week-ends de décembre ont été "bons", le mois se terminera probablement "entre -4 et -2%", ce qui "reste très difficile" pour une profession qui comporte nombre d'enseignes à l'activité saisonnière.

Alors que certaines unions de commerçants souhaitaient avancer d'une semaine le début des soldes d'hiver, prévu le 9 janvier, pour tenter de compenser les pertes liées au mouvement des "gilets jaunes", Bercy a dit "non" à la fin décembre 2018.

Les dernières soldes à durer 6 semaines

En attendant de voir si les clients vont se précipiter dans les magasins, les commerçants ont appris que les soldes, qui devaient être raccourcis à quatre semaines comme l'avait annoncé le gouvernement l'an dernier, sont maintenus à six semaines une dernière fois, le projet de loi "Pacte", adopté en première lecture à l'Assemblée nationale cet automne, devant encore faire l'objet d'un examen au Sénat courant janvier 2019.

C'est pourquoi, cette année encore,les soldes se termineront donc mi-février, sachant qu'ils ont débuté dès le 2 janvier dans certains départements limitrophes et en outremer selon les dérogations traditionnelles. Pour rappel, contrairement aux autres périodes de promotions commerciales, les soldes sont les seuls moments où les commerçants peuvent vendre à perte. D'où des réductions très intéressantes, allant jusqu'à 70%, et qui le seront d'autant plus cette année que les stocks à écouler sont très importants.

Les "ventes privées" ont déjà été agressives sur le plan commercial

"Tout va se jouer, plus que l'an dernier, lors des premières semaines", assure Emmanuel Le Roch, délégué général de la Procos, qui craint qu'en raison de "ventes privées très violentes (avec des réductions de -50% dès le lendemain de Noël, ndlr), les soldes perdent de leur efficacité".

Mais selon lui, en procédant ainsi, les commerçants n'ont pas eu le choix, "à cause d'un manque de cash et de stocks qu'il faut sortir" afin de faire rentrer la nouvelle collection, d'où une crainte sur les marges "qui ont déjà subi de fortes dégradations".

Le hic, explique Laurent Landel, "c'est très clairement le pouvoir d'achat: il est fort à parier que les consommateurs, avec l'arrivée du prélèvement à la source (sur leurs fiches de paie fin janvier, ndlr), soient plutôt prudents".

F.Bergé avec AFP